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Actuellement à l'affiche - Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen: L'amour peut-il être un chef-d'œuvre ?

Le Temps | Publié le 10.11.2008

Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen Un nouveau Woody Allen, c'est toujours regardable, qu'on en pense du bien ou du mal. En l'occurrence, les stars qui se partagent l'affiche ne devraient laisser personne indifférent. Une bonne raison d'aller au cinéma.

Cristina, incarnée par Scarlett Johansson, la nouvelle égérie de W. Allen, est une jeune Américaine qui arrive à Barcelone pour les vacances d'été, en compagnie de son amie Vicky (Patricia Clarkson) avec qui elle ne partage pas la même vision des choses. Si cette dernière file le grand amour avec son fiancé qu'elle a laissé à New York, et qu'elle est certaine de ne pas succomber à ce qui pourrait mettre son mariage en péril - elle n'y pense même pas, en réalité -, Cristina (qui a réalisé un court-métrage de douze minutes pour savoir pourquoi le parfait amour est introuvable, quelque chose dans ce genre), quant à elle, est encore à la recherche de l'amour, et en tant que poète, elle a des principes bien curieux et qui la font sans cesse aller à leur encontre, bizarrement, et penser que c'est bien à travers le sexe qu'elle pourrait trouver le grand amour. Mais voilà qu'elles sont invitées à passer un week-end dans un beau village espagnol par Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre précédé de sa réputation, et qui leur dit de but en blanc qu'ils vont passer du bon temps ensemble et faire ménage à trois. Nous imaginons donc la réaction de chacune de Cristina et Vicky qui acceptent tout de même l'invitation. Cependant, un renversement de situation fait en sorte que Vicky bute sur ses propres principes et commence à en souffrir, alors que Juan Antonio entretient une relation avec Cristina dans, nous semble-t-il, un seul et unique but : que Vicky tombe entre ses bras. En attendant, il y a Maria Elena (Penélope Cruz), son ex-épouse, qui fait son apparition suite à une tentative de suicide. Elle est elle-même artiste (ceci explique-t-il cela ?). Les deux sont encore liés par un amour... impossible.

Évidemment, l'histoire n'est pas d'un grand intérêt. Son déroulement non plus, vu que le scénario ne repose pas sur de grandes perturbations dramatiques. Pas étonnant donc que ce soit souvent prévisible, malgré quelques surprises. Toutefois, aucune appréhension, nulle envie de prévoir ce qui va se passer alors que les personnages perdent principes et repères. Car ce qui compte, justement, ce sont les personnages et les situations dans lesquelles ils se retrouvent. Mais aussi les dialogues, qui sont d'une grande érudition, et qui semblent poser les plus grandes questions de l'univers sans pour autant chercher à y répondre. Les personnages tournent en rond, en proie à leurs nuits intérieures, à leurs démons, mais aussi à la bonne volonté d'un narrateur : Allen lui-même.

Le juif new-yorkais avait probablement envie d'avouer son amour à Gaudí pour choisir Barcelone comme décor, avec des comédiens qui passent pour être exotiques, à savoir Penélope Cruz et Javier Bardem, bien qu'il arrive à ce dernier de jouer à Hollywood des rôles faits pour des Américains (n'a-t-il pas remporté l'Oscar du Meilleur second rôle pour son personnage d'assassin psychopathe dans «Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme» ?). Mais c'est bien pour faire entourer sa trame d'un univers artistique qu'Allen fait de telles références à Gaudí et à d'autres grands sculpteurs espagnols, de même qu'à l'architecture atypique de l'une des plus belles villes du monde. D'autant plus que ses personnages sont des «artistes» auxquels il insuffle la complexité que l'on connaît à ces derniers, et qui s'y complaisent, tout en brouillant les pistes et en nous empêchant de savoir pour qui il a le plus de sympathie parmi ses personnages qu'il manipule comme des billes entre ses doigts ; quand le fiancé de Vicky, le personnage de l'Américain normal type, caricature «l'artiste torturé et autodestructeur», est-ce pour avancer un cliché ou, au contraire, un préjugé ?
C'est qu'il y a de la grâce dans cette torture et ces penchants autodestructeurs, nihilistes et volontiers dépressifs, surtout lorsque c'est incarné à la perfection par une comédienne comme Penélope Cruz. Elle en porte une beauté dangereuse, avec son allure à la fois vamp et bohème, qui n'est pas sans rappeler les belles actrices de l'âge d'or du cinéma italien - façon 2000 -, avec tout ce que cela a de charme méditerranéen, que ce soit dans les manières, l'accent ou la langue elle-même. C'est bien elle qui tire le mieux son épingle du jeu, attirant toute l'attention sur elle. Et le fait que Cristina, se lançant dans la photographie, fasse de Maria Elena son meilleur objet, tend à la magnifier et à la rendre encore plus mystérieuse, bien que Woody veuille en réalité répondre à un fantasme commun, à savoir un jeu lesbien qui semble cependant copié, en fin de compte, sur le modèle d'une mauvaise série rose.

Il n'empêche que «Vicky Cristina Barcelona», se laissant suivre, est assez agréable à regarder. Et puis ce n'est pas mal non plus, de temps en temps, un peu d'exotisme...
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