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Cinéma : Festival International de Cannes : Compétition officielle

Le Temps | Publié le 22.05.2009

«Looking for Eric» de Ken Loach et «Vincere» de Marco Bellocchio : De grands moments de cinéma
Cinq films lundi, trois mardi et autant aujourd'hui alors que l'après-midi est à son milieu. Quand et comment en rendre compte ? Commençons par la compétition officielle. Et faisons vite. Ken loach ne plaît pas beaucoup ici, on trouve qu'il se répète trop (mais que font d'autres, les vrais auteurs ?) et qu'il est prévisible pour cause d'idéologie.

Peut-être cela est-il en partie vrai, encore qu'on ait rarement connu au cinéma et plus généralement en art, un créateur aussi engagé politiquement, trotskyste invétéré, dont le talent soit à ce point intact. Les raisons d'être déçu étaient encore plus grandes cette année : il arrive avec un sujet pour lui peu habituel même s'il s'y est naguère frotté, un sujet, le sport, que l'idéologie ne peut que malmener. Et bien non ! Looking for Eric est un moment de plaisir, divertissant et intelligent. Oui il s'agit du footballeur Eric Cantona, le King de Manchester en personne. Et qui plus est, avec le personnage comme acteur et en partie producteur. C'est dire que les pièges sont innombrables, mettre sa personne, son corps et son argent, de quoi décourager plus d'un auteur jaloux de son indépendance. Non seulement Ken Loach en sort admirablement bien mais il semble avoir pris un plaisir fou à faire le film. La période concernée de la vie de Cantona n'est pourtant pas la plus gaie. Il est au bord de la clochardise, séparé de ses deux femmes, un fils pris dans l'engrenage de la criminalité.! Et pourtant, on se marre comme pas possible. D'une part, comme à son habitude, Ken Loach arrive à dégager de ses personnages une humanité extraordinaire et d'autre part il tire le maximum de la propension de Cantona à ne pas se prendre au sérieux. L'idée notamment de le mettre en face de lui-même ( Steve Evets jouant son double Eric Bishop) est particulièrement amusante jamais ridicule.

Voilà pour lundi. Mardi c'était Bellocchio, autre poids lourd du cinéma, également engagé, subversif à souhait. Mais dans « Vincere », le sujet est frontalement politique. Le film traite d'une partie de l'hisoire contemporaine de l'Italie, le fascisme, dont le souvenir et la nostalgie reviennent au devant de l'actualité. L'intérêt du film est d'ailleurs dans ses résonances avec le présent, subtiles mais fortes pour qui sait lire. Il ne s'agit pas, cependant, d'une reconstitution historique classique, on s'en doute, mais d'une partie cachée de la vie de Mussollini. La controverse va bon train en Italie sur l'authenticité des faits, cela importe peu en réalité : cette femme, le personnage clé, Ida Dalser dont le cinéaste retrace le parcours, a-t-elle été mariée à Mussollini ou non et son fils est-il le sien ? L'intérêt est, au-delà de la réponse à ces questions, dans ce que ces personnages apportent à l'éclairage de l'histoire. Le fasciste Mussollini étant parti du socialisme, le passage de la cause du peuple à une cause contre le peuple est, en filigrane, ce qui est interrogé dans Vincere. Il n'y a aucune prétention savante, aucun recours à l'explicitation rationnelle, sociologique ou autre. L'interrogation demeure cinématographique. Bien qu'historique; le film procède par ellipses. Les grands retournements sont amenés comme des sauts dans de grands trous noirs ; histoire de garder encore intactes la possibilité et l'hypothèse de ces grandes régressions politiques qu'on s'ingénie a posteriori à expliquer béatement. La distance prise avec cette naïveté est ce qui fait la valeur de ce film. Voir un fasciste de près, notamment depuis sa période socialiste, n'est pas dépourvu d'intérêt ; d’où vient l'importance de cette femme tombée quasiment dans la folie ? Exemple : lorsque Mussollini, encore socialiste, se trouve avec elle dans des scènes fortement chaleureuses, son regard se porte ailleurs. Un ailleurs qui dit bien où peut conduire l'exaltation de l'amour du peuple. Beaucoup d'autres moments de cinéma à grande portée idéologique jalonnent le film comme par exemple, illustrant parfaitement la trahison des clercs, le discours du psychanalyste qui s'évertue à raisonner l'obstinée de jouer le rôle qui lui est imparti, de faire profil bas en attendant que ça passe. Peut-être le film est-il quelque peu ampoulé, souffre-t-il d'une rhétorique inappropriée mais ne cherchons pas la petite bête et puis le temps manque. Retournons à la salle. À demain.

Tahar CHIKHAOUI
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