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Jazz à Carthage by Tunisiana : Gonzalo Rubalcaba Trio et Keziah Jones Une soirée en feu d'artifice

Le Temps | Publié le 18.04.2009

Le concert de Keziah Jones est sûrement l'un des moments fort de Jazz à Carthage cette année. Mercredi, la salle Barcelo a vibré au son Blufunk de ce phénomène nigérian. Un musicien chanteur virtuose qui s'est donné à fond devant un public d'enfer, ne peut donner au final qu'une réussite totale.

La première partie a été assurée par Gonzalo Rubalcaba Trio, un pianiste entouré d'Armando Gola à la basse et Ignacio Berroa à la batterie. Figure montante du jazz afro-cubain, le pianiste présente une habilité et un grand talent . Sa spécialité est la reprise de vieux morceaux et mélodies cubaines et les plonger dans la sauce jazz avec un style moderne. Une musique qui explore de nouvelles pistes et multiples influences auxquelles le public n'a pas beaucoup adhéré puisque la majorité est vraisemblablement venue pour la deuxième partie de la soirée.

Après ce concert de jazz tranquille ne répondant pas au goût de tout le monde, on a eu droit à un autre registre et à un autre show. Le très inattendu feu d'artifice de Keziah Jones qu'on découvre en « diva » bête de scène. Inattendu parce que sa musique en studio est assez lisse, bien posée. Ceux qui n'ont connu Keziah que sur un CD, ont été surpris par un monde parallèle où l'artiste bouillonne d'énergie, de style décalé et de génie. Ce qui frappe d'abord, c'est le jeu de musicien atypique où la guitare est comme un organe collé à la main que Keziah n'a aucun mal à contrôler. Son aisance, sa façon de malmener les cordes et les pousser à l'extrême est épatante. Au début seul avec sa guitare, il a assuré déjà tout un univers. C'est génial, comme il peut créer de sons, de rythmeset de mélodies à l'aune de sa voix et de sa guitare. Tout au long du concert il a fait de l'ombre aux autres musiciens, sa guitare primait et même la basse avait du mal à se faire entendre sur certains morceaux. Groove, funk, blues, rock, afro-beat, il y a de tout dans ses chansons. Fela Kuti a développé le style afro-beat, lui c'est le Blufunk, un mélange entre la chaleur du blues et la folie du funk. Un style hybride, spécial qui emporte facilement et se laisse écouter.

« African wood », remarquable titre issu de son album éponyme tout aussi réussi, résume bien la touche personnelle de Keziah. Voix mélodieuse, chant plein d'inflexions, guitare ultra présente, l'origine africaine est très palpable. Bien évidemment il y a d'autres éléments, mais seul le musicien connaît la recette de son style unique. « My kinda girl » ou encore « 1973 », font référence au Niger. Keziah est un témoin des changements et des problèmes que vit l'Afrique ( le Niger spécialement) et il le fait savoir à travers la quasi-totalité des titres.

Africain jusqu'au bout de ses ongles, il ôte sa chemise traditionnelle verdâtre pour nous faire une danse afro qui affole encore le public et met le feu. Peu à peu, le public se retrouve au pied de la scène, préférant le mouvement et l'émotion au confort de la chaise. Impossible de résister aux rythmes des chansons et au charisme du chanteur. Sa virtuosité guitaristique nous en met plein la vue, et son interminable énergie pousse de plus en plus de gens vers la scène. Les moments de transe musicale et de solos enflammés sont à couper le souffle. Bientôt, c'est la fièvre générale qui s'installe et tout le public est debout pour vivre ce moment de bonheur musical. Pour le rappel, il balance le tube planétaire « Rythm is love », puis une reprise de « All along the watchtower » de Bob Dylan mais façon Hendrix, puis une version funk de « War » de Marley » et un morceau de « No more trouble ».

Mention spéciale pour la lumière qui a rendu le show encore plus beau et la sono qui vraiment était au top, parce que le moindre pépin aurait rendu le mix spécial de Keziah inaudible.
Un concert qu'on n'est pas prêt d'oublier, comme ceux de DeeDee Bridgwater, Liz McComb ou Aka Turner ou Al Jaro. Des artistes nés pour la scène.

Hager ALMI
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