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Nous nous excusons, réessayez plus tard.La scène rock en Tunisie
Réalités | Publié le 21.04.2009
La scène musicale alternative tunisienne regorge de jeunes. Rap, électro ou rock, il y a une mouvance underground palpable à travers les différentes rencontres culturelles au cours de l’année. L’un des courants qui est en train de se faire remarquer est le rock et plus spécialement le “metal”. Cette musique aux sonorités lourdes et épaisses, largement inspirée du rock, constitue en ce moment le style musical vers lequel se tournent le plus de jeunes. Les groupes de metal tunisiens ont leur public fidèle et font de plus en plus parler d’eux.Souvent accusé de satanisme, d’incitation au suicide et à la rébellion, le metal est un courant musical qui a du mal à s’imposer en tant que genre artistique. Pourtant, à travers le monde, et même dans les pays où il est interdit comme la Jordanie, les fans se battent pour trouver les albums et les groupes continuent de jouer, même en cachette. En Tunisie, depuis plus de vingt ans, les groupes de rock se succèdent sur la scène alternative, certains perdurent, d’autres disparaissent.
Aujourd’hui, il y a plus d’une cinquantaine de groupes, de notoriété différente mais qui partagent l’envie de faire de la musique. Yram, White Creek, Damned Sorrow, Not dead yet, Barzach, Vielikan, Carthagods, Myrath, … des groupes très présents sur Internet et dont les concerts font un carton.
Le metaleux, un artiste avant tout
S’il y a autant de groupes, c’est parce que «le metal est le genre musical qui donne envie de faire de la musique, ça permet aux jeunes de décharger une énergie qu’ils ne peuvent pas évacuer dans d’autres genres musicaux comme le jazz par exemple», pense Karim Ben Amor, l’animateur de la “Zanzana” sur RTCI. Les distorsions de la guitare, la batterie puissante, la voix éraillée et les textes souvent introspectifs, tous ces éléments constituent les caractéristiques du metal. Si pour les profanes, cette musique est plutôt du bruit insensé et agressif, pour les “metaleux” c’est un art comme les autres, un état d’esprit auquel on adhère. «Dans le genre metal, si l’on ne comprend pas, on n’aime pas, ce n’est pas comme la musique commerciale». Damned Sorrow, un groupe de Death metal, présent depuis cinq ans sur la scène tunisienne, a fait un effort créatif lors de son passage au Festival Méditerranéen de la guitare. «Nous avons composé une hadhra à la sauce metal avec des bendirs et des darboukas et une mise en scène appropriée», explique Ahmed Chanoufi, le guitariste du groupe. Ils ont fait la première partie du fameux groupe italien Illogicist et veulent aller encore plus loin. Hédi Jemal (back vocal), Mehdi Ayari (vocal) Aymen Khalsi (basse) et Tarek Ghamli ( batterie) ont fixé des objectifs qu’ils veulent atteindre : «Nous travaillons en ce moment sur un mini-album, un clip et nous essayons d’établir des contacts en Europe dans l’espoir de trouver un producteur».
Un public présent
«Le public est présent toute l’année, fidèle aux concerts», affirme Mehdi Ayari. Les concerts au Centre culturel et sportif d’El Menzah 6 font toujours salle comble au point que les artistes commencent à ressentir le besoin d’une vraie salle de concert avec plus de places. Pour “Carthagods”, un groupe de metal présent depuis 1996, il est impératif «d’améliorer la qualité du show et de passer de l’underground au professionnel». Il est vrai qu’au début, les concerts de metal se passaient dans les universités (Campus, Institut Supérieur de Gestion…), l’information circulait de bouche à oreille et le matériel de la sono était précaire. Avec l’évolution de la scène et l’avènement de nombreux groupes, le public s’est élargi. Grâce aux blogs, à “Myspace”, à la “Zanzana” (émission radio à RTCI) et à “Facebook”, le public suit l’actualité du metal de très prêt et répond présent à tous les concerts. “Carthagods”, composé de Mehdi Khemakhem (chant), Tarek Ben Sassi (guitare), Haythem Mahbouli (guitare), Aymen Ben Hamed (batterie) et Houssem Ben Salem (basse), a fait un long chemin depuis les concerts organisés dans les universités. Malgré les changements fréquents de ses membres, il est resté au devant de la scène. Aujourd’hui, il s’auto-finance et organise des concerts de stars internationales telles que le groupe Epica (en 2006), des “guitare héros” (un concert auquel on invite des stars de la guitare à participer en solo) comme Kiko Loureiro (Angra), Marcel Coenen et récemment le fameux Anathema. Les guest internationaux sont impressionnés par le public. Ahmed Chebil, manager du groupe, estime que désormais il est clair qu’il y a un public et que les choses vont certainement changer dans quelques années. Selon Mehdi Khemakhem, «l’objectif est de rendre la scène tunisienne assez importante pour qu’on s’y intéresse. Il faut créer notre propre culture metal pour la démarquer par rapport aux autres».
Question de moyens et de mentalité
A l’unanimité, les groupes affirment que le problème de la scène “metal” est d’ordre financier. Pour le groupe Damned Sorrow, «il y a un manque de locaux de répétition et de concert. Les jeunes groupes ne sont pas payés pour leurs concerts, ils n’ont pas de sponsoring ni d’encouragement, c’est le combat et le travail des passionnés qui fait vivre la scène». Ahmed Chebil trouve que « la scène metal est régie par l’entraide et la solidarité. Les anciens fans et musiciens se soutiennent, chacun puise dans ses ressources personnelles pour faire marcher le groupe. Il n’y a qu’à voir l’exemple du groupe “Myrath”, qui est largement financé par le père de l’un des musiciens». Les locaux de musique sont négligés, les sponsors et les producteurs absents, il y a une non reconnaissance des groupes metal. Faute de moyens, de bons groupes comme “Madchoc” et “Mysiria” ont disparu.
Même si le Festival Méditerranéen de la Guitare (FMG) a permis à de nombreux groupes de faire leur show sur une scène, il demeure un festival ponctuel où ils ne sont ni rémunérés, ni considérés comme de vrais artistes. Les Damned Sorrow retrouvent la reconnaissance et des échos sur leur travail à travers Internet : «Nous savons qu’un titre cartonne selon les réactions des internautes et leurs commentaires. Pour “Carthagods”, «c’est grâce à l’évolution de la technologie qu’ils peuvent aujourd‘hui enregistrer quelque chose d’audible». L’enregistrement de leur nouvel album “inconsciousness kills” se fait avec assistance de logiciel, la batterie étant électronique. En plus du manque de moyens, les groupes de metal souffrent des préjugés. Il y a deux ans, la scène metal a été touchée de plein fouet par une vague d’accusations infondées de satanisme, d’évangélisme et de pratiques démoniaques. Les groupes ont vu leur image ternie et leur élan sérieusement freiné. En ce moment, l’orage est passé, c’est la non ouverture d’esprit qui gêne. «Les médias ne s’intéressent pas à la scène metal, la motivation des festivals reste purement orientée vers le profit, cela ne facilite pas les choses. Par ailleurs, les organisateurs doivent payer des taxes importantes pour faire des concerts, comme la taxe de 48% imposée sur le budget de l’évènement. C’est vraiment pénalisant», fait remarquer Ahmed Chebil. Même l’effort d’ouverture lors du Festival de la Musique Tunisienne avec la sélection du groupe de metal “Barzach” pour la compétition officielle est resté sans suite.
Les groupes de metal, malgré leur développement et leur travail, restent quand même incompris. En dehors du cercle des fans et musiciens, on ne les connaît pas vraiment. Eux, ils gardent espoir et s’accrochent à leur rêve.
La “zanzana”, le QG du metal
Depuis 2000, l’émission radio de jeudi sur RTCI, “Zanzana”, fait le bonheur de tous les fans du metal. Karim Ben Amor et Wassim Amara animent cette émission spécialisée en metal avec tous ses sous-genres et assurent un point de rencontre entre tous les amateurs, les musiciens et les simples auditeurs. Elle est la seule émission dans le Monde arabe à s’intéresser à ce genre musical et à le promouvoir. «Au départ, l’objectif n’était pas de faire une émission sur le metal. Les auditeurs ont commencé à m’envoyer des titres 3, le concept s’est développé petit à petit», explique Karim Ben Amor. Aujourd’hui “la Zanzana” est le centre de gravité de cette musique. C’est aussi un forum, un blog, des interviews et des concerts live, et surtout une web radio diffusée 24h/24h, toute la semaine où les chansons des pointures mondiales côtoient les titres de jeunes groupes tunisiens. Le rôle de “la “Zanzana” dans la scène rock a été de développer un côté communautaire qui a permis la formation de nouveaux groupes et l’établissement de différents contacts. Sur “Facebook”, le groupe de “la Zanzana” regroupe plus de 4.500 membres, le site web est visité en moyenne 3.000 fois par jour. C’est dire combien les fans sont nombreux, fidèles et passionnés. «Nous n’avons pas de feed back direct, mais quand on voit l’affluence du public lors de la Zanzana On Stage et le nombre des participants aux forums, on se rend compte de la dimension de l’émission. C’est pour cela que j’ai déposé un projet d’émission télé qui s’intéresse aux jeunes musiciens et chanteurs tunisiens , déclare Karim Ben Amor. La “Zanzana” permet aux différents groupes d’être au courant de l’actualité, de s’exprimer, de découvrir de nouveaux groupes…
«Ce qui est bien, c’est de voir de plus en plus de groupes qui chantent en arabe et font des compositions à fort accent oriental ou arabe, comme “Barzach” ou “Yram”. La participation de Zaher Zorgati, membre du groupe “Myrath” (ex-Pyrania), à Star Academy, est une reconnaissance de son talent et une opportunité pour tout le groupe de se lancer sur la scène mondiale. Cela permettra aussi de faire connaître la scène metal et d’en faire un courant artistique comme un autre. J’espère aussi que les jeunes commenceront à jouer dans d’autres occasions en dehors des festivals», souligne Ben Amor.
Hager Almi
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