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La superbe Andromaque, Hala Omran, au Quotidien : «L’art, c’est toujours une affaire de cœur…»

Le Quotidien | Publié le 16.07.2008

Elle a tout sacrifié pour son art. Comédienne syrienne de grand talent, Hala Omran a choisi de se laisser dominer par ses passions théâtrales. D’une scène à une autre, elle court derrière ses plaisirs artistiques, derrière cet amour fougueux qu’elle entretient d’un rôle à un autre, confirmant son talent hors pair. Gilgamesh, Phèdre, Venus labyrinthe, Io te guardo negli occhi et d’autres succès entre le théâtre et le cinéma ont permis à cette artiste d’aller au-delà des sentiers battus.

Des fruits de cette passion qui fait son bonheur depuis plus de dix ans, de sa collaboration avec le metteur en scène lyonnais Jean-Christophe Saïs dans la création théâtrale «Andromaque d’Euripide»… et de la production dramatique syrienne, la superbe Andromaque nous a parlé. Ecoutons cette Shéhérazade des temps modernes !

Qu’est ce que vous gardez encore comme souvenirs de cette rencontre franco-syrienne autour de cette Andromaque ?
«Andromaque d’Euripide» est certainement une excellente expérience qui m’a permis d’acquérir de nouvelles connaissances vu les spécificités de cette création. Il y avait eu plusieurs collaborations entre des artistes syriens et français mais c’est pour la première fois qu’un projet artistique porte un cachet officiel puisque «Andromaque d’Euripide» a vu le jour dans le cadre d’un grand événement, à savoir «Damas, capitale de la culture arabe 2008» et cette célébration a permis à la création de s’envoler d’une scène à une autre. La genèse de cette Andromaque n’a pas été aussi facile car, comme vous le savez, le metteur en scène a choisi de faire un retour aux sources de ce texte et de revenir à la version originale d’Euripide afin de donner toute l’épaisseur de la tragédie grecque. Andromaque de Racine est une œuvre très belle, mais celle d’Euripide est plus impressionnante. Et pour qu’on puisse puiser dans ce texte grec, le travail avec Jean-Christophe Saïs s’est fait selon une démarche très particulière afin de saisir le contenu de ce texte avant de passer à la compréhension de son style d’écriture et pouvoir pénétrer au cœur de cette tragédie grecque. Nous avons travaillé sur une récente traduction française, très recherchée, de Jean et Mayotte Bollack, pour en extraire l’essentiel, ça nous a beaucoup aidé. En ce qui me concerne, j’avais aussi un grand travail linguistique, car tout au long de la présentation, je dois passer de la langue arabe à la langue française et ceci nécessite une grande présence d’esprit pour réussir chaque passage d’une langue à l’autre, d’un registre à l’autre. C’est un grand challenge qu’on a su relever. On apprend toujours et pour moi c’est l’essentiel.

Vous avez mené plusieurs spectacles de recherche sur la poésie d’Adonis, Al Hallaj… Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur des textes inaccessibles ? Quelles sont les spécificités de ces moments de rencontre avec ces grands textes arabes ?
Je suis, par nature, une femme qui aime les défis, qui cherche toujours loin des stéréotypes et des formes figées. Je n’aime pas les choses faciles. A mon avis, seule cette souffrance qui accompagne l’accouchement de l’œuvre peut nous faire sentir la création. C’est ma philosophie qui peut paraître étrange pour certains. L’art ne peut qu’être l’autre facette du plaisir et pour atteindre ce bonheur et savourer cette allégresse, il faut faire des sacrifices, chercher… Et les sentiers de recherche ne sont pas toujours ornés de roses. Il faut savoir et pouvoir faire face à toutes les difficultés, surmonter ses peines… et seul l’amour peut vaincre les difficultés. J’aime m’éclater sur scène, me laisser aller avec les mots… J’ai toujours des idées et des rêves artistiques qui m’habitent et qui me tiennent à cœur. Il suffit que je tombe sur le bon partenaire artistique pour que ces projets se réalisent. En fait, je pense que le moment de la rencontre entre moi, le texte et le metteur en scène est un moment magique. Comme si vous croisiez l’âme sœur ! C’est une sensation magnifique quand vous tombez sur une personne qui partage avec vous tout cet amour pour l’art et avec qui vous vous entendez bien sur tous les plans.

Et cela a bien fonctionné ! Puisque vous avez collaboré avec Pascal Rambert, François-Michel Pisanti, Catherine Schaub… et vous avez joué sur les grandes scènes françaises, danoises, italiennes…. Qu’avez-vous appris de ces expériences ?
Oui, c’est vrai ! A chaque fois qu’un metteur en scène est de passage en Syrie pour un casting, j’essaie de ne pas rater l’occasion d’exhiber mon talent. Même durant mes déplacements, quand j’entends parler d’un casting, j’y vais ! Je ne suis pas quelqu’un qui s’enferme sur lui-même, dans l’attente d’une proposition. Je cherche, je travaille, je lutte pour avancer. Je ne suis pas quelqu’un qui cherche à être partout à n’importe quel prix. Mon seul objectif est comment pourrais-je avancer et développer mes potentiels artistiques. J’ai joué dans «Gilgamesh» avec Pascal Rambert en 2000 et Catherine Schaub en 2006, «Phèdre» avec François-Michel Pisanti…et récemment «Andromaque» avec Jean-Christophe Saïs sans parler des films et d’autres spectacles. Et j’ai beaucoup appris en tant qu’artiste de ces rencontres et collaborations.

Vous avez campé plusieurs grands rôles dans le théâtre et le cinéma, quel est le personnage qui vous a le plus marqué?
Comme je vous l’ai dit, je n’accepte pas toutes les propositions qui me viennent. J’essaie toujours d’innover pour mon propre plaisir. Tous les personnages m’ont beaucoup enrichi en tant que comédienne et m’ont appris plusieurs choses mais seule « Chams » est restée gravée dans mon cœur et mon esprit. C’est un personnage qui m’a permis d’avoir une nouvelle vision de la cause palestinienne. «Bab El Chams» (La Porte du Soleil) de l’Egyptien Yousry Nasrallah, présenté dans la sélection officielle de Cannes 2004, m’a vraiment ouvert les yeux sur la réalité de la situation en Palestine et Chams m’a fait découvrir le Palestinien.

Et pour le reste des films arabes traitant de la cause palestinienne ?
Certainement, il y a un bon nombre de films qui traitent de la cause palestinienne mais je pense qu’en cherchant à sacraliser le Palestinien, ces films ont délaissé le côté humain. On parle des Palestiniens comme des symboles, des mythes…un passé et on oublie d’aborder cet être dans son quotidien. La majorité de ces productions traite d’une manière superficielle de la Palestine et de son peuple comme si on avait peur de déchirer ces écorces pour aller plus loin et voir de près les réalités. Ces vérités nous mettent à nu. Je pense que ces films sont les fruits d’un sentiment d’amertume et de culpabilité. Malheureusement, nos films ne cherchent pas à comprendre le Palestinien et l’Israélien ! On présente le Palestinien comme Hollywood présente l’Arabe, on l’enferme dans certains clichés et c’est vraiment dommage ! En fait, je pense que quelques films ont vu le jour uniquement pour des raisons purement commerciales. C’est un sujet qui rapporte de l’argent et qui permet à son producteur et réalisateur de se faire un grand nom. Vraiment, c’est honteux !

Ces dernières années, vous vous êtes donnée au 4e Art au détriment du cinéma. Comment expliquez-vous cette orientation ? Vous ne pensez pas que la grande et la plus facile route de réussite pour un comédien syrien reste la télévision ?
J’ai travaillé dans les productions dramatiques syriennes pendant presque quatre ans et j’ai collaboré avec des grands comme Najdet Ismail Anzour, Bassel Al Khatib, Mohamed Azizia. C’était à mes débuts, juste après l’obtention de mon diplôme de l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Damas et cette expérience m’a beaucoup aidé. Puis, j’ai décidé de faire un autre pas. Alors j’ai suivi beaucoup de stages pour affûter mon talent. Aujourd’hui, je me sens bien, je suis convaincue de mes choix. Les productions dramatiques syriennes connaissent un grand succès, mais pour moi je préfère rester là où je suis !

Après la Tunisie quelle sera la nouvelle destination d’Andromaque ? Et quels sont vos projets à venir ?
C’est la clôture de la première partie de la tournée d’Andromaque. Il y aura peut-être d’autres représentations. En ce qui me concerne, je vais commencer le travail sur deux spectacles. Le premier repose sur la poésie du grand poète syrien Sâadallah Wannous alors que le deuxième se penche sur un personnage historique, à savoir Dhaher Bibars. Deux nouveaux projets qui me tiennent beaucoup à cœur ! Je vous ai dit, c’est toujours une affaire de cœur avant toute chose !
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