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La vie de château de la Belge Frédérique Devillez

La Presse | Publié le 11.04.2008

Une excellente jeune cinéaste qui nous a donné à voir une sorte de dispositifs et de situations qui coïncident avec la réalité

Le documentaire La vie de château de la jeune cinéaste belge Frédérique Devillez, tourné en 2007 et d’une durée de 56 mn, a abordé un sujet d’une brûlante actualité, les centres pour demandeurs d’asile, qui fait la une de tous les journaux en Europe et qui sont de plus en plus pris d’assaut par une population généralement masculine et jeune venue de pays différents. Le «Petit château» semble être pour tous ces jeunes l’endroit idéal pour se requinquer le moral, sérieusement ébranlé par la douloureuse épreuve du voyage, en attendant de voir leur demande acceptée.

Avec ce film, le spectateur est saisi par le côté magique d’une réalité certes amère (l’exil, même doré, est pénible et difficile à vivre), n’empêche filmée avec beaucoup d’émotion et de poésie. Il est dans une autre dimension. Ces fragments de vie décomposés, et qui cherchent à se reconstituer, ne font que nous interpeller pour nous signifier combien il est illusoire d’espérer le bonheur et jusqu’à quel point la vie peut être dérisoire et vaine.

La vie n’a pas été facile avec ces «rebuts de l’humanité». Ils sont tous à la recherche d’un refuge sûr, un havre de paix, une terre d’accueil pour jeter enfin l’ancre et panser leurs blessures morales. En attendant d’aborder ces rivages, ils sombrent dans un état de paranoïa, pour certains très avancé. Le cas de l’Irakien, un peintre, amoureux transi de la belle Iranienne qui habite l’immeuble en face, du Malien qui a abandonné femme et enfants dans son bled et qui veut épouser une blonde, le Turc, poète et chanteur, qui rêve encore de s’endormir dans les bras de sa dulcinée sur les cimes enneigées du mont Ararat, du Congolais qui a adressé une lettre au roi des belges, «son roi», puisque son pays a été colonisé par la Belgique, du journaliste algérien qui résume le Pays plat par cette allégorie «Belgica, chica bica».

Des fantasmes qu’illustre parfaitement la trajectoire d’un parcours de vie excessivement cahoté.
Frédérique Devillez, jeune, belle et sensible, a signé, avec ce petit bijou, le cinquième de sa carrière, un film très fort, aux confins de l’imaginaire et de la réalité, un peu à la manière de son compatriote, André Delvaux.
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