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Les Potières de Sejnane : Femmes au destin d’argile

Publié le 19.06.2007

Des récipients usuels de tous les jours, des bibelots aux motifs colorés au naturel de Sejnane, devenus produits exotiques qui se vendent comme des petits pains. Enfin, une pensée à ces femmes qui, derrière leurs fours archaïque, pétrissent et donnent des formes à leur imaginaire, certes naïf, mais délirant.
Sur les potières de Sejnane, il y a en enfin un beau livre et une rencontre-débat dédiée à Jemâa, Aljya, Hlima, Ida, Dhahbya, Barkena, Rebeh, Sabiha, Hbiba et toutes les autres qui méritent qu’on parle d’elles, qu’on pense à elles.
Sur leur petite terre réputée argileuse et peu fertile, la vie est ocre grise et bien dure. Dur aussi d’abdiquer et de lui tourner le dos pour un ailleurs incertain. Mais il faut tout de même vivre. Y vivre.
Ceci, les femmes de Sejnane l’ont bien compris dès l’aube des temps. Leur touche, on la trouve sur tous les tessons, dans toutes les fouilles et leurs motifs se gravent la mémoire collective.
«Les Potières de Sejnane, des femmes et un savoir-faire», qui vient de paraître dans la collection Itinéraires de Finzi Editions passe en revue, en images une région, un peuple, un combat, des histoires, l’Histoire. Derrière ce livre d’art et de savoir (grand format) de 143 pages, généreusement illustrées par Hatem Ben Miled, cinéaste et directeur de production, il y a un travail de pros. Nozha Sekik et Adnène Louhichi principaux auteurs, nous ont invités à une «échappée belle» où on se familiarise vite avec les hameaux, les boules et colombins d’argile. Ici on voyage avec enthousiasme dans l’imaginaire de ces femmes qu’on aime tant côtoyer pour des raisons multiples.

Des femmes à la recherche d’une matière grise, à l’état brut, pour façonner des mystères et donner sens à leur vie. Elles grimpent, elles récoltent, elles rendent en poudre les feuilles après les avoir séchées et savent quand et comment extraire les couleurs et les labels. «Ces femmes des collines verdoyantes du Nord de la Tunisie, au regard intelligent et volontaire, aux mains habiles et laborieuses ont permis à ce savoir-faire plusieurs fois millénaire, de résister au temps pour parvenir jusqu’à nous...», écrit dans la préface du livre Mondher Zenaïdi, ministre du Commerce et de l’Artisanat.
Un livre qui sort de l’ordinaire. Il ressemble à un grand reportage extrêmement vivant ou plutôt un film documentaire qui nous met sur les images du réel de ces artisanes de la mémoire, de ces magiciennes de l’argile. Un réel chargé d’affections, d’émotions, de gestes ancestraux, de partage et de message.
Livre enfin qui met des visages et des prénoms à ces artisanes sorties de l’ombre et qui nous deviennent presque familières. Et on ne peut que se féliciter de ce parti pris de donner ces portraits de femmes...», écrit Josy Richez-Battesti de l’université de Provence de Marseille dans le préambule. Le livre met des lumières aussi sur les formes et les usages, sur l’art rural, sur le décor sortant du four, sur des matières, des outils, des techniques de modelage millénaire, également sur les cuissons et les origines des motifs de la tradition sejnanienne.

Ce sont des paysannes qui ont su sauvegarder le patrimoine, outre ce moyen de survie au quotidien bien-sûr.
Azeddine Beschaouch de l’académie des Inscriptions et Belles-Lettres et directeur honoraire de l’archéologie tunisienne chargée de mission à l’Unesco, pense qu’il s’agit, ici «d’un hommage à la persévérance, non moins qu’au savoir-faire. Il constitue une belle mise en exergue du rôle de la femme dans la société rurale encore traditionnelle, gardienne de la mémoire, productrice manuelle, de-ci de-là créatrice». Et l’enfant du Kef d’ajouter lors de la rencontre de samedi dernier que le «catalogue nous renvoie au-delà de tout, pas seulement à lire mais à voir, à rencontrer ces artisanes, c’est une sorte de voyage dans le temps depuis l’âge du bronze, le Moyen-Age et toute la chaîne, la longue chaîne de l’Histoire. On va donc plus loin encore dans ce livre. Pourquoi? Car on trouve la préface d’un ministre engagé, le préambule d’un géographe, puisque Sejnane est avant tout une géographie de par sa géologie et son assise argileuse... Puis le rôle social et économique joué par la femme de cette région».

Au départ, la poterie était utilitaire et sans danger. Puisque les colorants sont naturels. Cette poterie est aussi un moyen de vivre et il y a peu d’élevage... et encore.

Mais devant ce marché qui foisonne actuellement du côté touristique et produit exotique, il y a danger. Car faute de temps, de fatigue et d’impossibilité de répondre à ce marché, on s’éloigne de ces produits naturels et on se familiarise avec les produits chimiques. Les colorants deviennent artificiels et ces femmes risquent à la longue de devenir rusées, profitant de la facilité dans les teintures chimiques et d’escroquer à leur tour, au prix de perdre leur sincérité et la qualité de leur poterie. Et les hommes dans tout ça ? D’après une intervenante, il faut que les hommes soient présents pour au moins grimper en haut pour l’argile, aller voir les feuilles pour les colorants et faire les feux. Le reste doit être confié à ces femmes artistes sans le vouloir, sans le savoir... Pourquoi pas donc des usines, une infrastructure et un label.
Des récipients usuels de tous les jours, des bibelots aux motifs colorés au naturel de Sejnane, devenus produits exotiques qui se vendent comme des petits pains. Enfin, une pensée à ces femmes qui, derrière leurs fours archaïque, pétrissent et donnent des formes à leur imaginaire, certes naïf, mais délirant.

Le Quotidien Sur les potières de Sejnane, il y a en enfin un beau livre et une rencontre-débat dédiée à Jemâa, Aljya, Hlima, Ida, Dhahbya, Barkena, Rebeh, Sabiha, Hbiba et toutes les autres qui méritent qu’on parle d’elles, qu’on pense à elles. Sur leur petite terre réputée argileuse et peu fertile, la vie est ocre grise et bien dure. Dur aussi d’abdiquer et de lui tourner le dos pour un ailleurs incertain. Mais il faut tout de même vivre. Y vivre. Ceci, les femmes de Sejnane l’ont bien compris dès l’aube des temps. Leur touche, on la trouve sur tous les tessons, dans toutes les fouilles et leurs motifs se gravent la mémoire collective. «Les Potières de Sejnane, des femmes et un savoir-faire», qui vient de paraître dans la collection Itinéraires de Finzi Editions passe en revue, en images une région, un peuple, un combat, des histoires, l’Histoire. Derrière ce livre d’art et de savoir (grand format) de 143 pages, généreusement illustrées par Hatem Ben Miled, cinéaste et directeur de production, il y a un travail de pros. Nozha Sekik et Adnène Louhichi principaux auteurs, nous ont invités à une «échappée belle» où on se familiarise vite avec les hameaux, les boules et colombins d’argile. Ici on voyage avec enthousiasme dans l’imaginaire de ces femmes qu’on aime tant côtoyer pour des raisons multiples. Des femmes à la recherche d’une matière grise, à l’état brut, pour façonner des mystères et donner sens à leur vie. Elles grimpent, elles récoltent, elles rendent en poudre les feuilles après les avoir séchées et savent quand et comment extraire les couleurs et les labels. «Ces femmes des collines verdoyantes du Nord de la Tunisie, au regard intelligent et volontaire, aux mains habiles et laborieuses ont permis à ce savoir-faire plusieurs fois millénaire, de résister au temps pour parvenir jusqu’à nous...», écrit dans la préface du livre Mondher Zenaïdi, ministre du Commerce et de l’Artisanat. Un livre qui sort de l’ordinaire. Il ressemble à un grand reportage extrêmement vivant ou plutôt un film documentaire qui nous met sur les images du réel de ces artisanes de la mémoire, de ces magiciennes de l’argile. Un réel chargé d’affections, d’émotions, de gestes ancestraux, de partage et de message. Livre enfin qui met des visages et des prénoms à ces artisanes sorties de l’ombre et qui nous deviennent presque familières. Et on ne peut que se féliciter de ce parti pris de donner ces portraits de femmes...», écrit Josy Richez-Battesti de l’université de Provence de Marseille dans le préambule. Le livre met des lumières aussi sur les formes et les usages, sur l’art rural, sur le décor sortant du four, sur des matières, des outils, des techniques de modelage millénaire, également sur les cuissons et les origines des motifs de la tradition sejnanienne. Ce sont des paysannes qui ont su sauvegarder le patrimoine, outre ce moyen de survie au quotidien bien-sûr. Azeddine Beschaouch de l’académie des Inscriptions et Belles-Lettres et directeur honoraire de l’archéologie tunisienne chargée de mission à l’Unesco, pense qu’il s’agit, ici «d’un hommage à la persévérance, non moins qu’au savoir-faire. Il constitue une belle mise en exergue du rôle de la femme dans la société rurale encore traditionnelle, gardienne de la mémoire, productrice manuelle, de-ci de-là créatrice». Et l’enfant du Kef d’ajouter lors de la rencontre de samedi dernier que le «catalogue nous renvoie au-delà de tout, pas seulement à lire mais à voir, à rencontrer ces artisanes, c’est une sorte de voyage dans le temps depuis l’âge du bronze, le Moyen-Age et toute la chaîne, la longue chaîne de l’Histoire. On va donc plus loin encore dans ce livre. Pourquoi? Car on trouve la préface d’un ministre engagé, le préambule d’un géographe, puisque Sejnane est avant tout une géographie de par sa géologie et son assise argileuse... Puis le rôle social et économique joué par la femme de cette région». Au départ, la poterie était utilitaire et sans danger. Puisque les colorants sont naturels. Cette poterie est aussi un moyen de vivre et il y a peu d’élevage... et encore. Mais devant ce marché qui foisonne actuellement du côté touristique et produit exotique, il y a danger. Car faute de temps, de fatigue et d’impossibilité de répondre à ce marché, on s’éloigne de ces produits naturels et on se familiarise avec les produits chimiques. Les colorants deviennent artificiels et ces femmes risquent à la longue de devenir rusées, profitant de la facilité dans les teintures chimiques et d’escroquer à leur tour, au prix de perdre leur sincérité et la qualité de leur poterie. Et les hommes dans tout ça ? D’après une intervenante, il faut que les hommes soient présents pour au moins grimper en haut pour l’argile, aller voir les feuilles pour les colorants et faire les feux. Le reste doit être confié à ces femmes artistes sans le vouloir, sans le savoir... Pourquoi pas donc des usines, une infrastructure et un label.

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