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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Les rencontres chorégraphiques de Carthage «Khaddem h’zem» (journalier) de la Cie Chatha
La Presse | Publié le 08.05.2008
En quête de son destin • Réceptacle où s’élabore la genèse de la vie, le bassin est aussi le miroir dans lequel se reflètent fantasmes, rêves et symptômes névrotiques de l’homme Khaddem h’zem, pièce de la Cie Chatha présentée samedi dernier sur la scène du Théâtre municipal, est un terme qui désigne dans l’imaginaire tunisien le journalier sans qualification professionnelle bien précise et dont la situation sociale est frappée de précarité. Son statut, à bien d’égards, ressemble un peu à celui du zoufri.
Le mot h’zem (bassin) renvoie à cette partie de l’anatomie féminine où naît la vie, où a lieu la gestation, la grossesse qui va déboucher sur l’enfantement. Autrefois, la danseuse était désignée par le qualificatif peu reluisant de t’mayel h’zem (celle qui vit du déhanchement du bassin). Image dégradante qui a fini par s’étendre et englober tous ceux qui exercent un métier pas assez valorisant selon une conception erronée en cours à l’époque.
Hafiz Dhaou et Aïcha M’barek, unis dans la vie et sur scène, ont judicieusement exploité la dualité, la coexistence des deux éléments: bassin et ouvrier à travers l’anathème qui frappe cette catégorie de travailleurs fragiles et marginalisés. Ce choix de vêtements éparpillés de tous côtés selon une configuration de damier, avec des allées verticales et horizontales, préfigurant ainsi un plan d’aménagement d’une vraie cité avec ses quartiers, laisse à chacun le soin d’avoir sa propre lecture basique.
Ces déambulements sans but défini entre les lots de vêtements provenant des surplus américains, (vêtements usagés ou d’occasion), évoquent une errance d’un groupe d’individus perdus et égarés, en quête de son destin.
Au hasard des rencontres et au croisement des directions opposées des allées se déploie l’action des quatre artistes, le couple Hafiz-Aïcha, la Malgache Johanna Mandonnet et le Péruvien Rolando Rocha, soutenus par une bande sonore, support appuyant et encourageant les clients à choisir le produit proposé. Ce qui donne à la scène un air de souk (La Hafsia, Mélassine ou le Marché central de la rue Ch.-de-Gaulle).
Dans cette fresque, vaste composition chorégraphique peinte avec beaucoup de fidélité, d’émotion et de sensibilité, Aïcha, Hafiz et leurs compagnons, dans des figures en mouvements à peine esquissés, ont merveilleusement su restituer le caractère aléatoire et souvent irrévocable et éphémère de la destinée humaine. Un destin sur lequel on n’a pas de prise parce qu’indépendant de notre volonté.
Le voyage des poussières
C’est le chorégraphe algérien de Tunis, le fabuleux Ahmed Khémis dont la photo avait illustré l’affiche des Ves Rencontres qui a ouvert la soirée avec sa première œuvre écrite Le voyage des poussières.
Ancien élève de Syhem Belkhodja, travaillant actuellement au CNDC d’Angers, il a construit sa pièce, d’inspiration soufie, sur un mouvement de balancier, un mouvement d’oscillation entre l’élan et la course vers un autre lieu, quelque part ailleurs, et un reflux vers soi animé de vie, qui n’est pas immobilité mais vibration intérieure. La musique qui a accompagné son jeu était également d’inspiration mystique, qawalie de Nusret Ali Khan, entre autres.
Impressionnante couverture médiatique
L’actuelle édition se distingue de celles qui l’ont précédée par une couverture médiatique réellement impressionnante puisque pas moins de 17 chaînes de télévision européennes dont deux satellitaires du Moyen-Orient se trouvent actuellement à Tunis pour couvrir un tel événement. Autant qu’on s’en souvienne, jamais une manifestation culturelle n’a bénéficié jusqu’ici d’un tel privilège.
Samedi dernier, la Saarländischer Rundfunk, la plus importante chaîne privée en Allemagne, présente en Tunisie pour les besoins de tournage d’un documentaire de 45 mn sur la capitale et qui passera sur cette même chaîne en octobre prochain, a profité de l’événement pour venir filmer le théâtre et le spectacle de Aïcha et Hafiz. L’Ontt participe à la réalisation de ce documentaire signé par Ingeborg Koch-Haag.
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