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Mêmes musiques… autres publics

La presse | Publié le 03.07.2012

La 48e édition du Festival de Carthage, qui débute jeudi, sera, aussi, la première de l’après-révolution. La session 2011 ne comptait pas : elle ne fut qu’une «parenthèse militante», à peu près toute consacrée à la chanson engagée et aux musiques dites alternatives.

Là, on reprend la programmation classique, on allait dire conventionnelle, celle qui est d’usage depuis des décennies: chansons du Machreq et chansons d’ici, avec quelques «coupes» d’affiches françaises et américaines.

Mêmes musiques. Aura-t-on les mêmes publics ?
Les révolutions arabes ont peut-être tout changé.
Il suffit de voir ce qui est arrivé à «Rotana», ses chaînes télé ont quasiment disparu, ses clips et ses concerts ont énormément baissé. Idem pour l’édition musicale en Egypte et, bien qu’à un degré moindre, au Liban.

Le problème qui se pose dans ces pays n’est probablement pas rattaché à une circonstance «de guerre», à une «conjoncture révolutionnaire», le problème est que l’auditeur arabe a sans doute basculé sous le choc des événements : dans sa vision du monde, dans sa philosophie de la vie, et plus encore, dans ses penchants culturels et artistiques. Ce que le «Carthage 2012» risque de révéler, c’est cela. C’est ce public tunisien et arabe auquel on proposera le programme de toujours, mais qui aura, entre-temps, le temps d’une révolution, profondément muté. Ce n’est pas une certitude, mais c’est une grosse éventualité. On n’en voudra déjà pour indicateur que la vague islamiste qui gagne le continent. Sous les dictatures déchues, cette vague était contenue «de force», contrôlée, réprimée. Avec les révolutions, elle «sort» à l’air libre. Elle va emplir nos théâtres cet été. Qui peut jurer qu’elle applaudira, à son tour, les Hani Chaker, Kadhem Essaher et autres stars rotaniennes? Il n’est pas sûr, non plus, que les publics «laïques» d’auparavant soient restés tout à fait les mêmes. La liberté subitement et entièrement retrouvée a bouleversé l’humeur arabe. On en constate l’effet dans la rue, au bureau, dans les foyers, qui sait si cela n’aura pas des conséquences face à la scène! Qui sait, par ailleurs, si ce bouleversement d’humeur n’aura pas déjà entraîné un total renversement des valeurs

Mêmes musiques, même programmation classique, rien n’atteste, pour autant, que cette année à «Carthage» il y aura la même «entente parfaite» entre les spectacles et les publics.

Malouf immortel
Evidemment, beaucoup d’entre nous espèrent que cette reprise «post-révolution» renouera avec la bonne vieille tradition festivalière, qu’elle (re)confirmera le penchant des publics tunisiens et arabes pour la bonne vieille musique classique. Dans l’histoire, il en a, du reste, été presque toujours ainsi. Les arts se sont généralement maintenus, ils n’ont fait leurs révolutions que longtemps après. L’exemple de l’histoire est un bon signe pour les chants du début du siècle sonore en Egypte, ces chants-là nous gagnons tous à leur durée; il est aussi bon signe pour notre malouf tunisien qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Le malouf tunisien sera à l’honneur jeudi, à l’occasion du concert d’ouverture. On spécifie bien «tunisien», car, ici, la musique venue d’Andalousie a vite fait de se plier au style des rythmiques et des mélodies locales; celles de La Aïssaouia en particulier.

D’où sa chaleur et son entrain qui n’ont pas leur pareil dans la «Ala» marocaine ou la «Sanaâ» algéroise, restées très proches de leurs origines. Cette chaleur et cet entrain, on les retrouvera précisement dans la wassla (suite) sika Tounssi, Imla wasqui qu’interprètera un collectif de nos meilleurs chanteurs. On était aux répétitions, on s’en délecte d’avance. A dire vrai, les grandes musiques ne meurent pas!

Khaled TEBOURBI
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