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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Mûsiqât au Palais Ennejma Ezzahra : Sudha Ragunathan et son ensemble (Inde)
Le Temps | Publié le 23.10.2009
Le chant carnatique que l’on connaît si peu !Pour assister à un concert de chants dévotionnels, qui plus est peu connu sous nos cieux, il ne faut jamais y entrer avec des a priori musicaux. Ce qui nous semble plus essentiel, c’est la disposition à découvrir les multiples facettes d’un art différent qui a fait ses preuves ailleurs et qui se préserve encore après des millénaires.
En nous rendant au récital de Sudha Ragunathan, nous ne cherchions ni à vibrer aux rythmes d’une musique indienne endiablée proche de celle de Bollywood, ni à nous extasier à l’écoute d’invocations spirituelles du genre interprété par les frères pakistanais Rizwan et Muazzam Mujahid Ali Khan. Cette fois, c’est un autre style mystique dont la représentante est une jeune femme belle, dotée d’une voix cristalline mais très puissante, et qui maîtrise une des musiques vocales les plus riches et les plus expressives. Accompagnée de seulement trois musiciens, Sudha Ragunathan a su nous transporter aux confins du sud indien pour nous mettre en contact avec une tradition musicale ancestrale qu’elle entend perpétuer : les mélodies carnatiques que la chanteuse et son ensemble nous ont jouées, rappellent certes des sonorités indiennes auxquelles les films et shows indiens nous ont familiarisés. Cependant, le style, les échelles, les instruments et la place des compositions s’en distinguent nettement. De plus, Sudha Ragunathan chantait les paroles en tamoul et ne célébrait pas que des divinités hindoues. Elle a également rendu hommage au Mahatma Gandhi et à son propre « gourou », la chanteuse légendaire Smt. M.L. Vasanthakumari.
Avec la voix, le corps et le cœur !
Nous ne pouvions comprendre le tamoul, et à peine si nous saisissions quelques termes de l’anglais avec lequel Sudha Ragunathan présentait chacun de ses chants, mais nous avons été comme contaminés par l’émotion de cette artiste quand, au beau milieu de sa partition, elle semblait se remettre toute entière aux volontés de sa divinité de prédilection. Mais elle chantait aussi des louanges exaltées à ce Dieu puissant et protecteur, elle improvisait des méditations et des approfondissements qui donnaient l’air de l’élever dans une sorte de sphère intemporelle, bercée à la fois par sa voix pure et mystérieuse et par les sons enchanteurs du violon, du tambourin et de ce magique instrument à vent appelé « muhur sung ». Pour ceux qui, dans ces moments privilégiés de fusion avec le monde divin, ne lâchaient pas d’un regard l’artiste extasiée, la tentation était grande de partager cette émotion que Sudha Ragunathan traduisait si bien avec sa voix, son corps et son cœur !
Bien que pas vraiment familiarisés avec le chant carnatique, nous pûmes découvrir une autre sensibilité artistique et surtout, une voix superbe qui saura à coup sûr contribuer à la pérennisation de la musique et de la culture sud-indienne.
Les à-côtés du spectacle
*Durant le concert, un bruit continu, fort et gênant accompagnait sans discontinuer les chants de l’artiste indienne. Nous crûmes à une défectuosité au niveau de la sono, mais il s’agissait d’un son régulier indispensable à l’exécution des compositions, un peu à la manière d’une contrebasse.
*Sudha Ragunathan s’est présentée au concert dans un beau sari coloré et arborait plusieurs bijoux à son cou et à ses mains. Elle portait des bagues à quasiment tous les doigts. Interrogée sur la relation que cela pouvait avoir avec le chant carnatique traditionnel, elle précisa que c’était juste pour la soirée.
*Sudha accompagnait tous ses chants de battements de main sur sa jambe droite et accomplissait avec ses doigts des mouvements réguliers destinés sans doute à battre la mesure. Ses musiciens en faisaient de même chaque fois qu’ils en avaient le loisir.
*Le spectacle a duré près de deux heures et à quelques minutes de sa fin, la chanteuse indienne l’interrompit et se leva un moment pour saluer le public qui crut devoir partir, mais Sudha et ses musiciens se rassirent et nous gratifièrent d’un beau chant dédié à Gandhi.
*Lorsqu’elle s’apprêtait à partir, Sudha fut sollicitée par une spectatrice étrangère qui lui demanda de la laisser se prosterner devant la statuette que l’artiste avait à ses pieds tout au long du spectacle. Il s’agit vraisemblablement d’une représentation de Shiva, le Dieu favori des habitants du sud indien.
Badreddine BEN HENDA
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