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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Musique : Les frères Gharbi au palais Ennejma Ezzahra
La Presse | Publié le 07.02.2012
Evasions Orient - OccidentSamedi dernier, à Sidi Bou Saïd, les rues, quasi désertes, étaient animées à peine par quelques véhicules. Un froid de canard s’est emparé de Tunis et de sa banlieue, délestant le saturday night de son charme de farniente. La colline de Sidi Bou Saïd semblait ensommeillée, mais elle ne l’était pas vraiment. Elle s’enchantait des tours de musique qui émanaient du palais du baron d’Erlanger «Ennejma Ezzahra». En effet, les frères Gharbi ont décidé d’adoucir le froid de l’hiver en donnant un spectacle intitulé «Khawater», incitant ainsi les passionnés de musique instrumentale à délaisser la couette et le chocolat chaud, guidés par les notes du luth, du violon, de la guitare, du piano et des instruments de percussion. Mohamed et Béchir Gharbi sont deux frères jumeaux. Ils partagent une passion appelée musique. Leur spectacle s’avère, tantôt, un compromis consenti et sincère entre leurs deux instruments de prédilection, à savoir le luth et le violon, tantôt un duel où chacun d’entre eux vante les performances techniques de son instrument.
Le public a répondu présent, assoiffé qu’il est de ce genre de musique noble. Certes, la musique instrumentale n’a pas contribué, d’une manière ou d’une autre, à la révolution populaire, elle compte toutefois parmi les rares moyens qui rappellent à l’être sa sensibilité humaine...
« Khawater», tel est le morceau dont l’album des jumeaux porte le nom. Il commence par un monologue lyrique du luth; un «ôud» qui exprime toutes les interrogations exclamatives et sans réponses d’un cœur brisé. Tourmenté et éperdu, le luth dégage des notes plaintives, s’appuyant sur des «makamet» (modes) orientaux. La réponse du violon, ou de la raison, ne paraît point consolatrice. Plus encore, le piano, la guitare et le «bendir» se rejoignent en chœur pour confirmer le lyrisme, à l’unanimité. Puis, les notes du luth s’accélèrent, traduisant une volonté de rejoindre la voie de la raison; des efforts qui échouent d’un coup. Et c’est là que les jumeaux introduisent —comme une inéluctable alternative— une touche occidentale qui nous rappelle le jazz, mais qui reste, malgré son affirmation, dominée par le seigneur des instruments orientaux, le luth. Nous assistons alors à un dénouement musical et émotionnel joyeux qui résonne, sauvant le luth de son chagrin et le public d’une remise en question existentielle. Le panache entre le rythme oriental et celui occidental vient comme une solution salvatrice, rappelant aussi bien la règle naturelle de l’univers, cet équilibre entre deux extrêmes et mettant en valeur un terrain d’entente et de tolérance tant souhaité de nos jours...
Jaloux, taquin, voire turbulent, le violon de Mohamed Gharbi fait son numéro avec des performances stupéfiantes, à cheval entre le nerveux et le romantique.
La musique aux couleurs de Delacroix
«Ta’ammoulette» (contemplations) était le morceau fort attendu du public. En effet, à chaque spectacle, il opère sur l’assistance un effet charmeur. Dès l’abord, il plonge le public dans un univers semblable aux tableaux de Delacroix, avec cette touche davantage andalouse qu’orientale. Les rythmes s’entremêlent en permanence, donnant libre court aux divers instruments et mettant en exergue le talent des compositeurs. Des chorégraphies virtuelles, inspirées tantôt du flamenco, tantôt de la danse orientale à la Samia Jamel, tiraillent le public entre deux univers autant différents que complémentaires. La perplexité s’accentue avec des notes rappelant la musique occidentale ou encore oreintale modernisée, qui aurait certainement plu au grand moderniste Mohamed Abdelwahab. Une ambiance gaie, confère à la contemplation une face positive, pleine d’espoir.
Béchir Gharbi et son luth retiennent et accaparent même l’attention de l’assistance. «Hayra wa Bahth» (tâtonnements) parle de l’inquiétude de l’Homme en général et de l’artiste en particulier. Le luth ouvre la voie à des questionnements internes qui s’approfondissent au fil des notes pour fouiller dans l’Etre, dénichant ses souffrances et son chagrin. Interrogatif, le luth devient plaintif: il énumère tant de sacrifices, tant d’efforts et tant de déceptions, mettant à nu le cœur de son maître. Las, il devient à maintes reprises inaudible, pratiquement sans «voix». Et l’on ne comprend quasiment plus si c’est bien Béchir qui aide son luth à reprendre la face ou si c’est l’inverse.
Le spectacle a fait le tour d’une bonne partie des morceaux et des performances connus des jumeaux, révélant, encore une fois, leur amour pour la musique, un amour que le public a largement partagé, samedi dernier.
D. BEN SALEM
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