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Nouvelle parution : Le vent se lève en janvier de A.T.Abassi

La Presse | Publié le 09.06.2012

La révolution tunisienne, une symphonie inachevée…
Le volet automnal du vent de la révolution n’en finit pas de souffler sur la Tunisie
L’ouvrage Le vent se lève en janvier est consacré exclusivement au dernier quart d’heure de Ben Ali et de son régime voués aux gémonies par tout un peuple, plus décidé que jamais, à se débarrasser d’un homme pourtant accueilli un certain 7 novembre 1987 en sauveur et qui, grisé par le pouvoir, ne s’est jamais préoccupé des besoins de ce peuple, même les plus urgents. Son seul souci était d’amasser les richesses, accordant ses faveurs à son entourage immédiat.

Son entêtement à se maintenir à la tête de l’Etat n’avait d’égal que sa fatuité et sa vanité à exercer coûte que coûte un semblant de pouvoir qui, en fait, lui échappait au bénéfice de son épouse et de sa famille. Alors qu’il se vautrait dans le vice et se laissait aller avec complaisance à la corruption qui devait miner et affaiblir un régime exsangue, les Tunisiens se sont soulevés, exaspérés qu’ils étaient par les excès et les outrances devenus à leurs yeux insolents et trop flagrants.

Un colosse aux pieds d’argile
L’auteur, Ali Toumi Abassi, professeur de littérature française à l’Université de La Manouba, auteur de nombreux ouvragés publiés en Tunisie et en France, a compulsé et recueilli une somme considérable d’écrits, de documents, de témoignages et d’informations de la plus haute importance sur les événements qui ont précipité la chute du molosse, une divinité cananéenne qui, selon la Bible, est fatalement liée au sacrifice des humains. Un molosse certes, mais aux pieds d’argile, donc fragile, à l’image du président déchu, incarnation vivante, simpliste et naïve du bourreau de son peuple qui, dans un moment de folie, a préféré prendre la fuite de peur des retombées de la colère de toutes et de tous celles et ceux qui ont lui confié leur sort et qui, en retour, n’ont pas été payés comme il se devait.

Une dignité confisquée
Le talent de l’auteur, habile à tenir l’intérêt du lecteur en éveil, s’exprime à travers cette chronique qui fait le récit des événements tragiques qui ont conduit Mohamed Bouazizi à choisir le feu pour s’immoler, traduisant par ce geste purificatoire qui, dans sa tête, restitue aux Tunisiens toute leur dignité longtemps confisquée. Une dignité déshumanisée dont ils ont été pour très longtemps castrés et volés au déteriment d’un clan sans foi ni loi, mené par une Messaline des temps modernes, aux mœurs dissolues, une femme ambitieuse dont la responsabilité dans cette dérive est de taille.
S’ensuit un chapelet ininterrompu, une longue tirade de griefs débités avec une profonde réflexion visionnaire sur une tendance nouvellement observée dans la société et qui consiste à raconter cette révolution, chacun selon un point de vue, sa propre conception. Des discours qui ne sont en fait qu’un ramassis de vieux clichés éculés, copieusement servis par des bloggeurs surmédiatisés et des opposants politiques de Ben Ali, ramenés au-devant de la scène en compagnie d’autres éclopés des partis fondamentalistes, rigoristes et religieux qui, se sentant le vent en poupe, se sont rendus maîtres de la situation en exploitant la crédulité du bon peuple, facile à manipuler et leur confiance aveugle dans la foi pour leur faire croire que les voies du Seigneur sont impénétrables et mystérieuses.
A défaut de vrai changement et en l’absence d’une vision claire des intentions et du projet de gouvernement, tout laisse à croire, d’après l’auteur, que les valeurs pour lesquelles le peuple s’est soulevé et Bouazizi s’est donné la mort ont été détournées.
«Et rappelons de nos vœux le second volet automnal cette fois de ce vent nouveau qui n’en finit pas de souffler sur la Tunisie», conclut l’auteur.

Adel LATRECH
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