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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Rencontre avec Julien Anfruns, directeur général de l’Icom
La Presse | Publié le 11.11.2009
«Le musée est un espace de vie, de passion et d’énergie»Julien Anfruns, directeur général du Conseil international des musées (Icom) a été élu à la tête de cette organisation mondiale, qui représente les musées et leurs professionnels à travers plus de 137 pays, il y a une année.
Sa visite officielle en Tunisie, la semaine dernière, entrait dans le cadre d’une prise de contact avec les institutions chargées de la gestion du patrimoine dans notre pays. Nous l’avons rencontré.
Pouvez-vous nous présenter l’Icom et ses missions ?
Le Conseil international des musées est né en 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour promouvoir la coopération entre les institutions muséales. Les bureaux de l’Icom se trouvent à Paris, au siège de l’Unesco, avec qui notre organisation entretient une relation formelle d’association. Investie des missions d’un service public international, l’Icom lutte contre le trafic illicite d’œuvres d’art tout en élaborant des stratégies de formation professionnelle et de gestion des risques. Nous fonctionnons également comme un organe de certification pour les musées en nous appuyant sur un code déontologique existant depuis 1974 et qui se veut fidèle à l’actualité et aux préoccupations des professionnels. Nous sommes également les seuls à détenir une définition du musée. L’Icom représente par ailleurs un grand centre de réflexion sur la question des musées, qui incarnent quelque part aujourd’hui une ville dans la ville avec tous ces services dédiés à la sécurité, la gestion, la formation, le travail pédagogique, la communication...
A votre avis dans quel sens évoluent aujourd’hui les musées de par le monde?
A Shanghai, en Chine, la ville prévoit d’aménager 60 % de musées supplémentaires. La Russie est en train d’élaborer un plan décennal pour les musées, quel que soit leur statut, national, provincial ou municipal. Le Brésil a créé en février dernier une nouvelle loi sur les musées. La Tunisie bénéficie actuellement du Projet de gestion et de valorisation du patrimoine culturel, qui vise en premier lieu la promotion des institutions muséales nationales, le Bardo, le musée de Sousse, celui de Djerba et la création de musées de sites sur tout le territoire. Les rencontres que j’ai eues avec les autorités ici montrent à quel point on est enthousiaste par rapport à ce programme. A Abou Dhabi, à Singapour et dans bien d’autres villes, des musées voient quotidiennement le jour. Comment expliquer cette fièvre muséale ou encore cette harmonisation au niveau du monde des infrastructures culturelles sinon à travers l’intérêt ressenti par les pays d’investir dans la culture. Les musées deviennent des acteurs centraux du développement soutenu.
Toutefois, des passerelles doivent exister entre les musées, l’éducation nationale, la formation professionnelle, le management et le développement d’une politique nationale.
Vous avez parlé tout à l’heure d’une définition des musées. Que dit-elle en fait ?
Pour simplifier, je dirai que les musées sont porteurs de deux missions. Tout d’abord, conserver pour les générations futures un patrimoine qu’il soit archéologique, scientifique, ethnologique ou encore artistique. Ensuite, présenter les collections aux générations actuelles. Ces deux points de tension peuvent être difficiles à réunir : on doit protéger les collections tout en les rendant vulnérables par l’acte de les exposer. On le sait, les objets sont mieux contrôlés dans les réserves.
Dans les musées, on ne parle pas d’un public, mais de publics. Le public ne vient pas toujours à vous. Il ne faut pas non plus se limiter au public acquis. Il faut créer ce déclic entre l’œuvre et le public, qu’on appelle médiation. Cette médiation (ou grilles de lecture) n’est pas la même si on s’adresse à des enfants, à des jeunes, à des experts ou à des touristes. Le musée ne représente ni un simple réceptacle ni un temple qui écrase ses visiteurs. C’est un espace de vie, de passion et d’énergie.
Comment, à votre avis, intégrer les musées tunisiens dans une dynamique de rentabilité économique ?
Il faudrait, à ce propos, prendre les choses avec des pincettes. Selon le code déontologique de l’Icom, un musée, qui incarne un service public et un support pour la valorisation du patrimoine n’est pas destiné à générer des bénéfices. Une conscience de l’efficience économique est en revanche importante. Mais il faut trouver le juste équilibre entre la mission du musée, qui est culturelle, et le management qui permet d’optimiser ses moyens. Lorsqu’on élargit son champ de vision, on se rend compte que c’est toujours utile et rentable pour un pays d’investir dans le domaine du patrimoine : il finit par recevoir beaucoup plus qu’il n’a dépensé. Car ses retombées sont grandes sur le tourisme, l’économie hôtelière, sur les choix de vie de certains cadres internationaux qui désirent s’installer dans un lieu à l’histoire richissime.
Propos recueillis par Olfa BELHASSINE
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