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Rouma Belhiba au Golf Club à La Soukra : Fantaisie picturale…

Le Temps | Publié le 13.05.2008

Le Golf Club de La Soukra accueille, depuis samedi 10 mai dernier, une exposition signée Rouma Belhiba. A travers toiles et sculptures, c’est un monde qui se redessine et se recrée.

A travers un foisonnement de couleurs et l’alliance des matières, c’est une fantaisie mi-ludique mi-sérieuse qui ouvre les portes d’un univers particulier, celui de l’artiste. Dans la salle des expositions, Rouma Belhiba troque les mots contre une palette foisonnante pour s’adresser à son « auditoire » dans cette langue particulièrement intime qui émane de l’être pour s’adresser à son alter ego…

De prime abord, alors que l’on franchit le seuil de l’aire d’exposition, une sensation de bien-être mêlée à la curiosité tacite s’empare du visiteur. Ce bien-être que procure la couleur ou plutôt ce foisonnement de pigmentations chaudes que viennent tempérer quelques onces de nuances froides ou neutres. L’œil est vite happé par la vivacité des teintes, le jaune, le rouge et l’oranger battent la mesure et entraînent les visiteurs dans un tourbillon festif. La couleur investit l’espace, elle le décompose pour le réorganiser, une nouvelle harmonie se crée alors et le sujet central se laisse deviner par bribes. Parmi la masse colorée, quelques zones blanches s’émissent dans la toile, des zones dont la neutralité laisse libre cours à l’imagination de réinventer l’histoire, de raconter à travers des personnages biscornus, les tourments et les fantasmes, les rêves et les inquiétudes de l’âme.

C’est à travers la sinuosité du trait que se raconte l’histoire : celle de la rencontre ou de la rupture, celle des maux qui sillonnent le monde ou des petits bonheurs partagés, celle enfin du souvenir, celui de jadis, des lieux tant aimés qu’on immortalise dans un coin de la mémoire et dont l’artiste ne garde que l’essentiel et l’éternel. C’est dans cette optique que Rouma Belhiba réinvente Sidi Bou Saïd : du village, ne demeure que le bleu intense et la courbe qui orne les fenêtres des habitations. Tout disparaît sauf l’essentiel, tout se recrée grâce à l’imagination et le génie créateur.
D’autres histoires se racontent : le Liban, les relations de couple, l’amour et le désamour, l’espoir et désespoir… et puis c’est le jeu qui tempère, c’est le jeu qui suscite le sourire et la réflexion sur ce monde en gestation, ce monde qui se transforme au gré des saisons et de l’avancée du temps. Rouma Belhiba saisit le temps pour le figer sur la toile l’instant d’une création. Contre l’oubli, elle mélange ses couleurs, sculpte la pierre et associe les matériaux pour sauvegarder la mémoire. Si certaines œuvres dérangent par leur aspect sombre et par leur contraste, il ne demeure pas moins qu’elles interpellent le visiteur pour l’inciter à réfléchir. Si la vivacité qui se dégage de certains tableaux offrent une dynamique et un bien-être, ce dernier n’est qu’un sentiment premier qui laisse entrevoir une relecture de la société et des événements à travers le monde.

A travers le duel entre le trait et la couleur, Rouma Belhiba invite le visiteur à entrer dans son univers, à oublier le temps pour se laisser prendre au jeu des nuances et de la ligne qui délimite et qui rassemble, qui recompose l’espace et invente des personnages à l’allure étrange balançant entre naïveté et profondeur pour dépeindre l’universel et le personnel. En suivant les pas de l’artiste, on devine « Rouma qui rit et Rouma qui pleure » ; Rouma qui observe et Rouma qui réinvente. A travers ses œuvres, elle perçoit l’humain et le « dés-humain », les transforme en art, un art qui parle au cœur et à l’esprit, un art qui se place à la croisée des chemins : entre le ludique et le sérieux, entre le figuratif et l’abstrait.

Ainsi, au Golf Club de La Soukra, c’est une autre vision de nous-même qui est proposée, une vision que Rouma Belhiba explore pour le bonheur des amateurs des arts plastiques…
Letizia Filippi

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