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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Témoignage Quand l’île de La Galite est célébrée au Lavandou...
La Presse | Publié le 26.11.2009
On ne pourra plus chanter avec Pierre de La Galite, «Mon île, si petite, qu’on passe sans la voir...». Elle était bien présente au contraire, La Galite, bien vivante et bien habitée en ce 4 octobre 2009, presque aussi visible que les «îles d’or» qui ponctuent le rivage du Lavandou. En effet, à l’initiative de M. GilBernardi, maire du Lavandou, la communauté galitoise de la cité provençale, dont le nom évoque les lavandières de jadis, a été amicalement conviée le 4 octobre 2009 au jubilé «La Galite-Le Lavandou, 1959-2009».Et ils étaient nombreux les Galitois à répondre à l’appel, tous les Vitiello, les Mazzella, les d’Arco, Les Conte, et bien d’autres descendants de ces familles qui s’installèrent au XIXe siècle sur le petit archipel inhospitalier, battu par les vents, ancré à 33 milles nautiques au N.-N.-E de Tabarka.
Ils étaient là toutes générations confondues, depuis ceux qui vécurent et travaillèrent encore dans l’île, comme Marie Vitiello, épouse Pérez, âgée de 99 ans, jusqu’aux arrière-petits-enfants, dont quelques-uns découvrirent La Galite en 2006 lors d’un voyage avec leurs parents et leur maire, qui les y accompagna. Il n’est pas besoin de décrire aux Méditerranéens que vous êtes tous, amis lecteurs, l’enthousiasme, le plaisir communicatif des retrouvailles, la convivialité, le bonheur d’être ensemble et d’accueillir les voisins proches et plus lointains. Ceux du nord de la Tunisie, comme Belgacem Ouchtati, membre de la CCINO, ou moi-même qui représentais le «Pays vert», à laquelle appartient l’île de La Galite, mais aussi ceux d’Italie.
Les premiers habitants de La Galite étaient pour la plupart originaires de Ponza, une des îles pontines, au large de Naples. Quelques-uns vinrent d’Ischia, une autre île, ou de Torre del Greco, au N. de Naples. Des représentants de la mairie de Ponza avaient donc fait le voyage pour renforcer des liens un peu distendus. Les «Ponzesi» ont, par ailleurs, des points communs avec d’autres Méditerranéens à la fois de la rive nord et de la rive sud qui ont fondé la ville de Carloforte (Sardaigne), jumelée avec Tabarka.
Votre journal vous avait entretenu de ces Génois installés dans l’île de Tabarka, du XVIe au XVIIIe siècle, les «Tabarchini», à l’occasion d’un colloque organisé dans la cité tunisienne en mai 2008 et qui réunissait aux «Tabarki», outre des Carlofortains, des représentants de Calasette (Sardaigne), de Nueva Tabarca d’Espagne et bien sûr de Gênes. M. Bernardi, maire de la cité, a ouvert la journée par l’inauguration du rond-point de La Galite, à laquelle se pressait une nombreuse assistance.
Ce n’était qu’interpellations, exclamations ou cris de joie, en français, en napolitain mais aussi en arabe, certains Galitois parlant encore la langue dans laquelle ils ont poursuivi leur scolarité. Il faut en effet rappeler que si des Galitois ont quitté la Tunisie en 1959, d’autres y vivaient encore en 1976.
Les festivités se sont poursuivies par une grill-party à la prud’homie de pêche, sur le port de la ville, un déjeuner éclaboussé de soleil et agrémenté des ritournelles italiennes traditionnelles.
C’était l’occasion de rappeler des souvenirs, de parler de là-bas, d’évoquer aussi, avec respect et affection, un hôte qui partagea la vie des insulaires de 1952 à 1954, le Président Habib Bourguiba. Certains d’entre eux parlent avec émotion de celui qu’ils appelaient «maître», de repas partagés avec lui, de parties de pétanque, du rocher sur lequel il s’asseyait. Et je ne peux m’empêcher de penser à ce médecin militaire en poste sur l’île à la même époque, le docteur Bilweis, qui évoqua devant les adhérents du «Pays vert», il y a quelques années, les longues conversations que son illustre patient et lui-même entretenaient. Habib Bourguiba lui dédicaça une photo. Elle est reproduite dans l’exposition de photos de La Galite, réalisée par M. Sylvain Abonen, et présentée au public dans l’espace culturel de la ville. Le professeur Philippe d’Arco, présenta en fin d’après-midi, à l’issue de l’inauguration de l’exposition photographique, une conférence très intéressante et très vivante, intitulée «Notre histoire» et accompagnée d’un film qu’il avait également réalisé.
Il nous rappela que la première famille à s’installer dans l’île, en 1872, fut celle d’Antonio d’Arco, son arrière-arrière-grand-père, qui arrivait de la Calle.
A cette époque, La Galite n’appartenait à personne et n’était pas peuplée. Elle était uniquement fréquentée par les corailleurs et les pêcheurs italiens qui faisaient aussi métier de trafiquants d’armes avec les tribus de Kroumirie. D’Arco eut cependant quelques démêlés avec les autorités tunisiennes, averties par la France qui ne souhaitait pas voir La Galite devenir italienne, de sa présence et de celle de sa famille. Il dut donc repartir, mais revint cependant sur l’île en 1876 ou 1877. Entre-temps, une petite garnison tunisienne avait pris ses quartiers à La Galite, et en 1878, la France reconnut la souveraineté de la Tunisie sur l’archipel.
La vie des premiers habitants, qui avaient aménagé des habitations troglodytes dans d’anciens tombeaux antiques, était très primitive. Suivant la saison, elle s’organisait autour de la pêche ou bien d’une maigre agriculture de subsistance, et en hiver, l’île se repliait sur elle-même pour de longs mois d’isolement. Petit à petit cependant, la situation évolua sur le plan politique et administratif, des liaisons maritimes s’établirent et les bases de l’économie se transformèrent. On vit ainsi apparaître la pêche à la langouste au début du XXe siècle. En 1887, 35 personnes vivaient sur l’île, qui passait encore pour inhabitée. C’est ainsi qu’en apercevant un panache de fumée, les marins d’un bateau anglais, qui naviguait au large, s’imaginèrent assister à un début d’éruption volcanique, qui fut relatée, en 1886, dans The Illustrated London News. En 1911, le chiffre de la population est de 186; en 1926, de 193, pour régresser à 175 en 1931. Ce n’est qu’en 1938-39 que s’installèrent dans l’île quelques bergers tunisiens.
Philippe d’Arco nous présenta ensuite des images touchantes de la vie insulaire : les travaux et les heures, l’école, les mariages, les naissances, l’évolution des transports, les impôts et les taxes qui furent imposés finalement aux Galitois, eux qui y échappèrent longtemps au point que des polémiques apparurent dans les journaux français et tunisiens à ce propos.
Le jubilé s’est terminé par un dîner «galitois» qui clôtura dans la joie et les rires et au son de mélodies et de refrains qui avaient déjà le goût du gâteau en forme d’île devinez laquelle ? offert à la fin du repas, une journée bien remplie.
La journée galitoise fut surtout une bien jolie illustration de cette «union pour la Méditerranée», qui existait bien avant qu’on en parle. Grâce aux hommes et aux régions des deux rives qui, en s’appuyant sur leur passé commun, vont ensemble vers l’avenir.
Monique LONGERSTAY
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