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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Traduction de Salammbô de Flaubert, par Taïeb triki, paru chez sud Edition
La Presse | Publié le 15.11.2008
Traduire en langue arabe Salammbô de Gustave Flaubert, roman paru en novembre 1862, est à coup sûr une aventure délicate. Taïeb triki l'a osée. Armé de ses prouesses stylistiques dans la langue d’el Jahedh, l’écrivain s'est attaqué à cette œuvre en essayant de traduire « l’exotisme » sensuel et violent de l'orientalisme de Flaubert.Salammbô, traduction en langue arabe, est récemment paru chez Sud Edition. Taïeb Triki rend ainsi accessible à la culture arabophone cette histoire qui s’est déroulée sur les collines de Byrsa, près de chez nous. dans ce cadre historique et patrimonial où Flaubert raconte un épisode de l’histoire de la Tunisie, celle de la guerre des Mercenaires, au IIIe siècle avant J.-C. Une guerre durant laquelle Carthage s’oppose aux «barbares» qu’elle avait employés pendant la première guerre punique et qui ont fini par se révolter contre elle, furieux de ne pas avoir reçu la solde promise.
Pourquoi traduire Salammbô ? et pourquoi maintenant?
Comme le dit le dicton, « il n’est jamais trop tard pour bien faire ». Carthage, qui a fait, pendant des siècles, trembler le bassin méditerranéen, demeure jusqu’à présent une cité fantôme. Son histoire reste floue, par l’absence de sources directes. Les stéréotypes lui collent à la « peau ». Sa représentation telle qu’elle a traversé les siècles «repose sur la façon dont les auteurs gréco-romains en ont parlé, sans cesser de mettre en avant son infériorité», écrivait Philippe Testard-Vaillant dans un numéro des cahiers sciences et vie consacré à Carthage. Sa légende est écrite par les vainqueurs.
Traduire salammbô, ce roman qui depuis des années a popularisé l’histoire carthaginoise, pourrait raviver l’intérêt pour cette cité, remuer le passé et dévoiler ainsi ses mystères... Une œuvre, fidèle à l’original, qui peint différemment l’univers de l’écrivain sans le trahir. Taïeb Triki rapporte toutes les actions dans leur moindre détail, offrant ainsi une relecture du roman, et ouvrant pour la énième fois le débat sur la fiabilité des sources dans les romans historiques. Sans des gants de velours, on ne peut aborder ce genre de roman, surtout lorsqu’il s’agit de notre propre histoire.
Une source fiable ?
La Carthage de Flaubert n’est pas cette cité figée dans la perfection d’un Orient, tel qu’il a été conçu au XIXe siècle. Elle n’est pas immobilisée dans une prose poétique embaumée et magnifiée. Au contraire, l’écrivain l’a décrite dans «un dessin farouche et extravagant, fait du style cannibale». L’orient de Flaubert a l’exubérance et la violence des tableaux de Delacroix dont Baudelaire écrit : «tout dans son œuvre n’est que désolation, massacres, incendies. Tout porte témoignage contre l’éternelle et incorrigible barbarie de l’homme», relève-t-on dans une présentation de l’œuvre de Flaubert réalisée par Gisèle Séginger. La spécialiste ajoute que Salammbô représente néanmoins un Orient fait de souvenirs de voyage et de rêves romantiques mais montre aussi les abîmes du désir, la volupté du sang.
Cependant, Flaubert est-il arrivé à respecter fidèlement l’histoire de cette époque? On sait que l’auteur a séjourné trois mois (avril-juin 1858) à Tunis pour s’imprégner du cadre de son roman. on sait aussi que Flaubert s’est référé aux textes, grecs et romains, de Polybe, Appien, Pline, Xénophon, Plutarque, Hippocrate.
Ce qui l’a mené à commettre «quelques erreurs “techniques”, si l’on juge Salammbô à la lumière de ce que l’on sait de la Carthage ancienne», rapporte encore Philippe Testard-Vaillant d’après les estimations de Véronique Krongs, maître de conférences en histoire ancienne à l’université de Toulouse II. En revanche, et toujours selon cette source, Flaubert hisse son travail au niveau de ce que pouvaient écrire les meilleurs experts de l’époque. Son génie romanesque lui a surtout permis de transcender ses sources, de rendre la complexité de la civilisation carthaginoise. Admirer autrement la belle fresque antique avec ses palais et ses temples, ses aqueducs et ses citernes, ses maisons et ses terrasses; l’aspect de ses habitants, leurs us et coutumes jusqu’à leur manière de manger, de s’habiller et de prier, reste un pur plaisir à déguster avidement.
Le premier pas
D’un autre côté, l’histoire de Salammbô a depuis des années inspiré plusieurs œuvres artistiques. Ce nom revient d’abord dans la peinture avec l’œuvre de Gaston Bussière (1907), ensuite dans la sculpture avec le petit groupe en bronze, ivoire, or et turquoise baptisé Salammbô chez Mâtho, Je t’aime ! Je t’aime de Théodore Rivière, 1895. Il a figuré aussi au titre de plusieurs opéras dont le Salammbô du français Ernest Reyer, sur un livret de Camille du Locle et qui fut représenté pour la première fois en 1890 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles; ou encore Salammbô du russe Modest Moussorgski, débuté en 1863 sur le livret du compositeur lui-même, et qui n’a jamais été achevé. Salammbô est également projetée sur le grand écran à travers deux films, le premier de Pierre Marodon réalisé en 1925 et le second de Sergio Grieco en 1960.
Philippe Druillet a même adapté le roman en bande dessinée, dans laquelle son personnage fétiche « Lone Sloane » s’incarne en Mâtho. Salammbô a aussi marqué le domaine de la chanson avec Julie Pietri qui s’est inspirée du personnage féminin de Gustave Flaubert pour l’écriture d’une chanson Salammbô, sortie en 1989. Et enfin, l’œuvre a fait l’objet d’un spectacle fort original qui a eu lieu le 9 août 1980, au Musée des beaux-arts du Canada, à l’occasion du centenaire de la mort de Flaubert. L’artiste québécois Robert Racine a lu en public, seul et sans arrêt, le roman Salammbô pour une durée de 14 heures sur un escalier construit selon une équation réalisée d’après les données propres du roman. Le nombre de chapitres égale le nombre de marches, de mots, de phrases, de paragraphes
Cette traduction ouvrira-t-elle la voie à des créations tunisiennes ? Servira-t-elle de toile de fond à diverses adaptations, à des expositions ou même à d’autres œuvres littéraires? Ne dit-on pas souvent que l’appétit vient en mangeant! Taïeb triki a réalisé un premier pas, qui ne manque d’ailleurs ni d’audace ni de talent. Verra-t-on une autre lecture de Salammbô ? peut-être... espérons.
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