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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Traductions - De Tzetan Todorov à Albert Memmi
Le Temps | Publié le 30.09.2008
Parus récemment chez des éditeurs tunisiens « Portrait du colonisé » de Albert Memmi et « L'esprit des lumières » de Tzvetan Todorov sont désormais traduits en langue arabe.Depuis l'institution du Centre national de la traduction, la visibilité des traducteurs tunisiens s'est trouvée largement accrue. De plus, nombre d'initiatives éditoriales se tournent désormais vers ce domaine et débouchent sur des œuvres de qualité.
Deux ouvrages parmi les publications récentes retiennent l'attention. Il s'agit des traductions en arabe du « Portrait du colonisé » de Albert Memmi et de « L'esprit des lumières » de Tzvetan Todorov. Bénéficiant du soutien du programme d'aide à la publication de l'Institut français de coopération, ces ouvrages sont respectivement parus à la Maison arabe du livre et aux éditions Mohamed Ali (Sfax).
C'est Hédi Khelil qui vient de traduire en arabe un texte qui compte parmi les classiques de la littérature engagée. Comparable aux « Damnés de la terre » de Frautz Fanon, « Portrait du colonisé » est une autopsie sans concessions de la société coloniale.
Albert Memmi y décrypte les rapports de domination, les mécanismes de l'oppression et les injustifiables soubassements. Demeurée célèbre, la préface de Jean-Paul Sartre à la première édition de cet ouvrage en 1957 pose les enjeux de cet essai : « La société coloniale ne peut intégrer les « indigènes » sans se détruire ; il faudra donc qu'ils retrouvent leur unité contre elle. Ces exclus revendiqueront leur exclusion sous le nom de personnalité nationale : c'est le colonialisme qui crée le patriotisme des colonisés ».
Visionnaire, le livre de Memmi connaîtra un brillant destin ainsi qu'une diffusion universelle. Cette œuvre à la fois prospective et analytique allait en quelque sorte être un bréviaire pour la génération des indépendances et un outil remarquable pour la compréhension du monde post-colonial.
Hédi Khelil a su traduire avec une grande proximité - voire une complicité - à l'égard du texte original. De plus, il nous donne un texte essentiel de la pensée moderne, une œuvre dont le contenu interpelle aujourd'hui, les mouvements altermondialistes. Car si le colonialisme a changé de visage, certaines matrices intellectuelles semblent ne pas avoir bougé.
Œuvre brillante, « Portrait du colonisé », se double désormais d'un « Portrait du colonisateur », récemment publié par Memmi. L'avenir vous dira si Hédi Khelil envisage de traduire ce second versant d'une œuvre actuelle, cinquante ans après sa première parution.
L'humanisme, selon Todorov
Sur un autre plan, les éditions Mohamed Ali à Sfax viennent de publier une traduction en langue arabe de « L'esprit des lumières » de Tzvetan Todorov. Parue en main dernier, cette traduction est l'œuvre de Hafedh Gouiaâ qui, non content d'être un remarquable critique d'art s'avère un traducteur chevronné.
L'ouvrage est un bref essai dans lequel Todorov pose une interrogation cruciale : « Après la fin des utopies, sur quel socle intellectuel et moral construire l'avenir commun de l'humanité ? », cherchent des références dans l'histoire et déployant une argumentation solide, Todorov débouche sur un constat : c'est le versant humaniste des lumières qui est la seule issue à la crise voire l'unique perspective de progrès.
Fort de cette pétition de principe, Todorov tourne le dos aux théories du chaos, du choc des civilisations et de la fin de l'histoire. Il affirme au contraire l'universalité de l'humanisme des lumières ; ce qui d'ailleurs pose en soi le problème sous-jacent et plus vaste de l'ethnocentrisme.
La qualité essentielle de cet ouvrage, c'est qu'il ouvre le débat non pas en terme d'antagonismes culturels mais à partir d'un héritage commun, d'une racine partagée qui lie les démocraties modernes et le monde non occidental.
La traduction de Gouïaa est précise, rend la complexité des enjeux. De plus, elle se caractérise par son importance : en effet, pareil texte mérite une diffusion plus large dans l'aire arabophone.
En somme, ces deux traductions mettent en relief des essais structurés par une pensée ouverte et démontrent l'urgence des questions récurrentes qui « travaillent », le champ des idées politiques en Europe depuis un demi-siècle. Dès lors, comment ne pas saluer comme il se doit ces traductions qui s'imposaient, le travail des traducteurs, celui de leurs éditeurs et, surtout, l'existence de fonds spécifiques qui permettent le passage d'œuvres contemporaines du français vers l'arabe !
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