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Une culture de… Résistance !

La presse | Publié le 11.07.2012

D’habitude (chez nous, en tout cas), les arts plastiques connaissent une saison qui va en contrepoint de l’année scolaire ; d’ailleurs, de façon générale, le mois d’octobre est réputé être le début de l’année universitaire, culturelle, politique, sportive, etc. L’été, c’est plutôt pour la plage (farniente) et les festivals (plaisir des sens) à la faveur desquels le cinéma et le théâtre font quelques apparitions comme pour empêcher de ‘‘veiller idiot’’. Alors pourquoi une exposition d’arts plastiques en plein été ?

Tandis que, parfois, on parle de l’avant ou de l’après- 14 janvier 2011, les arts plastiques vont pour quelque temps encore parler de l’avant et – surtout – de l’après- El Ebdellya. La tempête, bête et sans queue ni tête, qui a ébranlé les artistes-peintres lors du Printemps des arts de La Marsa, en a laissé beaucoup sur les dents. Mahmoud Chelbi (Mach pour les intimes), lui, ne décolère toujours pas ; il n’a pas oublié et ne semble près d’oublier de sitôt. Organisateur inlassable d’expositions de peinture (lui-même est artiste-peintre), il s’offrait, l’été, un répit d’un ou de deux mois ; pas cette année. Il est vite revenu crier dans son Aire Libre d’El Mechtel: «L’art, toujours là!». Une manière on ne peut mieux claire de dire : nous sommes là, nous ne baissons pas les bras et encore moins les... pinceaux !

Mais tout cela est bizarre, tout de même. Jamais, de toute l’Histoire de notre pays, la culture ne s’est sentie à ce point épiée, visée, menacée ou dérangée dans son idéal de créatrice de beauté, d’émotion, de rêve... Et la voilà tout d’un coup, depuis déjà un an et demi, dans le collimateur des ennemis de l’art, des libertés, de la vie tout court. Un procès à cause d’une bande dessinée pour enfants; des échauffourées en pleine avenue Bourguiba entre des hommes de théâtre et lesdits ennemis ; un cinéaste violenté en public à cause de sa filmographie soudain jugée profanatrice (de quoi ?) ; saccage d’une salle de cinéma à cause d’un film incriminé pour son simple intitulé... Le mot d’ordre, à un moment, était clair (« On ne veut plus de culture ! ») mais point respecté ou seulement ouï de cette oreille.

Néanmoins, quelque chose a changé : nous assistons à présent à une culture de résistance, celle qui, loin d’abdiquer, mais au lieu de continuer sur son élan créateur, s’est donné pour devoir prioritaire de lutter par sa présence et sa persévérance, quelles qu’en soient les conséquences. Une culture militante, est-on tenté de dire.

Aussi, l’exposition d’El Teatro abrite-t-elle de grands noms de chez nous, avec trois grands noms venus d’Algérie, deux d’Iraq et un (une, plutôt) d’Italie. Un beau brassage italo-maghrébin qui a donné lieu à une foule de techniques et de supports allant de la photographie à la peinture, du bois au papier, de la toile à la calligraphie sur métal. Sans parler des écoles : le cubisme, le figuratif, l’expressionnisme et cet impressionnisme cher à nos artistes-peintres.

Mais c’est au public, maintenant, de répondre présent. On ne remercie pas les militants tout en étant chez soi – ou à la plage. La guerre contre l’obscurantisme ne se mène pas sur un seul front et par un seul camp. C’est à nous – et pour le devenir de nos enfants ! – d’opposer la résistance nécessaire à toute velléité passéiste, rétrograde et destructive. Déjà que le monde arabe accuse un siècle (seulement ?) de retard par rapport au monde occidental, comment un pays comme la Tunisie (qui aspire encore de toutes ses forces à la Connaissance, au Savoir et à l’Art pour aller vers plus de Lumières) accepterait de sombrer derechef dans les ténèbres les plus opaques ? La formidable résistance de nos intellectuels et surtout nos artistes témoigne de cette ferme volonté (et coûte que cela puisse coûter !) de ne point flancher, céder et revenir en arrière. C’est irréversible. Et à jamais ! Oui, ... mais vous pensez qu’ils ont enfin compris?

(1) Abbès Kefah, Hassène Amraoui, Ezzedine Mairif, Kaïs Ben Farhat, Lamine Sassi, Olfa Jgham, Mona Belhadj et bien d’autres encore.

M. BOUAMOUD
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