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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Zied Gharsa au Festival de la Médina:Une école et de la classe
La Presse: M.B | Publié le 31.07.2012
Le véritable professionnel est celui qui, sachant sa cote et sa popularité auprès du public, fait tout pour les préserver. Zied les garde intactes et les encense. C’est un Maître. Incontestablement. C’est fou ce que le temps passe vite ! Il y a seulement un petit quart de siècle (mais s’en est-on seulement aperçu ?), cet artiste n’était encore qu’un enfant à la voix très fluette et aiguë. Et le voilà devenu une icône de la chanson tunisienne, la vraie, l’originale, c’est-à-dire celle qui ne s’extasie et ne s’enivre que de et dans ses propres modes. Le Dr Salah Mehdi, à qui l’on demandait un jour les raisons ayant fait (qui font encore) que la nouvelle génération de compositeurs bifurque systématiquement sur l’oriental, répondit : « Je ne vois pas plus que trois qui seraient vraiment capables de redorer son blason à la musique tunisienne. Voyager à travers ses secrets et ses subtilités avec maîtrise n’est pas donné à tout le monde ». Gageons que Zied fait indiscutablement partie de ce trio. Et de toute façon, le public qui va à la rencontre de Zied est rassuré d’avance à l’idée qu’il va directement aux origines de la musique tunisienne. Inutile donc de parler de la qualité et de l’importance du public d’avant-hier soir. Afficher complet est devenu une constante pour Zied – tout comme pour Rebaï et Bouchneq du reste.
Malgré, donc, un quart de siècle d’un talent jamais remis en question, on n’évoque généralement pas Zied sans rappeler qu’il est le digne héritier du regretté Tahar Gharsa, insistant de la sorte sur le fait qu’il avait une Ecole derrière lui. C’est certain. Mais il faut remarquer aussi que toutes les grandes écoles n’ont pas forcément propulsé sur la scène de grands artistes. Le plus grand maître arabe de tous les temps, Mohamed Abdelwaheb, n’avait point réussi à faire de son fils un soupçon d’artiste. Dans le domaine des arts, le rapport cause à effet n’est pas toujours évident ; le ‘‘tel père, tel fils’’ ne se confirme qu’une fois le siècle. Et encore.
C’est pour dire qu’il est fort temps de dissocier Zied de Am Tahar. Si celui-ci était une Ecole, Zied est la classe, la grande classe qui, bien des années plus tard, a fait son prestige et son honneur à cette Ecole des années 1940-60. Car Zied, en fait, est une réunion de plusieurs éléments dont le nom générique serait : intelligence. Très professionnel, doté divinement d’une très belle voix et du don de la composition, grand passionné des instruments (il joue quasiment de tous les instruments), sobre, élégant et respectueux de son art comme de son public, rénovateur ingénieux d’un classique tunisois qui, grâce à son talent, connaît un regain d’intérêt auprès des publics en dépit de l’invasion de la culture fast-food, il a eu l’intelligence – pas seulement l’héritage – d’élire à jamais domicile précisément dans ce registre que, nombreux, ses collègues fuient pour l’oriental ou le métissage arabo-occidental.
« L’élève remercie très mal son maître s’il reste toujours élève », dit-on. Aussi, est-il fort temps de parler aujourd’hui du grand Zied Gharsa, sans avoir à rappeler tout le temps son école. Nous sommes tous le produit de quelqu’un ou de quelque chose, mais tout produit est appelé à voler de ses propres ailes. Zied est là, tout beau tout grand, pourvu des plus belles ailes qui soient, et indépendamment de toute école.
Communion totale !
Avant-hier soir, le suc, le vrai, on l’a savouré à oreilles envoûtées, ivres, extasiées et pâmées, haut et loin emportées dans les sphères magiques de la profonde musique tunisoise. Après un prélude instrumental, le Maître enchaîna deux wasla sur les modes Rast Dhil puis M’hayer â’rêq. Il fallait voir (écouter, plutôt) ce public qui donnait la réplique à tout bout de chant à un Zied lui-même comme pris en otage dans le piège exquis de la mélodie ancestrale. Raffiné était ce public qui, en communion totale avec Zied, administrait la preuve que le malouf tunisois restera à jamais chevillé à notre âme, quelle que soit la force du fast-food importé d’Orient ou d’Occident. Ainsi carré dans le giron des modes tunisiens, Zied entamait ensuite une Triza (broderie) chatoyante que se disputèrent Saliha, Naâma et l’incontournable Ali Riahi...
La noblesse de Bouchneq
Zied était ainsi enlisé dans le répertoire d’Ali Riahi lorsqu’un homme surgit de derrière l’orchestre et vint offrir un bouquet de fleurs au Maître Gharsa. C’était cet autre grand phénomène de la chanson tunisienne, Lotfi Bouchneq. Le geste, d’une rare noblesse d’âme, eut l’effet d’une leçon magistrale : les artistes peuvent rivaliser de doigté et de génie, mais ils ne sont jamais rivaux. Zied en était tout ravi, tout ému...
Les inédites...
Deux nouvelles chansons étaient au programme. La première, sur le mode Saba, était un hommage à la mère, paroles du Dr Ali Ouertani, musique de Zied Gharsa. La seconde, signé Edem Fethi et Lotfi Bouchneq, surprenait par sa musique insaisissable autant que par ses paroles assez recherchées : « Peur de toi, avec toi ». Deux belles chansons, au demeurant, à l’actif de Zied.
Et les éternelles
Et ce qui était jusqu’alors communion céda bientôt la place à l’exaltation, à l’euphorie, à la félicité carrément. Trônant de tout son art sur le toit de la musique tunisienne, Zied, saisissant son public de main ferme, l’entraîna dans le savoureux folklore des années 1920, ce répertoire dont s’était rendu célèbre un certain Gaddour Jaziri : Azaïz Galbek Ma Sâbini, Ya Gaddêch In’naâni et bien d’autres encore. Face à un public féminin qui poussait des youyous et se déhanchait sans retenue au balcon et à l’orchestre, Zied était tout simplement au zénith.
El Meguyess fit le reste...
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