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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Interview avec Gihèn Ben Mahmoud
Interviews | Publié le 25.02.2008
Jet Set : Racontez-nous comment vous est venue votre passion pour la bande dessinée et comment vous avez découvert votre don.
Je dessine depuis mon enfance, la BD est venue plus tard. Je n’ai jamais été particulièrement attirée par un domaine particulier, l’essentiel à mes yeux était de dessiner, de dessiner des choses qui me plaisent. C’était plus un jeu pour moi, un moment d’évasion totale. Puis, l’idée de la BD m’a semblé intéressante, vu que j’aime aussi écrire et raconter. Alors, c’est ainsi que j’ai commencé, histoire de joindre la passion de la narration avec celle du dessin.
Jet Set : Comment procédez-vous pour créer une bande dessinée ?
Il faut tout d’abord commencer par l’histoire. C’est comme un film : tu as le scénario, puis tu te mets à le développer en story-board, à faire ton casting d’acteurs (dans mon cas, c’est beaucoup plus facile car je crée moi-même les personnages, donc je sais exactement comment ils sont). Après, il y a les brouillons (les répétitions) puis le dessin, l’encrage et les couleurs (le montage et le son) et les textes viennent en dernier : c’est la cerise sur le gâteau ! Après la fin de chaque étape, il faut être convaincu et valider, sinon c’est à refaire. C’est plus simple qu’un film, car c’est moi qui décide pour tout !
Jet Set : Vous êtes dessinatrice et auteur de votre bande dessinée ?
Oui. Et je trouve ça amusant, car je raconte les choses comme je veux qu’elles soient racontées. C’est un point de vue. Certes, si j’ai un jour la possibilité de dessiner une histoire écrite par quelqu’un d’autre, je ne dirais pas non, pourvu qu’elle soit intéressante à raconter. Pour le moment, j’ai créé Passion Rouge et j’espère que cette BD aura du succès et de la continuité. C’est une aventure pour moi. On a besoin de personnages propres à nous, et qui peuvent faire concurrence avec ceux de l’étranger.
Jet Set : Comment créez-vous une histoire ? Vous vous inspirez d’un vécu, de la vie de tous les jours ?
Je m’inspire de tout : de gens que je connais, du quotidien, de l’actualité… Il n’y pas de limites pour l’inspiration. Ça arrive on ne sait jamais quand, ni où… Il faut juste cueillir l’idée, la développer. C’est valable pour toute œuvre d’art. Mais je tiens toujours à garder une part de réalité et de crédibilité. Les gens aiment lire des histoires, mais c’est encore mieux s’ils peuvent s’y identifier, même un tout petit peu !
Jet Set : Comment la publiez-vous et où ?
Pour le moment, je viens de publier Passion Rouge avec View Design International. Je tiens à remercier infiniment mon éditeur, M. Lotfi Essid, car il a cru en moi et m’a beaucoup aidée. Ce n’était pas facile du tout, car c’est mon premier livre, et je suis ‘jeune’. Et quand on est jeune et ambitieux, beaucoup de gens ne vous prennent pas au sérieux, pour ne pas dire qu’ils vous découragent ! J’ai pris beaucoup de temps pour publier Passion Rouge, alors que dans des circonstances plus favorables, ça pourrait être mon deuxième ou troisième album !
Jet Set : Pourquoi vous êtes-vous installée à l’étranger ?
Première raison : mes études. J’ai fait un Mastère ici, en Italie. C’est un pays qui me passionne depuis mon enfance. Comme je me suis inscrite à l’école d’Art Appliqué de Milan, je vis ici. J’aimerais y passer encore quelque temps, car j’ai une grande soif d’apprendre et d’enrichir mes expériences professionnelles. Ce qui me manque le plus, c’est Carthage, ma ville de cœur ! Mais je me trouve bien partout, il me suffit d’un minimum de soleil et de bonne humeur !
Jet Set : Parlez-nous de la perception de la bande dessinée en Tunisie.
C’est un genre un peu particulier pour le lecteur tunisien. Ça n’empêche qu’il lit Astérix, Titeuf, Tintin… mais je pense qu’il n’est pas très porté sur la BD tunisienne pour deux raisons : d’abord, le livre en général connaît des difficultés, et les éditeurs le savent mieux que moi. En second lieu, le lecteur aime s’identifier - même un tout petit peu - dans les histoires qu’il lit, et ce discours est aussi valable pour le cinéma, la télé, et la littérature. Donc les rares BD pour jeunes ou pour adultes qui ont été publiées jusqu’à présent ne représentent pas des points de référencement pour le lecteur. Leurs personnages ne sont pas assez bien définis. Et par rapport à la concurrence étrangère, surtout franco-belge, nous avons beaucoup de chemin à faire. Et ce n’est pas une question de moyens, car contrairement au cinéma, le livre ne coûte pas très cher. C’est donc la qualité qu’il faut mettre en question. D’ailleurs, c’est pour ça que je me suis décidée à faire l’école de dessin et de BD, pour acquérir les bases académiques et être à la hauteur. Avoir du talent, c’est super… mais les connaissances techniques le rendent encore plus intéressant !
Jet Set : Avez-vous des difficultés à vous introduire dans ce domaine en Tunisie ?
Oui. Comme je vous l’ai dit, j’ai beaucoup entendu : « Tu es encore jeune… tu dois apprendre… tu as toute la vie devant toi ». D’une part, c’est tout à fait vrai, car on ne cesse jamais d’apprendre dans la vie, et le jour où quelqu’un prétend tout savoir, c’est la FIN pour lui. Mais il faut bien sûr commencer. C’est avec l’expérience qu’on acquiert la connaissance, on grandit, on s’améliore en tout dans la vie. Il faut COMMENCER puis grandir petit à petit. On ne fait pas l’école pour ‘faire l’école’… On apprend à l’école pour appliquer ailleurs. Le même discours est valable pour l’Art. Moi, je suis une passionnée d’art, mais si on ne commence pas, on n’avance jamais, et qui ne risque rien n’a rien ! Donc, j’espère que Passion Rouge m’ouvrira d’autres portes, et pas seulement pour les livres.
Jet Set : Parlez-nous de votre bande dessinée.
Passion Rouge est le nom de la série. Le Tome I s’appelle La Revanche du Phénix. Sur mon blog (http://gihenbenmahmoud.blogspot.com/), il y a un résumé de l’histoire avec tous les détails. C’est une fiction, bien sûr. Un peu thriller, entre aventure, action et sentiments. L’histoire est construite autour de la lutte entre les deux héros : Elyssa Haddad et Adel Ben M’Louka. Chacun d’eux a ses particularités, son caractère, ses qualités et ses défauts, comme le reste des personnages. Ce sont des méditerranéens, auxquels on peut s’identifier. J’ai fait de mon mieux pour leur donner un aspect naturel et décontracté dans les dialogues et les réflexions. J’aime le cinéma, et c’était comme si je tournais un film d’action avec un petit budget.
Jet Set : Pourquoi le choix de Passion Rouge ?
Le rouge est la couleur de cette histoire, le rouge de la passion et de la vengeance. Le rouge de l’amour, de la colère, de la rage et du désespoir. C’est une passion impérieuse et malheureuse qui lie les deux protagonistes. C’est aussi le rouge sang, sacrifice ou vice. Le rouge est très significatif. Il a plusieurs interprétations. Elyssa, l’héroïne, s’habille toujours en rouge !
Jet Set : Pourquoi le choix d’une héroïne ?
Qui comprend mieux une femme, sinon une femme ? Et puis, on voit si peu de modèles de femmes tunisiennes dans la BD... Elyssa est le commencement, selon moi. C’est une femme moderne, élégante, qui sait ce qu’elle veut. Là, on sort du schéma de l’héroïne classique. C’est un personnage complexe, et elle m’a beaucoup passionnée, car elle a plusieurs facettes.
Jet Set : Où pourra-t-on acheter votre BD ?
A Tunis, elle est disponible dans les grandes surfaces et les librairies du centre. Sinon, vous pouvez simplement la commander par mail.
Jet Set : Quels sont vos conseils pour les lecteurs ?
Lire plus d’une fois. Faire attention aux détails de la narration, c’est là toutes les clefs de l’histoire. Et à la fin, me faire part de leur opinion.
Jet Set : Quels sont vos projets ?
Pour le moment, j’attends la réaction des gens par rapport au Tome I. Je suis très tentée de publier la suite. J’ai déjà commencé à écrire. Ce sera encore plus intéressant, car avec la critique, l’accumulation des idées et l’expérience qu’on acquiert, j’espère m’améliorer et aller sur le chemin du professionnalisme dans la BD. Par contre, dans l’immédiat, j’ai sous la main un projet de roman : La Vallée des Vignes. C’est une histoire qui parle de l’immigration, et qui se déroule en Italie. J’espère la publier prochainement. Je prends parfois beaucoup de temps pour faire les choses, mais je fais sûrement de mon mieux pour les faire bien. Et comme on dit à Tunis : el mlih yabta ! (Enfin, espérons qu’il soit ‘mlih’ )
Jet Set : Vous a-t-on proposé d’adapter votre bande dessinée au cinéma ou à la télé ?
Non, pas encore. Mais je ne refuserai aucune proposition, car le cinéma et la télé m’intéressent. J’aime beaucoup la créativité, et là où il y a passion et création, je ne dis pas non, pourvu que le sujet soit intéressant. Donc je souhaite que Passion Rouge me porte la chance et me mette sur le bon chemin. Je pense que La Vallée des Vignes constituera une bonne base de départ pour le cinéma… mais il faut d’abord éditer le livre !
Propos recueillis par Neïla Azouz
Le bonheur parfait selon vous ?
Une utopie. Il y a la sérénité, puis la paix, et surtout la bonne santé.
Où et à quel moment vous êtes-vous sentie la plus heureuse ?
Je pense que les plus grands moments de bonheur, c’est de pouvoir réaliser ses rêves.
Votre dernier fou rire ?
Il y a trois jours, avec une amie italienne. On parlait des hommes, et on s’est mises à les critiquer !
La dernière fois que vous avez pleuré ?
Je ne me rappelle plus.
Le principal trait de votre caractère ?
Force et persévérance
Celui dont vous êtes le moins fier ?
Lenteur à réagir.
La qualité que vous préférez chez un homme ?
Le tempérament et la présence d’esprit.
La qualité que vous préférez chez une femme ?
La sympathie.
Votre plus grande peur ?
Les chiens.
Que possédez-vous de plus cher ?
La santé.
Que détestez-vous par-dessus tout ?
La mesquinerie, la bêtise, la lâcheté.
Qu'est-ce qui vous exaspère ?
La bureaucratie.
Qu'appréciez-vous le plus chez vos amis ?
L’honnêteté.
La ville où vous aimeriez vivre ?
Rome et Carthage.
Quel est le comble de la misère pour vous ?
Vivre en imbécile heureux.
Quel est le comble de la bêtise ?
Se prendre pour M. Je sais tout.
Votre devise ?
« J’ai perdu une bataille, mais je n’ai pas perdu la guerre ».
Si vous étiez un sens ?
Féminité.
Si vous étiez une chanson ?
La descarada (Reyli) et bien d’autres.
Si vous étiez un endroit ?
Carthage
Si vous étiez une planète ?
Vénus
Si vous étiez un film ?
Autant en emporte le vent.
Si vous étiez un livre ?
Notre-Dame de Paris.
Si vous étiez une bande dessinée?
Le Scorpion.
Si vous étiez un mot ?
Passion
Le son que vous aimez ?
La pluie.
Le bruit ou le son que vous détestez ?
Le mezoued de ‘3andekchi 3andi’.
À quoi avez-vous renoncé pour faire votre métier ?
A la bêtise.
Que faites-vous de votre argent ?
Je le dépense pour ma passion, pour l’Art.
Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Des roses rouges.
Qu'avez-vous été capable de faire par amour ?
TOUT
Votre dernière bêtise ?
De tout faire par amour !
Votre dernière chose insensée ?
Laisse tomber !
Votre dernière pensée de la journée ?
Je veux dormir… et ne penser à rien !
Votre dernière volonté ?
La paix, et être auprès de ceux que j’aime.
Le dernier film que vous avez vu ? Vos commentaires ?
Caramel de Nadine Labaki. Je l’ai vu ici, à Milan, et ça m’a réchauffé le cœur. Je me suis dit : « Enfin une autre femme arabe qui sait mener ses rêves jusqu’au bout ! BRAVO Nadine… »
Quelle est la question qu'on ne vous a jamais posée et sa réponse ?
Vous êtes-vous inspirée de vous-même pour créer Elyssa Haddad et Adel ? Il faut le trouver, le Tunisien aussi blond et aux yeux aussi bleus !
Le mot que vous détestez ?
Mais tu es trop jeune !
Le métier que vous n'auriez jamais voulu faire ?
Employée de bureau.
Qu'avez-vous réussi le mieux dans votre vie ?
Je viens juste de commencer.
Quelles sont les trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ?
Un Macintosh portable avec connexion internet, ma chatte Chouchou et mon matériel de dessin
Si vous aviez le pouvoir de faire revivre quatre personnages historiques pour les inviter à dîner, qui seraient-ils ?
Alyssa, la fondatrice de Carthage, Marilyn Monroe, Lady Diana et Dalida.
Quel défaut doit avoir un homme pour vous plaire ?
Etre beaucoup moins bête que moi.
Quelle est la meilleure bande dessinée que vous ayez jamais lue ?
Le Scorpion de Marini.
Quelle est la pire bande dessinée que vous ayez jamais lue ?
Une BD tunisienne… Je ne me souviens plus de son titre, mais les dessins étaient de véritables horreurs !
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