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Interview avec Hatem Karoui du groupe SLAM ALIKOM

Interviews | Publié le 09.06.2009

Interview avec Hatem Karoui du groupe SLAM ALIKOM

Jet Set : Comment avez-vous découvert le slam et comment vous est venue l’idée de faire un groupe ?

Je l’ai découvert un petit peu comme tout le monde en Tunisie à travers Grand Corps Malade, mais sinon j’ai eu une petite expérience avec Taoufik Jebali pour sa pièce « Ici Tunis ». J’ai assisté aux répétitions pendant 4 mois, c’était fin 2001 début 2002 et après, j’ai dû abandonner car je devais travailler et « ramener du pain à la maison » ; dans le temps, j’avais un peu de réserves qui se sont épuisées car la pièce a tardé à venir, la première devait se faire le 15 mars 2002 et elle n’a enfin été faite que début octobre 2002.
Etant maitrisard en marketing, je suis allé travailler dans une société de création de sites Web ce qui était un peu ma spécialité. J’ai donc dû abandonner la mort dans l’âme, mais le théâtre est toujours resté en moi. J’ai travaillé par la suite dans une autre boite où on a monté un atelier de théâtre, ce qui m’a permis de m’exercer et de pratiquer un peu ma passion.
Jusqu’au jour où j’ai eu le coup de foudre si je puis dire pour Grand Corps Malade. Six mois plus tard, j’ai écrit mes premiers slams.

Jet Set : C’est vous qui écrivez les textes ?

Oui, c’est moi qui écris les textes, et les premiers datent de novembre 2007.

Jet Set : Comment vous vient l’inspiration, d’où puisez-vous vos idées ?

De ma vie, la vie de tous les jours, au début ce sont des choses que je ressens, ça peut être des choses d’ordre sentimental, mais aussi mon observation de ce qui m’entoure en général, les gens, les comportements…
Il y a un slam qui s’intitule « Akwa dawla fi takrib esma lel ardh » (le pays le plus fort dans le rapprochement du ciel à la terre) qui parle de la facilité qu’a le Tunisien à utiliser le nom de dieu comme insulte, ou encore « Akdem kisset hob fil bled » (la plus vieille histoire d’amour du pays) entre le Boukornine et Sidi Bou Saïd, je parle aussi du conflit civilisationnel entre l’Orient et l’Occident, le x et le 0, il y aussi d’autres thèmes comme les noms tunisiens qui sont une mine d’or que j’ai utilisée pour tisser une histoire 100% tunisienne.
L’inspiration arrive toute seule, je vois quelque chose, une idée nait puis ça s’enchaine très vite, il y a un fil conducteur qui me permet de trouver les mots qu’il faut. D’ailleurs, quand ça m’arrive, je prends tout de suite mon carnet et mon stylo pour ne pas perdre l’idée.
Mais il y a aussi des textes que je prépare, par exemple celui de « Loughet edhad » (la langue de la lettre Dhad). C’est une lettre qui n’existe pas dans les langues qu’on connait et j’ai trouvé surprenant le changement radical du sens d’un mot rien qu’en enlevant ou en rajoutant un point sur cette lettre. Je vous donne quelques exemples : sif devient dhif, laslaa devient adhlaa, sboo devient dhbaa… J’ai fait des recherches et j’ai rassemblé tous ces mots un peu bizarres qui contiennent cette lettre pour enfin en faire un morceau. Le texte sur les noms tunisiens m’a pris un mois et demi.

Jet Set : Est-ce que vous vous autocensurez un peu ?

Non, on dit les choses, on ne s’autocensure pas, c’est un spectacle engagé mais subtil.

Jet Set : Grand Corps Malade et le slam en général tendent plutôt vers la tristesse, la morosité, la douleur mais vous, vous faites un slam joyeux où l’humour est omniprésent. Pourquoi avez-vous choisi de faire un slam différent ?

Je n’ai pas fait exprès, je ne suis pas un humoriste et je ne l’ai pas fait d’une manière volontaire, mais j’aime bien l’humour. D’ailleurs, mes références et ceux qui m’influencent vraiment sont, pour la Tunisie, Taoufik Jebali que je considère comme mon école, c’est un monsieur que je respecte beaucoup ; et pour l’étranger, ce sont Fellag et Baaziz et bien sûr Gad El Maleh qui s’inspire beaucoup lui aussi de Fellag. Notre spectacle est inspiré un peu de tout ça, il y a l’humour, la musique et le côté théâtral.
Les morceaux sont de moi de A à Z et pour les transitions d’un morceau à un autre, il y a Mehdi Rekik, le guitariste, qui enchaine tout ça.

Jet Set : Vous avez un metteur en scène ?

Pas pour le moment. C’est nous qui faisons tout, mais on en a parlé entre nous et on a contacté un jeune metteur en scène qui est assez en vogue, c’est encore en pourparler, mais on est déjà d’accord pour avoir l’apport d’un metteur en scène qui peu nous aider sur les détails, etc.

Jet Set : Est-ce que le spectacle va évoluer, allons-nous voir de nouvelles choses, de nouveaux morceaux ?

Au début, quand on a commencé, on était trois : Nejib Rekik aux percussions, Mehdi Rekik à la guitare et moi au slam. Et le 29 mars 2008, pour la 3e représentation, un quatrième membre nous a rejoint, qui est Oussama Mhidi, le pianiste, puis il est devenu le compositeur de la musique du spectacle. Puis, fin 2008, on a eu l’honneur d’avoir un invité qui fait des textes magnifiques et qui s’appelle Mohamed Eddahech.
Puis se sont rajouté 3 musiciens qui sont tout le temps avec nous : Nafaa Allem à la batterie, Lyes Akoud à la basse et Hedi Fazaa à la guitare électrique. Le spectacle a donc évolué, c’est devenu presque un concert. D’ailleurs, les gens qui rentrent et qui voient les instruments sur scène ne savent pas exactement ce qu’ils vont voir finalement.
Il y a quinze morceaux dans le spectacle et ça dure à peu près 1h40.

Jet Set : Vous dites que Taoufik Jebali est une école pour vous, il vous a aidé pour votre spectacle ?

C’est Taoufik Jebali qui nous a poussés à faire ce spectacle. Il me connait depuis pas mal d’années déjà et un jour, je lui ai parlé de ce que je voulais faire. Il m’a dit : « Va voir Mme Zeineb Farhat et elle te donnera normalement l’accord ». Je suis allé la voir, j’ai lu les textes à tous les deux et ils m’ont dit que c’était bon pour le 1er mars dans le cadre de la manifestation « Contre et rencontre » qui se passerait à El Teatro. Et depuis, il voit l’évolution du spectacle et il aime bien ce qu’on fait.

Jet Set : Vous avez tourné un peu dans le pays ou vous êtes seulement restés dans le grand Tunis ?

Depuis le premier spectacle en mars 2008 jusqu’à nos jours, donc 1 an et 2 mois, on a fait 29 spectacles, dont 12 à El Teatro et 2 presque dans chaque espace culturel à Tunis, 1 spectacle à Sousse, 2 à Bizerte et 1 à Hammamet et le prochain sera présenté à Sfax au Théâtre municipal le samedi 13 juin.

Jet Set : Vous avez des dates prévues pendant l’été ?

On va faire une petite pause cet été parce que je me marie, puis pour Ramadan il y a des contacts en cours mais rien de concret.

Jet Set : Est-ce que financièrement vous commencez à bien vivre de votre passion ?

Ça commence à se construire petit à petit. Pour le moment, j’ai trouvé un équilibre entre ma passion et mon travail au quotidien. Si le théâtre devient rémunérateur, je m’y adonnerai à plein temps, mais ce n’est pas encore le cas. Il se peut aussi que ce soit un phénomène de mode qui va passer. Donc pour l’instant, je ne prends pas le risque.

Propos recueillis par Neïla Azouz

Portrait Chinois

Le bonheur parfait selon vous ?

Etre soi-même tout en étant bien avec les autres.

Où et à quel moment vous êtes-vous senti le plus heureux ?

A la fin du premier spectacle de Slam Alikom.

Le principal trait de votre caractère ?

La créativité.

Celui don vous êtes le moins fier ?

L’impulsivité.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

L’assurance.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

La douceur.

Votre plus grande peur ?

De ne pas réaliser mes rêves.

Que possédez-vous de plus cher ?

On se rend compte de ce qu’on a de plus cher quand on le perd ; donc, je ne sais pas encore ce que j’ai de plus cher.

Que détestez-vous par-dessus tout ?

L’arrogance.

Qu’est-ce qui vous exaspère chez les autres ?

L’arrogance aussi.

Qu’appréciez-vous de plus chez vos amis ?

Qu’ils restent mes amis.

La ville où vous aimeriez vivre ?

Un mélange d’Essawira au Maroc, d’Istanbul et de Paris.

Quel est le comble de la misère ?

De ne plus avoir d’espoir.

Quel est le comble de la bêtise ?

Les gens qui sont trop sûrs d’eux-mêmes et qui n’ont aucun doute.

Votre devise ?

En 1998, je suis parti à Cuba seul pour vivre là-bas et après deux jours, j’ai rencontré un vieux Cubain qui m’a dit un proverbe que je n’oublierai jamais : « La vie est comme une femme, elle sourit aux audacieux ».

Si vous étiez un sens ?

Une combinaison de la vie et du toucher.

Si vous étiez une chanson ?

With or without you.

Si vous étiez un endroit ?

Essawira

Si vous étiez un film ?

Shakespeare in love.

Si vous étiez un mot ?

Jusqu’au bout.

A quoi avez-vous renoncé pour faire votre métier ?

A rien.

Qu’avez-vous été capable de faire par amour ?

D’aller très, très loin. Par amour j’ai démissionné, par amour je suis allé au bout du monde, par amour je suis monté sur scène…

Votre dernière bêtise ?

D’avoir essayé de faire un slam d’un de mes textes devant une assistance saoule.

Le métier que vous n’auriez jamais voulu faire ?

Banquier et médecin.

Le mot que vous détestez ?

Ça aurait été avec plaisir.

Quelles sont les 3 choses que vous emporteriez sur une île déserte ?

Un masque, du charbon et le maximum de nourriture.

Quel défaut doit avoir une femme pour vous plaire ?

Qu’elle accepte de me parler parce que la plupart du temps elles ne veulent pas (rire).

Comment vous voyez-vous dans 20 ans ?

Avec moins de cheveux, j’espère toujours en bonne santé et la capacité de toujours faire plein de conneries…

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