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Interview avec Lotfi Abdelli

Interviews | Publié le 12.03.2008 | Commentairescommentaires: 1

Lotfi Abdelli

Jet Set : Racontez-nous comment a évolué votre vie artistique.

J'ai réalisé beaucoup de projets qui me tenaient à cœur dans le cinéma tunisien, étranger et au théâtre. Je me suis aussi réalisé comme acteur indépendant. Mais le plus important, ce n'est pas les films ni le nombre de projets auxquels j'ai participé, mais plutôt de me situer en tant qu'acteur et d'essayer de faire bouger les choses.

Jet Set : Comment voulez-vous faire bouger les choses ?

Ne pas baisser les bras, ne pas accepter la médiocrité dont on hérite dans notre pays. Quand on est médiocre, on est dans les normes et on ne dérange pas. Je fais très attention, j'essaie d'éviter ça à tous les coups, d'être plus attentif et percutant dans mon art et dans ma façon de proposer les choses.

Jet Set : On va parler de l'entrée de Making Of dans votre vie. Comment avez-vous réagi en lisant le scénario pour la première fois, et que vous êtes-vous dit ?

J'ai eu un peu peur, je l'avoue, parce que le sujet est très sensible et n'a jamais été abordé dans le cinéma tunisien. Je ne savais pas comment le peuple et les politiques réagiraient… Et puis le rôle était très important, imposant, présent dans toutes les scènes. Ça a demandé énormément de préparation et de travail.
Je me suis dit "soit ça passe et je serai à la hauteur, soit je me casse les pattes" ; un rôle comme celui-là, ce n'est pas de la rigolade. C'est un rôle à plusieurs facettes, qui demande beaucoup de nuances et une grande panoplie de jeu. Mais en même temps, ça m'a énormément excité parce que j'aime prendre des risques, m'aventurer dans des lieux où personne n'est allé… Ça m'a fait peur dans le bon sens.

Jet Set : Votre rôle dans Making Of vous ressemble beaucoup. Vous êtes-vous identifié à votre personnage ?

Je m'approprie toujours les rôles, je me rapproche d'eux, je crée une fusion entre le rôle et l'acteur. Le spectateur ne doit pas sentir que l'acteur est en train de jouer. C'est d'ailleurs rare dans le monde arabe : ils aiment surjouer. Mais comme la danse contemporaine m'a appris à donner l'essentiel, à épurer mon corps, mon regard, j'ai pu utiliser ça dans mon métier d'acteur et dans ma façon de jouer. J'installe l'humain avant d'installer la technique : l'âme est plus importante que les écoles.

Jet Set : Quelles étaient vos attentes par rapport à la réaction du public ?

Le comédien a un avantage par rapport au réalisateur : il peut se séparer du film une fois fini, tandis que le réalisateur ne peut le quitter qu'à la sortie dans les salles de cinéma. Je me suis protégé à la fin parce que j'ai donné beaucoup de moi-même ; j'ai donc fait l'effort de l'oublier et je ne me faisais pas d'illusions. Je ne voulais pas trop penser à la sortie.

Jet Set : Et quand le film est sorti, vous attendiez-vous à ce succès ?

J'ai vu le film pour la première fois avec le public au cinéma, et ça a été un boom incroyable, les gens ont adoré, ils ont applaudi… Je n'ai jamais vécu un événement pareil.

Jet Set : Que vous a apporté Making Of ? Est-ce que ça vous a changé la vie ?

Oui et non. Il y a la reconnaissance et la confirmation de mon métier d'artiste. Jusqu'à aujourd'hui, je reçois des prix pour ce film : je viens d'être récompensé comme meilleur acteur à Aman et j'en suis à mon neuvième prix. Making Of vit encore un peu partout, il passe encore dans les festivals, il est vu et revu et c'est une chose extraordinaire. Il m'a ouvert énormément de portes au niveau de la crédibilité, les gens ont compris qu'il y a un travail de longue haleine de plusieurs années derrière.

Jet Set : Dans quel domaine vous sentez-vous le plus à l'aise, au cinéma, au théâtre ou dans la danse ?

Dans la danse, c'est là où je me sens plus moi-même, puis viennent le théâtre, le cinéma et à la fin, la télé.

Jet Set : Avez-vous jamais pensé à faire un one man show au théâtre ?

J'y pense depuis plusieurs années, mais chaque fois, je me dis qu'il me faut un peu plus de maturité. J'ai essayé de commencer un projet cette année, mais je ne trouve même pas le temps de penser, parce que j'ai des projets qui ne me laissent pas le temps de faire ce que je veux vraiment. Le jour où je ferai quelque chose, ce sera une comédie intelligente qui fera rire mais aussi réfléchir.

Jet Set : Quels sont vos projets ?

Je commence un film canadien avec Jean-Marc Barr. On partage le rôle principal, mais je ne peux pas en dire plus. On va tourner dans le sud. Je vais aussi travailler sur le court-métrage de Noury Bouzid demandé par El Jazira. J'ai un film avec Nidhal Chatta et puis Choufli Hal qui va rendre le rôle de "Midou" un peu plus important dans la prochaine saison. J'ai aussi refusé des projets qui me tenaient à cœur mais que je ne pouvais pas faire par manque de temps.

Jet Set : À ce stade de votre carrière, vous offrez-vous le luxe de refuser des rôles qui ne vous plaisent pas ?

Oui, il m'est même arrivé de refusé de travailler avec un réalisateur tout simplement parce que je n'aime pas sa personnalité ou sa façon de travailler.

Jet Set : Vous est-il arrivé d'accepter un rôle et de regretter par la suite ?

Oui, pas pendant le tournage mais plutôt en regardant le film au cinéma. C'est un peu dommage de ne pas réussir un film, surtout si le casting est excellent.

Jet Set : Avec le succès que vous avez maintenant dans le monde arabe, avez-vous jamais pensé à partir à l'étranger ?

Non, parce que je suis arrivé à avoir du succès dans le monde arabe et à l'étranger tout en étant en Tunisie. Je voyage beaucoup, mon nom est connu, je joue dans des films étrangers en étant dans mon pays. C'est idéal ce qui m'arrive, parce que je suis près de ma famille et des gens que j'aime tout en réalisant mes rêves.

Jet Set : Pensez-vous écrire des scénarios ?

J'ai écrit un court métrage que je devais tourner cette année, malheureusement le temps ne me l'a pas permis. Il parle des problèmes des comédiens tunisiens qui galèrent autour de moi. Et j'ai commencé à construire avec un ami l'idée d'un long métrage qui parle un peu de ma vie. Ce ne sera pas une autobiographie, mais plutôt l'histoire de là où j'ai grandi, où j'ai vécu, mon quartier, les gens de mon quartier. C'est le point de vue différent d'une personne qui a vécu avec les jeunes d'aujourd'hui, qui connaît leurs problèmes, leurs tourments, mais aussi les belles choses qu'ils ont en eux, leurs ambitions, leurs batailles pour se faire une place dans notre société.

Jet Set : Tous les cinéastes et les gens du métier disent que le cinéma tunisien traverse une dure période. A quoi est-ce dû d'après vous ?

Dans tous les pays où le cinéma s'est développé, il y avait une volonté politique derrière. S'il y a une réelle volonté politique, le cinéma tunisien évoluera et prendra son essor.

Jet Set : Parlons de la relation acteur-réalisateur. Est-ce une relation de complicité ou chacun garde-t-il son rôle sans vraiment rentrer dans les idées et la direction du réalisateur ?

Certains réalisateurs, comme Noury Bouzid, sont assez intelligents pour vous faire participer à son travail, il vous demande votre avis, il veut savoir ce que vous pensez. Les réalisateurs qui ne permettent pas de discuter du scénario se sentent menacés et ne laissent pas beaucoup de liberté. Le maître à bord c'est le réalisateur, il faut le suivre. Et si on me donne l'occasion de donner mon avis, j'en suis content. Mais j'ai toujours trouvé le moyen de placer un truc ! Il faut savoir comment s'imposer sans trop marcher sur les plates-bandes du réalisateur.

Jet Set : Vous sentez-vous plus à l'aise dans le cinéma étranger ou dans le cinéma tunisien ?

Chaque chose à son charme. En Tunisie, c'est un cinéma d'auteur qui a beaucoup de charme. L'autre est plus carré, organisé, industriel. Mais c'est important de faire les deux. Les plus grands acteurs du monde adorent travailler dans des films indépendants, où ils ont plus de liberté. C'est une chance qu'on ait un cinéma d'auteur. On ne peut pas se comparer aux autres pays parce qu'on est un petit pays qui ne peut pas faire survivre une industrie de cinéma, sauf si on se vend à l'étranger… ce qui n'est pas évident.

Jet Set : Vous définissez-vous comme un rebelle ?

Je n'aime ni me définir ni me donner une étiquette. Je joue avec la vie, je suis là où je trouve mon plaisir et mon intérêt. J'essaie de dire ce que je pense, la vérité. Parfois ça blesse mais ça m'a aussi permis de récupérer et de connaître des gens qui m'apprécient comment je suis.

Jet Set : À 37 ans, vous êtes un jeune responsable qui mène une vie un peu insouciante. Pensez-vous à vous stabiliser un jour, vous marier, avoir des enfants ?

Je n'aime pas faire des projets de mariage, c'est une décision de vie qui vous tombe dessus.

Jet Set : Pensez-vous que la Tunisie a régressé ou évolué ?

C'est une schizophrénie totale dans notre pays, qui a à la fois évolué et régressé. Le Tunisien peut être ouvert, moderne, et en même temps, renfermé et très conservateur. Cette contradiction tunisienne touche tous les domaines. La Tunisie se cherche encore, c'est un pays jeune.

Propos recueillis par Neïla Azouz

Portrait Chinois

Le bonheur parfait selon vous ?

Ce sont les petits moments de la vie.

Où et à quel moment vous êtes-vous senti le plus heureux ?

Aux JCC, quand j'ai reçu le premier prix.

Le principal trait de votre caractère ?

L'humour.

Celui dont vous êtes le moins fier ?

Mon arrogance.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

Sa "rjoulia".

La qualité que vous préférez chez une femme ?

Sa "rjoulia".

Votre plus grande peur ?

De me réveiller un jour et de manquer de fantaisie et d'humour.

Que possédez-vous de plus cher ?

Moi

Que détestez-vous par-dessus tout ?

La médiocrité.

Qu'est-ce qui vous exaspère chez les autres ?

Moi

Qu'appréciez-vous le plus chez vos amis ?

Leur sourire.

La ville où vous aimeriez vivre ?

Tunis.

Quel est le comble de la misère pour vous ?

La misère intellectuelle.

Quel est le comble de la bêtise ?

Quand on est beau sans avoir rien de beau en soi.

Votre devise ?

Rester humble.

Si vous étiez un sens ?

Le toucher.

Si vous étiez une chanson ?

Kariat al fingan.

Si vous étiez un endroit ?

La médina de Tunis avec une mer en face.

Si vous étiez une planète ?

La Terre.

Si vous étiez un film ?

Scarabée.

Si vous étiez un livre ?

La Chute.

Si vous étiez un mot ?

Inchallah

Le son que vous aimez ?

La voix d'une femme.

Le bruit ou le son que vous détestez ?

Les ânes, au sens propre et au sens figuré.

À quoi avez-vous renoncé pour faire votre métier ?

À un statut social.

Que faites-vous de votre argent ?

Je le dépense.

Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Beaucoup d'amour.

Qu'avez-vous été capable de faire par amour ?

De tout abandonner.

Votre dernière bêtise ?

Je n'ai pas fait assez de bêtises cette année.

La dernière chose insensée ?

Cette interview.

Votre dernière pensée de la journée ?

Les gens ne sont pas capables de réaliser le bonheur dans lequel ils vivent.

Votre dernière volonté ?

J'espère avoir laissé suffisamment de matière qui puisse servir après.

Le mot que vous détestez ?

Je ne sais pas.

Le métier que vous n'auriez jamais voulu faire ?

Homme politique.

Qu'avez-vous réussi le mieux dans votre vie ?

Les bêtises que j'ai pu faire.

Quelles sont les trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ?

Des livres, une jolie femme intelligente et courageuse qui ne vieillit pas, et une télé avec toutes les options te permettant de communiquer avec le monde.

Quel défaut doit avoir une femme pour vous plaire ?

J'aime la femme avec ses défauts.

Quel est le meilleur film que vous ayez jamais vu ?

Il y en a plein.

Quel est le pire film que vous ayez jamais vu ?

Un film égyptien dont je tairai le nom.

Bande d'annonce Making OFF

Artiste qui promet

Ecrit par dodo | 19.04.2008

Bravo l'artiste , c'est l'acteur par excellence qui par sa formation artistique fondée nous restitue des personnalites dans des roles trés humains et ça.... c'est trés rare en Tunisie et ailleurs. Tous mes respects pour un GRAND ACTEUR qui j'en suis sur se confirmera encore de plus en plus sur la place ARTISTIQUE tunisienne et disons le dans le monde .

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