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Interview avec Meryl Streep

Live from Hollywood | Publié le 16.07.2008

Meryl Streep

Rien ne peut interrompre mes vacances tunisiennes… ou presque. Car si on vous propose un tête à tête avec la meilleure actrice au monde, à Athènes, pour la sortie de son nouveau film, il est clair qu’on ne refuse pas l’invitation. D’autant plus que j’avais déjà eu droit à une petite visite sur le tournage de ce même film, à Londres cette fois. Mais avant de semer la confusion avec toutes ces villes, un éclairage s’impose. Meryl Streep est la vedette de Mamma Mia, adaptation à l’écran de la célèbre comédie musicale écrite par le groupe ABBA. Le film a été tourné en studio à Londres. Pour les extérieurs, c’est en Grèce que ça se passe. L’histoire est celle d’une maman un peu hippie, Donna, qui tient un petit hôtel avec sa fille, Sophie, et le fiancé de celle-ci. Sophie doit se marier. Elle décide donc d’envoyer 3 invitations aux 3 hommes qui ont marqué la vie de sa maman 20 ans plus tôt, en espérant que l’un d’entre eux soit ce père qu’elle n’a jamais connu. 3 hommes, 3 possibilités, 3 acteurs : Colin Firth, Pierce Brosnan, ou Stellan Skaarsgard. Voilà donc la trame de Mamma Mia… un film où tout le monde chante du ABBA.
Je reconnais qu’en attendant Donna, alias Meryl Streep, je me suis demandé un instant si une comédie musicale ayant pour thème les tubes d’ABBA ne serait pas un peu “ringarde” pour les “jetsetteurs” de Tunisie. Avance rapide : 3 jours plus tard, sous mes yeux, plus d’un millier de personnes entonnaient en chœur le refrain de “Gimmegimmegimme”, remixé par DJ Bach pendant la soirée Memories au Calypso. Je suis donc convaincu : ABBA ne meurt jamais.
Retour à Meryl Streep qui vient d’arriver. Aimable, sourire aux lèvres, magnifique comme toujours. Une diva. Je me dis que personne d’autre qu’elle n’aurait pu jouer Donna au cinéma.

Ramzy : Meryl, maintenant que tu as chanté du ABBA pendant plusieurs mois, comment expliques-tu ce phénomène de société et ces tubes qui sont toujours d’actualité ?

Meryl Streep  : Leur optimisme. Et leur façon de s’habiller (rires…). ABBA savait s’amuser, et toucher son public. J’ai d’ailleurs posé la même question à Benny (Andersonn, NDLR.). Je lui ai demandé d’où venaient ces rythmes et ces mélodies qu’on retient dès la première écoute, et qui ne prennent pas une ride même si on les entend un million de fois. Pour moi, c’est un talent unique. Pour résumer, je dirais que la musique d’ABBA est à la fois de l’optimisme et de l’espoir..

Ramzy : Vous avez tous enregistré les chansons à Stockholm, dans les studios de Benny, avant de tourner le film. Il parait que tu as chanté “The winner takes it all” en une seule prise…

Meryl Streep  : Je connais toutes les chansons d’ABBA par cœur. À force de les avoir chantées toutes ces années, j’y ai mis ma propre interprétation, comme ça, sur le moment, et ça a donné une version légèrement différente de celle qu’on entend depuis 25 ans. Mais Benny a été génial avec nous tous. En ce qui concerne l’enregistrement à Stockholm, c’était magique. J’étais dans le même studio où ABBA enregistrait ses tubes, je chantais dans le même micro qu’avait utilisé Agnetha Fältskog (la blonde d’ABBA, N.D.L.R.). Même la moquette n’a pas changé depuis les années 70 (rires…). On aurait dit un musée avec des reliques, comme le piano sur lequel ont été composées la plupart des chansons. Et là, tout à coup, tu te sens responsable. Tu n’as pas le droit à l’erreur par respect pour le groupe ABBA. Toute cette atmosphère était pesante. C’était tellement chargé d’émotion que je me suis mise à chanter. “The winner takes it all” est une chanson très longue, mais je me sentais très bien. Alors, on a enregistré du début jusqu’à la fin, sans aucune pause. Plus tard, Benny m’a dit qu’il avait vu son batteur pleurer. C’était vraiment un moment exceptionnel.

Ramzy : Et ensuite, pour le tournage, vous avez chanté en play-back, c’est ça ?

Meryl Streep  : Oui et non. Quel que soit l’endroit, en extérieur ou en intérieur, on avait toujours les chansons qui jouaient sur d’énormes enceintes, comme pour un vidéo-clip, mais on chantait par dessus, donc, nos micros fonctionnaient en permanence. Ce qui permettait d’avoir aussi un son “live”. D’ailleurs, à certains endroits, ils ont mixé le “live” avec la bande originale. Je ne peux pas te dire où exactement, c’est Benny qui s’est occupé de toute cette partie.

Ramzy : Une chanson d’ABBA que tu préfères ?

Meryl Streep : Je ne peux pas. Benny m’en voudrait à mort, si j’en choisissais une… Et toi ? Tu en aimes une en particulier ?

Ramzy : J’ai toujours eu un faible pour “Dancing Queen”.

Meryl Streep : C’est vrai ? Moi aussi, je la mets dans mes préférées.

Ramzy : Quel genre de musique tu écoutais quand tu étais ado ?

Meryl Streep : Les mêmes artistes que j’écoute aujourd’hui. Je suis une grande fan de Bruce Springsteen. On a grandi ensemble. On vient tous les deux du New Jersey. Bob Dylan a également eu une grande influence sur moi. Il y a une valeur sentimentale qui ne te quitte jamais, lorsqu’un chanteur ou une chanteuse t’a marqué. Joni Mitchell, Annie Lennox, les Beatles, ABBA, Neil Young. Ils me touchent encore profondément.

Ramzy : Ce n’est pas tout de chanter, mais tu danses aussi dans ce film. Et il me semble avoir vu des photos d’archives de toi à l’université (Yale University Drama School, N.D.L.R.), sur scène dans des comédies musicales. ?

Meryl Streep : J’en faisais déjà au lycée. Et ma première apparition à Broadway était dans une comédie musicale. Donc, pour moi, Mamma Mia, c’était un peu comme un rêve qui s’est réalisé. Pouvoir à nouveau chanter et danser. On s’amusait tous les jours sur le tournage. On avait répété 4 mois sur scène en jogging. Mais une fois sur le film, on refaisait tout ça en talons hauts et en costumes. Ce n’était pas du tout évident. Et même lorsque je n’étais pas parfaite au niveau de la chorégraphie, je me disais : ce n’est pas grave, mon personnage, Donna, n’est pas une danseuse. Elle tient un hôtel.

Ramzy : Vu le résultat, je peux t’assurer que tu tiens une forme olympique.

Meryl Streep : Merci, c’est gentil. Tu sais, plus le temps passe, et plus je me dis qu’il faut être heureux d’être en vie. J’ai tellement d’amis qui sont malades ou qui l’ont été. Et moi, j’ai tout ce qu’il faut. D’ailleurs, il faut que je donne. Ça a été ma grande résolution de l’année : donner plus, m’impliquer davantage. Je suis cancer, donc un crabe. J’aime rester chez moi. Je n’aime ni sortir ni aller dans les soirées. Mais je dois m’ouvrir beaucoup plus vers le monde extérieur. La vie est trop courte. Il faut faire de nouvelles rencontres.

Ramzy : On raconte que lorsque tu as vu Mamma Mia pour la première fois sur scène à Broadway, tu as envoyé une carte de félicitations au metteur en scène.

Meryl Streep : C’est vrai

Ramzy : Tu avais déjà fait ça dans le passé ?

Meryl Streep : Non. Je l’ai fait ce jour-là, parce que c’était un cadeau, pour moi, pour mes filles et pour toute la ville de New York. La comédie musicale avait démarré 2 ou 3 semaines après les attentats du 11 septembre 2001. Les gens pensaient que Mamma Mia, avec ses chansons d’ABBA et ses costumes un peu trop voyants, était inappropriée à ce moment-là. Heureusement qu’ils l’ont jouée. C’était une bouffée d’air frais et de bonheur pour tout le monde. Et c’est exactement ce que j’ai écrit sur la petite carte. Je l’avais adressée au metteur en scène et à tous les acteurs.

Ramzy : Amanda Seyfried, qui joue ta fille dans ce film, me fait penser justement à une de tes filles, qui est aussi comédienne (Mamie Gummer, N.D.L.R). Pourquoi ne pas l’avoir prise dans ce film ?

Meryl Streep : Mamie tournait son propre film. Elle n’était pas disponible. De toute façon, à la première lecture du scénario, au moment même où Amanda a ouvert la bouche, j’avais l’impression qu’elle était une de mes filles. D’abord, elle partage les mêmes traits de caractère qu’elles. Elle est petite de taille mais elle a une très forte personnalité. Sa voix est très douce, mais elle est têtue comme une mule. Et chaque fois qu’elle parle, c’est un vrai délice. C’est comme ça que je vois mes filles. Il a été très facile pour moi d’avoir l’instinct maternel pour Amanda, d’autant plus que j’estime que mes filles sont trop jeunes pour se marier, comme c’est le cas dans “Mamma Mia” (rires…).

Ramzy : Dernière question : Donna, ton personnage, est quelqu’un de totalement libre. Une femme libérée, sans tomber dans le cliché. Tu te reconnais en elle, à un moment ou à un autre de ta vie ?

Meryl Streep : Je ne suis pas sûre qu’elle soit aussi “femme libérée” que ça. Au début du film, elle est totalement dépassée par toutes les tâches et toutes les dépenses pour entretenir son hôtel. J’ai vraiment l’impression de me voir dans ce trait de caractère. Je suis toujours en train de faire trois mille choses à la fois. Mais chez Donna, il y a cette impression de liberté, cette façon unique de dire les choses comme elles sont. Les actrices de mon âge (59 ans, N.D.L.R.) n’ont pas souvent l’occasion de jouer ce genre de rôle. Un rôle physique, musical, émotionnel. Ce n’est pas tous les jours qu’on a tout ça dans un seul et même personnage. C’était génial.

Propos recueillis par Ramzy Malouki

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