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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Interview avec Penolope Cruz
Live from Hollywood | Publié le 20.08.2008
On appelle cela un “ensemble piece”, pour utiliser un terme typiquement hollywoodien. En clair, il n’y a pas de tête d’affiche dans un film, pas de rôle principal. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de têtes connues au générique. Des têtes connues, il n’y a que cela dans le nouveau Woody Allen. Scarlet Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem et Penelope Cruz. Le titre : Vicky Christina Barcelona. 2 prénoms et une ville d’Europe. Vicky et Christina sont amies, mais avec des personnalités différentes. L’une est plutôt conservatrice, l’autre totalement libérée. Lorsque Vicky et Christina débarquent à Barcelone pour l’été, c’est l’occasion ou jamais pour les deux Américaines de découvrir de nouvelles sensations, chacune à sa façon. Leur rencontre avec un artiste peintre va complètement bouleverser leurs plans. Juan Antonio est irrésistible, même si on raconte que son ex-femme Maria Elena et lui ont failli s'entre-tuer. Au vrai sens du terme. Avec un pitch pareil, cela promet beaucoup de rebondissements et surtout, d’énormes fous rires… le genre d’humour propre à Woody Allen. Woody Allen, qui, depuis sa séparation d'avec l’actrice Mia Farrow, se met à tourner hors de sa ville fétiche : New York. Mieux encore : Woody Allen sort des États-Unis. Après l’incroyable Matchpoint, tourné à Londres, c’est Barcelone qui inspire désormais le réalisateur. Woody laisse libre cours non seulement à son inspiration artistique, mais aussi et surtout à ses acteurs. Pour l’anecdote, à présent, sans même le vouloir, Woody a tourné un film qui intéresse aussi la presse "pipole". Car les deux stars espagnoles de son film, Penelope Cruz et Javier Bardem forment un couple à la vie comme à l’écran… et la rumeur dans les couloirs est que Penelope Cruz ne répond pas aux questions qu’elle juge trop personnelles… on verra bien
Ramzy : Penelope, qu'est-ce qui fait de Javier un acteur incroyable ?
Penelope Cruz : Ce film est un “ensemble piece”. Il était nécessaire de former une famille autour de Woody. Et en plus, il y a tellement de scènes où nous étions 4 ou 5. Ça ressemblait plus à une pièce de théâtre où il fallait tourner en une prise 5 pages de dialogues entre 5 personnages.
Ramzy : Et Javier ?
Penelope Cruz :Je réponds de cette façon parce que nous avons énormément de scènes où il n’y a pas que lui et moi. Il y a aussi Scarlett Johansson et Rebecca Hall. Donc, il faut incorporer les autres personnages.
Ramzy : On a l’impression que tu ne veux pas aborder le sujet.
Penelope Cruz : Je préfère parler de lui professionnellement. Et je suis sûr que tu es d’accord et que tout le monde est d’accord pour dire que c’est un acteur incroyable. C’est le meilleur sur le marché en ce moment.
Ramzy : Rien d’autre ?
Penelope Cruz : Je vais être honnête avec toi. J’ai du mal à parler de ces choses-là parce que je sais qu’ensuite, ce sera interprété différemment sur Internet. Avant Internet, je n’étais pas aussi inquiète. Mais maintenant, chaque fois que je donne une interview, je me méfie. Ça n’a rien à voir avec toi. Tu passes un bon moment pendant un entretien, tu te confies, tu es relax, et tu sais que le journaliste qui t’interviewe va rapporter exactement ce qui a été dit. Une fois que l’article paraît, 300 personnes vont s’en inspirer, le déformer, et tout à coup, l’attention se porte sur ce qui devient des ragots. C’est horrible. Parfois, j’ai envie de me lâcher pendant un entretien, mais je ne peux pas à cause de ces gens-là. Pourtant, j’adore mon métier, et en parler est un privilège. Mais je n’en peux plus d’être manipulée à travers Internet. Résultat : pas de vie privée pendant les interviews.
Ramzy : C’est noté. Merci pour le petit éclairage.
Penelope Cruz : Désolée.
Ramzy : On va parler de cinéastes. On ne peut pas s’empêcher de comparer Almodovar et Woody Allen. Maintenant que tu as travaillé avec les deux, quelles sont leurs approches respectives ?
Penelope Cruz : Ce sont des amours au niveau du boulot. Ce sont des génies, mais tellement différents l’un de l’autre. Si tu regardes la façon de travailler de chacun, c’est le jour et la nuit. Je viens de terminer un nouveau film avec Pedro (Broken Embraces, N.D.L.R.). On a répété pendant 3 mois et demi. Avec Woody, il n’y a pas de répétitions. D’ailleurs, notre première rencontre a duré exactement 40 secondes (rires…). C’était à New York. Il m’a juste dit : “Je suis en train d’écrire, et je crois que tu serais parfaite. Mais je ne sais pas quand je vais finir le script”. Un mois plus tard, il m’a téléphoné pour me dire qu’il allait m’envoyer le scénario. Je l’ai lu, il m’a beaucoup fait rire, et ensuite je n’ai revu Woody que sur le plateau quand il a dit : "Action". Mais franchement, ce n’est pas grave, parce que Woody voit tout. C’est une véritable machine. Il a tout le film en tête. Maintenant, pour en revenir à la comparaison avec Pedro, je crois qu’en fait, les deux m’ont font pleurer de bonheur sur le plateau. Ça m’arrive lorsque les réalisateurs me font ressentir une émotion particulière.
Ramzy : Un petit éclaircissement. Ton rôle est en espagnol, mais le script est en anglais. Est-ce que tu as improvisé tous les dialogues en espagnol ?
Penelope Cruz : Woody a tout écrit en anglais. Ensuite, les dialogues qui sont censés être en espagnol ont été traduits par quelqu’un d’autre. Mais une fois sur le tournage, Woody a demandé à tous les Espagnols de ne pas dire exactement les dialogues, mais plutôt de les adapter, en fonction des circonstances. Ça nous a permis d’être libres, surtout pour mon personnage qui est un peu taré. Cela dit, j’étais un peu inquiète pour le montage, vu que Woody ne parle pas un mot d’espagnol. Mais apparemment, il était satisfait du travail. Nous n’avons même pas eu besoin d’aller en studio pour les repiquages.
Ramzy : Tu tournes à Hollywood en anglais. Cette langue, pour toi, reste une langue étrangère ?
Penelope Cruz : Oui. Surtout que j’ai commencé par apprendre le français à l’école. Je n’ai pas touché à l’anglais jusqu’à l’âge de 19 ans. Je me suis mise à l’anglais lorsque je suis allée à New York. Je voulais travailler ailleurs, pas seulement dans mon pays. Et pour cela, il fallait parler anglais. Mon premier film hollywoodien, c’était il y a 10 ans. The Hi-Lo Country, de Stephen Frears. À l’époque, j’apprenais tout phonétiquement. C’était pénible, parce que je ne comprenais rien pendant les répétitions. Comme je suis quelqu’un de perfectionniste, cela m’a beaucoup handicapée. À ce jour, j’ai avec moi un coach pour l’anglais. Et puis, vivre aux États-Unis m’a également beaucoup aidée. J’étais obligée de pratiquer l’anglais. Je prends d’ailleurs de plus en plus de plaisir à jouer dans cette langue. Je n’ai plus à me concentrer sur les mots. Je me sens plus libre. Il y a aussi le fait qu’on ne critique plus du tout mon accent espagnol. Mais je continue à prendre des cours de diction en anglais.
Ramzy : De tous les rôles que tu as joués, quel est celui qui t’a le plus marquée ?
Penelope Cruz : Beaucoup de rôles me sont chers, mais je pense qu’il s’est passé quelque chose de magique avec Volver (de Pedro Almodovar, N.D.L.R.). Je ne parle pas du résultat à l’écran. Non, quelque chose s’est passé pendant le tournage. J’ai su que ce rôle allait rester avec moi à vie. Et cela se confirme avec les années.
Ramzy : Tu m'as fait penser à Anna Magnani dans ce film.
Penelope Cruz : Justement, j’avais regardé tous ses films pour Volver. Pedro me l’avait demandé parce que son film était un hommage à Anna Magnani. Elle est extraordinaire, surtout dans Belllissima (de Luchino Visconti, 1951, N.D.L.R.). C’est son plus beau rôle. Meryl Streep et elle sont mes actrices préférées.
Ramzy : Penelope, tu n’es plus seulement actrice. Tu es devenue également porte-parole pour de nombreuses grandes marques, que ce soit la haute couture ou les cosmétiques. Tu as l’impression d’être un symbole de beauté et de classe pour les femmes ?
Penelope Cruz : Disons que, comme toutes les femmes, j’aime la mode. Et je me sens privilégiée parce que je n’ai rien à faire. Ce sont les grands couturiers qui m’envoient leurs plus belles robes. Quand tu deviens connu, tu es aussitôt sur une liste. Et c’est vrai que j’ai beaucoup de choix avant les premières et les tapis rouges. Parfois, ça dépasse le contexte de l’événement "pipole". Dans le film que je viens de terminer avec Pedro Almodovar, John Galliano a dessiné une robe spécialement pour moi. Plus qu’une robe, c’est devenu un des personnages du film.
Ramzy : Tes couturiers préférés ?
Penelope Cruz : Quand je ne suis pas pieds nus ? (Rires…). Parce que je suis constamment en Jeans, T-shirts et pieds nus, même dans la rue. Oscar De La Renta , Galliano et Karl Lagerfeld. Je les adore, et je suis très proche d’eux. Je les admire au point de garder dans un tiroir les croquis des robes qu’ils dessinent pour moi.
Ramzy : Tu te trouves belle ?
Penelope Cruz : Disons que je ne me regarde pas dans une glace en criant : "Wow !!!" (Rires…). Je sais que j’ai un visage qui peut changer et je le mets au service des personnages que je joue. Si le personnage est décrit comme étant beau, c’est ainsi que je le vois. Et s’il est laid, je serai laide. À partir du moment où tu es dans le personnage, tu laisses ton égo dans la loge.
Ramzy : Il paraît que tu vas jouer dans une comédie musicale ?
Penelope Cruz : Oui, ça s’appelle Nine, et c’est mis en scène par Rob Marshall. J’ai auditionné 4 fois pour lui avant d’avoir le rôle. On répète jusqu’en octobre. Rob Marshall est non seulement un excellent réalisateur, mais aussi un chorégraphe extraordinaire. Je comprends pourquoi Chicago a eu autant de succès. Et j’espère que ce film sera aussi génial. Le script est superbe. C’est Anthony Minghella (Le Patient anglais, N.D.L.R.) qui l’a adapté avant de mourir. J’attends avec impatience de reprendre les répétitions et de passer des heures à chanter, danser et avoir les pieds qui saignent. J’ai fait de la danse pendant 17 ans avant de me tourner vers une carrière d’actrice. Enfin, aujourd’hui, je peux danser au cinéma.
Ramzy : Tournage aux États-Unis ou en Europe ?
Penelope Cruz : Londres et Rome.
Ramzy : Je me souviens un peu de la pièce. Tu joues Carla, c’est ça ?
Penelope Cruz : Oui, Carla, la maitresse du réalisateur.
Ramzy : Je me souviens qu’elle était blonde.
Penelope Cruz : Pour l’instant, on ne sait pas encore. On verra.
Propos recueillis par Ramzy Malouki
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