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Interview avec Yves Lecoq

Interviews | Publié le 30.01.2008

Yves Lecoq

Jet Set : Comment avez-vous découvert votre don pour l'imitation ?

Ce don, on l'a découvert pour moi. Je me souviens que depuis gamin, dès l'âge de 4, 5 ans, j'imitais déjà les gens de mon entourage, j'avais ça dans le sang. La prise de conscience a pris un peu de temps, mais j'étais déjà attiré par le spectacle, je voulais faire de la comédie à tout prix. Dès que j'étais dans un lycée, je m'inscrivais au cours de théâtre et je voulais chanter ; alors, comme tous les yéyés des années soixante, j'ai passé des auditions et j'ai même enregistré un disque, tout en continuant mes études. Parallèlement, j'avais repris le magasin d'antiquaire de ma grand-mère et je faisais des imitations pour mes copains de fac dans les soirées. Un jour, un de leurs amis est venu me voir en me disant qu'il voulait ouvrir une salle de spectacle et qu'il m'embauchait.
Alors, on peut dire que j'avais le talent en moi, mais que ça a pris du temps pour devenir "opérationnel".

Jet Set : Quand avez-vous commencé à imiter les personnages connus ?

J'ai d'abord commencé à imiter les membres de ma famille, après ça je suis passé aux professeurs, ensuite il y a eu un imitateur qui s'appelait Tiso qui imitait De Gaulle et là, j'ai imité l'imitateur. Mais c'était surtout les chanteurs qui m'amusaient, alors j'ai commencé à les imiter, puis est venu le tour des gens de la télé, ensuite les politiciens dans "L'Oreille en coin" sur France Inter, où on recevait des hommes politiques et on les mettait sur le grill, et puis il y a eu Les Guignols en 88, et là c'est devenu un entraînement quotidien.
Du coup, je me suis intéressé à la "politique" ! Sinon, je n'y connaissais rien, je n'étais pas du tout un bon citoyen, je ne votais pas, bref…

Jet Set : Votre rêve était donc de devenir chanteur ?

Oui, on peut dire ça. D'ailleurs, vous avez vu qu'à la fin de mon spectacle, je me fais plaisir en chantant. J’ai écrit des chansons, j'ai essayé un petit peu, puis c'est l'imitation qui l'a emporté car on a tous besoin de rire. C'est un petit peu plus difficile de trouver des comiques que des chanteurs.

Jet Set : Tout au long de votre carrière et avec la notoriété que vous avez, avez-vous pensé à réaliser votre rêve de chanter, peut-être même de sortir un album ?

J'ai toujours ça dans la tête, depuis des années. Même quand j'ai commencé les imitations dans les années 70, j'ai sorti un disque, qui a d'ailleurs très bien marché et qui a même été disque d'or. Mais je n'ai pas bien travaillé ça, je faisais beaucoup de spectacles ; les gens, les programmateurs télé réclamaient davantage l'imitateur, c'était plus amusant et ils ne passaient plus mes disques, alors j'ai arrêté. Et là j'ai toujours en tête de me remettre au travail pour le chant, mais il se trouve qu'on est repartis dans une nouvelle période où les imitations sont absolument explosives avec tout ce qui se passe en France. Donc, j'ai encore une fois tellement de grains à moudre qu'il faut que je me consacre à ça. Et puis avec des personnages comme Sarkozy et les autres, on a de quoi s'amuser encore pendant au moins 4 à 5 ans ! Parallèlement, mon projet est toujours reporté. Il faut du temps pour bien faire ça, mais je n'abandonne pas l'idée de chanter. Peut-être même que je le ferai sous un autre nom pour brouiller les pistes et pour qu'on ne pense pas que c'est une farce (rire) !

Jet Set : Au début, quand vous avez commencé à imiter les politiciens, aviez-vous peur de froisser quelqu'un ? Vous avez commencé léger ou est-ce que c'était corsé depuis le début ?

Au début, c'était assez gentil. En général, j'ai toujours été respectueux, et je n'avais pas cette méchanceté au fond de moi qui me permettais d'aller aussi loin que Les Guignols maintenant. Mais en même temps, il faut choquer pour faire parler de soi.
Par la suite, je suis rentré en contact avec des auteurs à travers les Guignols, et là c'est devenu la satire qu'on connaît. Je pense que tous les imitateurs ont besoin d'auteurs : Laurent Gerra a explosé avec son auteur, Canteloup pareil et bien d'autres… On a besoin d'une matière, l'imitation est une chose, mais il faut un bon texte pour donner du corps à la voix. J'écris, mais je collabore aussi avec des auteurs pour mes spectacles. Et puis aux Guignols, on a une bande d'auteurs étonnants qui ne s'encombrent pas de préjugés et tirent sur tout ce qui bouge. Mais comme ça fait rire, je suis content d'endosser cette semi-responsabilité parce que c'est toujours assez bien tourné.

Jet Set : Tout le monde sait que vous venez très souvent en Tunisie, que vous êtes même presque installé. Parlez-nous de cet amour pour notre pays.

Je suis venu ici pour la première fois en 1970, j'étais invité par un de mes amis qui avait de la famille ici, et on a un petit peu visité le pays. Ensuite, je suis revenu avec les Carpentier à la Baie des Singes pour une émission, puis j'ai refait un passage pour une télé, mais chaque fois c'était un aller-retour assez rapide.
En 2001, on me contacte pour faire un spectacle pour le réveillon à Tunis ; comme c'était juste après le 11 septembre, les gens me disaient de faire attention, mais je n'y ai prêté aucune attention et je me suis précipité pour faire le spectacle et là, j'ai eu un coup de foudre.
Depuis, je reviens souvent. Au début, j'allais à l'hôtel, ensuite j'ai loué plusieurs maisons. En même temps, l'idée d'acheter une maison commençait à me trotter dans la tête et je me voyais déjà passer ma retraite en Tunisie. J'ai visité une belle maison à Hammamet, mais pour l'acheter, il fallait un bon nombre d'autorisations. Ça a pris du temps, ce qui a un peu irrité la propriétaire française, mais je crois que ça va se faire : je viens de recevoir les dernières autorisations et peut-être que je concrétiserai mon rêve à Hammamet. Mais pour l'instant, je suis locataire, content de l'être et je continue à venir deux fois par mois en Tunisie pour me ressourcer.

Jet Set : Pourquoi avoir choisi la Tunisie pour faire la première de votre nouveau spectacle ?

Des amis me disaient souvent qu'ils allaient me faire faire un spectacle à Carthage, mais ça tombait à l'eau chaque fois. Un jour, mon voisin de plage à La Marsa me propose de faire un spectacle au Théâtre Municipal de Tunis. La date convenait par rapport aux nouveautés que j'avais et ça s'est fait. J'ai été ravi de faire ça à Tunis. J’avais envie que ça se passe bien, je me suis donc donné plus de mal encore que si ça avait été en France où c'est toujours un peu bâclé parce que je suis pris par toutes sortes de choses. J'ai fait un gala en Savoie avec un peu le même spectacle parce que je ne voulais pas venir sans être rodé, mais le spectacle de Tunis est quand même une première : on a ajouté plusieurs détails adaptés à la Tunisie, comme Delon Carthage et Chirac Marocain, qui vont rester dans le spectacle.

Jet Set : Généralement, lorsqu'on écrit un spectacle comique, on sait à peu près à quel moment le public va réagir ou rire. Avez-vous eu les résultats escomptés en jouant devant les Tunisiens ?

Lors de quelques galas privés, j'ai constaté que les spectateurs tunisiens suivent tout. Il y a parfois de petits décalages par rapport aux chanteurs qu'ils ne connaissaient pas bien, mais sur la politique, c'est comme en France, ils sont au courant de tout, ils connaissent les détails et ils rient aux mêmes passages. Je ne m'inquiétais pas pour ça, je craignais plutôt qu’il n’y ait pas beaucoup de monde, ou que je ne sois pas bon… Puis tout s'est bien passé, à part le problème de son au début.

Jet Set : Après les nombreux spectacles que vous avez faits et une longue carrière de scènes et de directs, avez-vous toujours le trac ?

Le trac est toujours présent, même avant un spectacle que je connais. Ici, le trac a commencé depuis l'après-midi. Le trac, on l'a toute sa vie, et avec tout ce qui se passe en ce moment, on ne peut pas apprendre un texte et s’arrêter là ; il faut suivre l'actualité, ce qui nous amène à avoir un texte écrit dans l'après-midi, et ça aussi c'est une tension, on a peur de se planter. Mais ça fait partie du jeu. J'essaie de travailler au maximum, d'être toujours dans les meilleures conditions physiques et vocales… pour le reste, "inchallah" comme on dit.

Jet Set : C'est vous qui écrivez vos spectacles ?

J’écris mes spectacles, j’y ajoute quelques extraits des Guignols, sinon toutes les nouveautés, c'est moi. Quand je suis en panne d'idées, je fais appel à des auteurs. Souvent, j'improvise des choses sur scène qui font rire et que je garde.

Jet Set : Vous est-il arrivé de ne pas pouvoir imiter un personnage faisant l'actualité du moment ?

Oui. Pendant la campagne électorale, Ségolène Royal nous a posé quelques problèmes. D'abord, c'est une voix de femme, ce qui n'est pas vraiment ma spécialité, et même Sandrine, qui fait sa voix aux Guignols, avait du mal. Là, je me suis dit si elle est élue, je suis mal barré ! Passer de Chirac à Ségolène, c'est un peu radical (rire) ! Mais en général, quand ce sont des vedettes, on arrive toujours à en tirer quelque chose. Sarkozy, je le faisais depuis qu'il était ministre, on l'a juste un peu recadré par rapport à ses nouvelles attitudes. C'est vrai que les gens pensaient que j'allais avoir du mal à renouveler le défi après Chirac, mais le fait d'avoir Sarko - qui est un comique né - nous aide beaucoup.

Jet Set : Comment ça se passe en France justement par rapport à Sarkozy ? Que pense-t-il de vos imitations ?

Je pense que les Guignols devaient l'irriter profondément au moment de ses campagnes, il se disait "ils vont me faire perdre des points à force de me casser du sucre sur le dos". Il a même été voir Chirac pour les freiner, et Chirac lui a répondu (avec la voix de Chirac) "Laissez-les, ce sont des enfants", parce qu'en vérité, Chirac s'amusait beaucoup en voyant qu'on tapait sur son rival. Maintenant que Sarkozy est au pouvoir, il est beau joueur. Il est passé avec 54% des votes, il se dit donc qu'on ne lui a pas fait trop de tort. Du coup, il nous laisse faire.

Jet Set : Avez-vous un personnage préféré ?

Je me suis régalé avec Chirac, tout le monde m'appelait Monsieur le président ! Il était très drôle aux Guignols, c'était vraiment un personnage formidable. Les Stalones m'amusent beaucoup aussi, même s'il y en a plusieurs à faire en même temps. Et je me suis énormément amusé avec Bernard Tapie. Il y a un renouvellement incessant : les Guignols vont avoir 20 ans à la fin de l'année, il y a des personnages que j'adorais faire et qui ont disparu, mais il y en a d'autres qui arrivent.

Jet Set : Quels sont vos projets ?

Les Guignols continuent, victimes de leurs succès, ce qui me prend du temps. Je retourne à Paris avec mes spectacles qui correspondront aux 20 ans des Guignols et à mes 35 ans de scène. Puis, si j'arrive à trouver un peu de temps, je vais préparer cet album qui est toujours dans mes pensées.

Jet Set : Cet album sera dans quel genre ?

Je suis assez à l'aise dans tout ce qui est crooner et compagnie, alors j’éviterai la variété contemporaine. Mes atouts, c'est de faire ce que je veux de ma voix, mais il faudrait que je trouve une seule voix, la mienne, que je n'en fasse pas cent. Je ne veux pas que ça soit vieillot, ce sera donc du crooner contemporain.

Jet Set : En vous voyant dans les loges après votre spectacle avec quelques fans, vous sembliez un peu timide, l’êtes-vous ? Si oui, comment arrivez-vous à jouer devant des milliers de personnes ?

Oui, je suis très timide, et mon métier m'aide à surpasser ma timidité. Mais c'est vrai que je n'ai pas de culot et il en faut pour faire ce métier. D'ailleurs, à mes débuts, Guy Lux disait souvent en parlant de Luron que lui avait du culot par rapport à moi. C'est sûr que la timidité m'a un peu freiné, mais en même temps ça protège. Ma famille ne pouvait pas comprendre que l'enfant renfermé que j'étais pouvait affronter 10 000 personnes sur scène. En fait, c'est cette compensation dont j'avais besoin, elle me donnait la force d'affronter le public. Je suis d'ailleurs beaucoup plus à l'aise dans les grandes salles que devant un petit auditoire.

Propos recueillis par Neïla Azouz

Portrait Chinois

Le bonheur parfait selon vous ?

On attend toujours mieux ! Comme, en ce moment, ça va plutôt bien, je dirais « maintenant », mais le bonheur parfait, c'est celui qui dure et comme ça ne dure pas…

Si vous étiez un sens ?

Le goût.

Si vous étiez une chanson ?

Ne me quitte pas.

Si vous étiez un endroit ?

En pleine campagne, en bord de rivière.

Où et à quel moment avez-vous été le plus heureux ?

Quand j'étais enfant, et en ce moment.

La dernière fois que vous avez pleuré ?

À la fin d'une aventure.

Si vous étiez une pièce de théâtre ?

Un vaudeville.

Quel est le principal trait de votre caractère ?

La fidélité.

Celui dont vous êtes le moins fier ?

De ne pas être assez communicatif et, du coup, de passer pour un égoïste alors qu'au fond, le sort des gens me préoccupe, mais je ne sais pas aller vers eux, je suis un peu sauvage.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

La bonne humeur.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

La discrétion.

Qu'appréciez-vous chez vos amis ?

L'humour, la bonté et la générosité.

Qu'est-ce qui vous exaspère chez les autres ?

La prétention et l'égoïsme.

Le mot que vous détestez ?

Enfoiré.

Le travail que vous n'auriez jamais voulu faire ?

Le travail d'usine.

Quelles sont les trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ?

Un ancien objet fétiche, un papier et un crayon.

Si vous aviez le pouvoir de faire réincarner 4 personnages historiques et les inviter à dîner, qui seraient-ils ?

Voltaire, Molière, Balzac et Vermeer.

Votre comique préféré ?

Muriel Robin.

Votre plus grande peur ?

D'être médiocre.

Que possédez-vous de plus cher ?

Mes pierres en banlieue parisienne.

Le métier que vous auriez voulu faire à part le vôtre ?

Architecte

Votre devise dans la vie ?

Plus d'honneur que d'honneurs.

Votre vice de jet-setter ?

Je n'en ai pas. J'aime ce qui est beau, mais je peux m'en passer facilement.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Tunisiens, je vous aime !

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