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Interview avec Zera Vaughan

Interviews | Publié le 09.07.2008

Zera Vaughan

Jet Set : Comment avez-vous commencé dans la musique ?

J’ai commencé très tôt en tant que comédienne, dès l’âge de 5 ans. Ma mère était comédienne, et ma grand-mère aussi. Elle s’appelait Aide Samama Chikli, fille d’Albert Samama Chikli, pionnier du cinéma tunisien. C’était la première actrice de cinéma en Tunisie. J’ai un peu hérité ça d’elle, j’ai même reçu un Tanit de bronze à 13 ans pour le film « Le Masque » de Tawfik Raies. J’ai continué dans la comédie, mais je chantonnais tout le temps, jusqu’au jour où je me suis rendu compte que j’aimais plus chanter que jouer.
Je suis par la suite montée à Paris pour faire des études de psychologie, mais j’ai été au conservatoire en tant que comédienne. J’étais aussi mannequin à l’époque, mais je n’arrêtais pas de me dire qu’il fallait que j’apprenne la musique mieux que ça ; j’avais pris des cours de musique à Tunis mais sans vraiment m’y mettre comme il le fallait.
Donc, j’ai commencé à travailler de façon un peu plus approfondie et technique, puis le temps est passé, je me suis mariée une première fois, ça s’est mal passé ; professionnellement parlant, ça n’allait pas vraiment non plus… Bref, une période pleine de doutes.
Quand on est négatif, on génère le négatif autour de soi. Et là, je me suis dit que ça suffisait et qu’il fallait que je reprenne ma vie en main. J’ai décidé de changer ma façon de penser, ma façon d’être.
Puis, tout à fait par hasard, je rencontre Ramzy chez mes parents puisqu’à l’époque, son frère travaillait pour mon père. On sympathise, on reste en contact, mais sans plus ; on était amis mais chacun avait sa vie de son côté. Je commençais à remonter la pente, à travailler de façon plus assidue, et surtout à devenir un peu plus positive.
J’ai sorti un petit disque en France que j’avais auto produit, mais personne n’a aimé. C’était de la world music avec des rythmes un peu orientaux mixés avec plusieurs genres musicaux chantés en français, en anglais, et avec quelques phrases en arabe. J’adorais ce disque, c’était vraiment moi, mais en France, ça ne passait pas du tout, on me riait carrément au nez. On m’a même proposé de faire du Raï, chose que je ne pouvais absolument pas faire parce que ça ne me correspondait pas du tout.
Et puis un jour, Ramzy vient me voir chanter à Paris, à l’époque où je faisais les pianos-bars et de petits concerts à droite et à gauche. Il a écouté le disque et m’a proposé de tenter le coup aux États-Unis ; il était persuadé que là-bas, ça pouvait très bien passer.
Je l’ai pris au mot et je suis allée le voir aux États-Unis. Je suis restée 3 semaines, j’ai donné mon disque à une radio qui s’appelait KCRW, qui est un peu l’équivalent de Radio Nova en France, une radio qui passe de nouveaux artistes inconnus mais très branchés. Et mon morceau très critiqué en France est passé en boucle. J’ai reçu par la suite des appels de fans qui l’ont écouté et adoré, et là j’ai compris que c’était un signe, j’ai compris que c’était aux États-Unis que je devais travailler.
Je suis partie aux États-Unis et j’ai tout repris à zéro. Les Américains ne travaillent pas du tout comme les Français, ils sont plus carrés, moins compliqués. On va droit au but, on travaille le fond pour ajouter le détail après.
J’ai eu la chance de travailler avec des grands de la musique, et c’est comme ça que j’ai commencé ma carrière aux États-Unis. J’ai sorti mon premier album qui s’intitule Back to the roots (retour aux sources).

Jet Set : Quel est le style de votre premier album ?

C’est un album qui regroupe un peu toutes mes origines : mon père est anglais, mon grand-père maternel est algérien kabyle, ma grand-mère maternelle est juive tunisienne, je suis née et j’ai grandi en Tunisie donc j’ai des racines un peu partout. C’était important pour moi de m’ancrer au niveau de ma personnalité, elle est tout ça en même temps, c’est une grande richesse. Ce premier album est un peu le miroir de ma vie à l’époque. Il est un petit peu éclaté, au niveau des styles et des genres, c’était moi, ce n’est pas juste un style musical.

Jet Set : Et là, vous préparez votre deuxième album. Parlez-nous du style, des influences de votre nouvelle création.

En faisant ce métier, on grandit toujours, on évolue, et ça se ressent sur mon deuxième album qui s’appelle My Mind et sur lequel j’ai travaillé avec un compositeur qui s’appelle Cyril Morin, qui a fait la musique de plusieurs films à succès comme Harkis avec Smaïn, Un cœur en hiver, La Fiancée syrienne qui a été nommé au Golden Globe… Enfin, de très belles musiques de films. L’album est très anglais, très hip-hop anglaise. Là, c’est mon côté paternel qui ressort. Il y a une seule direction, comme mon père, il est juste anglais, alors que du côté de ma mère, ça part dans tous les sens !

Jet Set : Quand est-ce qu’on pourra écouter My Mind ?

On va sortir un titre en septembre et en février, on sort l’album.

Jet Set : Parlez-nous de votre concert en Tunisie ?

Le 12 juillet, on fait un concert à El Teatro, et tous les fonds vont aller au profit de l’Association des amis de l’Institut national de la protection de l’enfance pour les enfants abandonnés. J’ai vu les enfants, c’est vraiment très dur, ils n’ont rien et ils ont vraiment besoin d’aide, même une accolade ou un bisou. L’entrée coûte 10DT, c’est juste une participation pour aider ces enfants. Quand on a un enfant, c’est normal de le gâter, de le choyer de s’en occuper, et abandonner un enfant parce que c’est la honte de la société, ce n’est pas du tout normal.

Jet Set : Que va-t-on écouter pendant ce concert, les deux albums ?

Non, seulement Back to the roots, qui est très oriental avec un côté occidental.

Jet Set : En retournant aux États-Unis, quels sont vos projets ?

On commence la promotion de My Mind à partir de début août. Donc, j’arrête les concerts pour m’y consacrer. D’ailleurs, le 12 juillet sera ma dernière date avec Back to the roots. C’est important pour moi de boucler la boucle ici, en Tunisie.

Jet Set : Vous avez une idée de comment sera votre troisième album ?

J’ai des idées de mélodies, de style, je ne veux pas trop délaisser le côté world music, je voudrais faire quelque chose de plus mature, que les jeunes de 20 ans et les adultes de 60 ans peuvent entendre sans se sentir agressés. Je veux faire un mélange de musique « easy listening », musique d’auteur, c’est plus moi.

Jet Set : Après avoir réussi une carrière aux États-Unis, est-ce que vous ne voudriez pas retourner en France pour en quelque sorte prendre votre revanche, leur montrer qu’en fin de compte ce que vous faites, c’est bien et que ce soit enfin compris ?

C’est vrai qu’aux États-Unis, on te donne ta chance, mais si tu ne travailles pas, ça ne marche pas. En France, même si tu travailles, tu as plutôt l’impression de ramer dans le vide. J’adore la France et j’adorerais retourner y jouer, d’ailleurs on a des projets par rapport à ça, mais pas avec un sentiment de revanche. Ce n’est pas la bonne énergie que l’on doit mettre dans son travail. Je reçois des messages de gens que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam qui me félicitent pour mon travail, qui aiment ce que je fais, et c’est surtout ça qui me rend heureuse, c’est ça la reconnaissance qui me fait plaisir.

Jet Set : Vous vivez à Los Angeles avec votre mari, et vous rencontrez de par vos métiers des stars hollywoodiennes. Quel effet ça fait de les côtoyer d’aussi près ?

Ce sont des gens qui travaillent toute la journée, d’ailleurs le fait de les voir travailler autant m’a beaucoup inspirée. Ils font du 7h-minuit non-stop, entre les associations, les tournages, la publicité, les écritures… Je vous donne l’exemple de Brad Pitt et Angelina Jolie : ils ne s’arrêtent jamais, c’est incroyable. On apprend tous les jours. D’ailleurs, je fais tout, toute seule. Quand je démarche, je me fais passer pour l’attachée de presse, la manager, la comptable, j’emprunte des noms différents et j’appelle, je suis ma propre équipe.

Jet Set : Donc, le rêve américain est possible ?

Tout est possible, à partir du moment où on travaille, tout devient possible. Et il faut aimer ce qu’on fait. Il faut avoir une hygiène de vie saine qui te permet d’être toujours en forme pour pouvoir avancer.

Jet Set : Est-ce que vous aimeriez faire une tournée en Tunisie ?

Oui, j’adorerais le faire. Je suis un peu caméléon, je peux très bien faire un concert toute seule sur scène, avec deux musiciens ou même avec tout un orchestre, je n’ai aucun problème à m’adapter aux scènes petites ou grandes..

Jet Set : Vous êtes auteur-compositeur et interprète ?

Oui, je compose, j’interprète et j’écris, pour moi au début et maintenant pour d’autres personnes. J’écris en français, en anglais et un peu en espagnol.

Jet Set : Vous jouez d’un instrument ?

Oui, je joue du piano.

Jet Set : Comment trouvez-vous l’inspiration ?

C’est assez bizarre, ça me vient comme ça ! Je n’arrive pas à dormir, je me lève et j’écris, les paroles me viennent comme ça, pendant la nuit ou en rêve. On est toujours inspirés par des situations de la vie, ce qu’on a vu pendant la journée. Je me mets parfois devant le piano en me disant qu’il faut que j’écrive, mais rien ne sort. Je laisse passer quelques jours et ça me vient dans la nuit.

Jet Set : Quels sont les sujets dont vous parlez dans vos chansons ?

L’amour, les énergies, les éléments… D’ailleurs, mon deuxième album devait s’appeler Éléments - l’eau, le feu, la terre et l’air - mais c’était trop vague, c’est pour cela que je l’ai appelé My Mind. Je m’inspire beaucoup de l’énergie et du pouvoir que l’être humain possède en lui. Je parle aussi des énergies négatives dépensées pour rien, comme la guerre…

Jet Set : En parlant de guerre, vous qui vivez aux États-Unis, est-ce que vous ressentez un fossé qui se creuse entre les peuples musulmans et occidentaux ?

Il ne faut surtout pas confondre le gouvernement et les Américains, ça n’a rien à voir. Les Américains sont contre la guerre, il suffit de voir les films qui sont sortis ces dernières années, ils dénoncent la guerre, on y voit les horreurs et les séquelles que ça génère, et ça, c’est le vrai sentiment des Américains. Il ne faut pas croire tout ce que nous montrent les médias. Je vais vous raconter une histoire incroyable qui m’est arrivée et qui prouve que même l’Américain le plus conservateur et puritain ne ressemble pas du tout à ce qu’on nous montre dans les médias. Je reçois un jour un message sur mon blog de la part d’un homme qui était dans le coma et qui me dit que c’est en entendant une de mes chansons, « Monalisa », qu’il s’est réveillé. Il a cherché l’interprète et a voulu me remercier de lui avoir sauvé la vie… Je lui ai répondu gentiment en le remerciant, et il a continué à m’écrire très souvent. En fait, il était du Texas (pays de Bush), il est devenu prêtre, a bâti une église baptiste et passait mes disques dans l’église, ce qui a incité tous ses adeptes à acheter mon album, ils m’ont invité à aller chanter pour eux, c’est incroyable. C’étaient des républicains purs et durs, ma vie détaillée est écrite sur mon blog, ils savent d’où je viens, connaissent mes origines, et ça ne les a pas empêchés de m’inviter. Tout ça pour dire qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on nous dit. Il faut écouter les artistes, ce sont eux qui passent le message, et s’ils sont au top 50, c’est aussi parce que les gens pensent comme eux. Il y a du bon et du mauvais partout dans le monde.

Jet Set : Vous avez un fils de 8 ans, Shayane, il baigne dans un monde artistique depuis sa naissance. Est-ce que vous pensez qu’il voudra emprunter le même chemin que ses parents ?

S’il choisit le même chemin, je pourrai l’aider, et même si c’est un métier difficile, c’est bien qu’il se batte pour ce qu’il aime, c’est comme ça qu’on devient bon, il faut le mériter.

Propos recueillis par Neïla Azouz

Portrait Chinois

Le bonheur parfait selon vous ?

Réussir sa vie de famille, réussir sa vie professionnelle et être payé pour.

Où et à quel moment vous êtes-vous senti la plus heureuse ?

À la naissance de mon fils.

Votre dernier fou rire ?

Tous les jours.

La dernière fois que vous avez pleuré ?

Quand j’ai vu les enfants à l’Institut.

Le principal trait de votre caractère ?

J’oublie tout, même le jour de mon anniversaire. D'ailleurs, mes copines m’appellent le fromage.

Celui dont vous êtes la moins fière ?

J’aimerais dire non un peu plu souvent, ça évite beaucoup de problèmes. Je suis un peu trop gentille et les gens en profitent.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

Qu’il ma fasse rire.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

J’aime bien les belles femmes.

Votre plus grande peur ?

De perdre mon fils dans la foule.

Que possédez-vous de plus cher ?

Mon fils, évidemment, mais aussi le fait de pouvoir créer, composer.

Que détestez-vous par-dessus tout ?

La mauvaise foi.

Qu'est-ce qui vous exaspère chez les autres ?

La mauvaise foi.

Qu'appréciez-vous le plus chez vos amis ?

Leur fidélité.

La ville où vous aimeriez vivre ?

Los Angeles, et j’y vis déjà.

Quel est le comble de la misère pour vous ?

Voir des enfants abandonnés à cause du manque d’information par rapport à la prévention, de très jeunes femmes qui ne sont malheureusement pas éduquées pour prévenir une grossesse.

Quel est le comble de la bêtise ?

C’est de mettre ton clignotant à gauche pour tourner à droite.

Votre devise ?

Vivre

Si vous étiez un sens ?

Le toucher.

Si vous étiez une chanson ?

Fever

Si vous étiez un endroit ?

La mer.

Si vous étiez un film ?

La vie des autres.

Si vous étiez un livre ?

Il y a même ma grand-mère dedans, Les Belles de Tunisie.

Si vous étiez un mot ?

Yalla

À quoi avez-vous renoncé pour faire votre métier ?

À finir mes études de psychologie.

Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Un diamant.

Votre dernière bêtise ?

J’avais des choses sur le cœur à dire à ma famille, alors j’ai décidé de boire quelques verres pour en avoir le courage. Mais en fin de compte, j’avais trop bu ! Résultat : je n’ai rien pu dire et en plus je me suis endormie sur la table devant tout le monde.

Votre dernière pensée de la journée ?

C’est plutôt le matin, juste avant d’émerger, je programme ma journée et je me dis que ça va être la meilleure journée du monde, et ça marche.

Le mot que vous détestez ?

Non

Le métier que vous n'auriez jamais voulu faire ?

Boucher

Qu'avez-vous réussi le mieux dans votre vie ?

Je vous le dirai à la fin de ma vie, je suis en train de travailler sur ça.

Si vous aviez le pouvoir de faire réincarner 4 personnages historiques et les inviter à dîner, qui seraient-ils ?

Hitler, Mussolini, Pétain et Mao pour leur dire leurs quatre vérités.

Quelles sont les trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ?

Mon fils, mon mari et mon perroquet Peter.

Quel défaut doit avoir un homme pour vous plaire ?

Qu’il soit bordélique.

Quelle est la meilleure chanson que vous ayez jamais écoutée ?

Une chanson d’Alanis Morissette I’m invited. J’aurais aimé la composer.

Quelle est la pire chanson que vous ayez jamais entendue ?

Il y a deux chansons que les gens adorent et que je n’aime pas du tout : Hotel California et Don’t cry for me Argentina.

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