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Interview de Zied Guiga : Wallys Car (La première voiture tunisienne )

Interviews | Publié le 13.11.2008 | Commentairescommentaires: 1

La première voiture tunisienne

Jet Set : Présentez-vous à nos lecteurs, vos études, votre formation, votre parcours…?

J'ai fait l'école hôtelière de Lausanne, ce qui n'a rien avoir avec ce que je fais maintenant, mais je suis passionné de mécanique et d'automobile depuis mon enfance. J'ai fait l'école d'hôtellerie surtout pour assurer mon avenir, puisque ma famille est dans le domaine depuis des années, mais je n'en suis pas passionné.
Ensuite, à mon retour en Tunisie, je comptais ouvrir une chaîne de fast food, un peu le concept de Burger King.
Et lors d'un voyage dans le sud de la France, j'ai rencontré par hasard M. René Bosch qui est un ancien constructeur de véhicules de petites séries. En discutant avec lui, il m'a appris qu'on pouvait fabriquer de petits véhicules avec de petits moyens en petites séries, il m'a expliqué comment rendre un projet rentable, et dès que je suis rentré en Tunisie, je me suis lancé à 100% dans ça.

Jet Set : Comment avez-vous eu l'idée de faire une voiture de cet aspect-là ?

Je vais résumer ; pour une voiture, il y a 4 points importants :
- Le châssis et la carrosserie, et pour ça on a besoin d'un ingénieur qui est fort en structure et en composite parce que la carrosserie est en composite comme la coque des bateaux. Pour ça, je connaissais quelqu'un en Tunisie qui pouvait le faire.
- L'homologation ; un conseiller en homologation qui te permet d'homologuer la voiture.
- Un motoriste qui te suit, une grosse société que ce soit Renault, Peugeot, Ford… parce qu'il ne suffit pas d'avoir les moyens d'acheter des moteurs. Peugeot ou Citroën font 50 milliards de dollars de chiffre d'affaires et ils n'en ont rien à faire d'un petit constructeur qui va acheter 1000 ou 2000 moteurs. Donc, il faut gagner leur confiance, leur montrer qu'on est sérieux, négocier les contrats, etc. Ils ne mettent pas leur nom n'importe où.
- Puis le financement.
Je voulais que ce soit un projet 100% tunisien, qu'il y ait le maximum de composants tunisiens, et il fallait expliquer aux autorités notre projet, que ça existe... parce qu'au début, tout le monde te prend pour un fou.

Jet Set : Pourquoi n'avez-vous pas communiqué sur votre projet ?

Au début, c'est vrai que c'était difficile de faire croire que c'était faisable, même mes intimes me prenaient un peu pour un fou. Donc, je me suis dit ça ne servait à rien d'en parler, et de toute façon, tant mieux.

Jet Set : Pourquoi n'y a-t-il jamais eu de projets automobiles dans le monde arabe ou en Afrique ?

Parce qu'on imaginait de grandes séries, ou qu'on allait faire concurrence à la Clio ou à Peugeot, ce qui est impossible car personne ne s'aventurera à investir beaucoup d'argent, même si tu viens d'une monarchie pétrolière. Un tel projet ne va jamais écouler 20000 voitures dès le début, il faut que la voiture soit fiable, qu'il y ait des distributeurs partout dans le monde, qu'il y ait un réseau de pièces détachées, la logistique, la technologie, les homologations… Et ça, ça ne vient pas avec l'argent, ça vient avec l'expérience, petit à petit. C'est pour ça que c'est une voiture pour un petit marché, une petite niche.

Jet Set : Parlez-nous des caractéristiques de la voiture.

Ce sont des véhicules de plage qu'on retrouve beaucoup à St Tropez, dans les Antilles, sur la Côte d'Azur ou aux Baléares, ce n'est pas une voiture qu'on va beaucoup trouver en Tunisie. En Tunisie, pour 20 000 dinars, on veut une voiture qui a tout. Ça, c'est un second véhicule pour des gens qui ont une maison à la campagne ou à la plage.
C'est la niche des Citroën Méhari, des mini Mok, et c'est une niche qui est abandonnée par les grands constructeurs. C'est un marché de 2 à 3000 voitures par an au maximum, et elle ne doit pas dépasser les 13 000 euros.
Si un grand constructeur commence à réfléchir ou même à monter une usine sur place, ou à faire quelques réunions, ça va déjà lui coûter des millions d'euros. Donc, il ne faut pas une grosse structure pour construire ce type de voitures.
Le but, c'est de rentrer dans le marché avec ce véhicule et, petit à petit, de le décliner comme le véhicule 100% électrique prévu pour l'année prochaine.

Jet Set : Pourquoi avez-vous choisi le nom Wally, qui n'est pas très tunisien, pour un véhicule qui l'est à 100% ?

Il faut savoir que le monde est grand et qu'il faut que ce soit un nom compréhensible par tout le monde.
Wally, c'est deux syllabes, c'est facile à retenir, ça se dit de la même manière en chinois, en anglais ou en français. Wally aussi pour le nom d'une très belle île du Pacifique qui s'appelle Wallis-et-Futuna. Puis il y a un fait historique : la première Jeep qui a libéré l'Europe, c'est la Jeep Willis. C'est aussi un clin d'œil à cet événement.

Jet Set : Pourquoi le look de la Jeep, justement ?

Elle ressemble beaucoup mais ce n'est pas une copie à 100%, la calandre n'est pas la même. C'est fait exprès, Wallys Car est un nouveau constructeur d'un pays arabe que personne ne connaît, mais quand on la regarde, on a l'impression de la connaître. C'est important parce qu'on est nouveau sur le marché et celui de l'automobile est sans pitié, il faut donc que la voiture ait un capital sympathie dès le début. Il ne faut pas faire une voiture arrogante pour ne pas mettre la barre très haut alors qu'on est très petit.
C'est une voiture ludique, et quand on la voit, on la trouve mignonne, c'est un look, un visuel qui est dans l'inconscient collectif.
C'est la voiture la plus dessinée depuis 60 ans, c'est le seul look que l'on peut retrouver dans les années 40 comme en 2008.
La marque s'appelle Wallyscar et le modèle s'appelle Izis, c'est la déesse de la fertilité en Inde.

Jet Set : Où pourra-t-on voir cette voiture ?

Pour l'instant, on en a produit 10 dont quelques-unes qui sont en train de suivre des tests. Deux sont disponibles et il y en a 3 à l'atelier, qui sont en train de subir quelques modifications. Les commandes, c'est à partir de janvier, et on commence à livrer la France - parce que c'est notre premier marché - à partir de mars 2009.

Jet Set : Vous avez eu des commandes ?

Oui, énormément, je ne m'attendais pas du tout à ça. Je suis allé au Salon de l'Automobile de Paris en pensant déjà que ce projet était un grand succès parce qu'on a quand même réussi à fabriquer une voiture homologuée, puis les commandes sont tombées, ce qui nous a encore plus ravis et encouragés.

Jet Set :Donc, vous fabriquez l'Izis en Tunisie ?

Oui, on a une unité à Sidi Daoud - ce n'est pas notre usine, on la quitte dans six mois -, mais la grosse usine va être à l'entrée de Tunis, et là-bas, on pourra sortir 1500 véhicules par an. Mais pour l'année prochaine, on a à peu près 200 commandes de voitures. Il vaut mieux sortir 200 véhicules en très bon état que 1000 moyennes.

Jet Set : Vous n'allez livrer qu'en France ou est-ce qu'il y a des commandes tunisiennes ?

Les six premiers mois, on ne va livrer qu'en France. Il y a des commandes en Tunisie, mais on ne sait pas si on pourra les honorer.

Jet Set : Pourquoi ?

Parce qu'on n'a pas encore déposé un dossier auprès du Ministère des Transports. On n'a encore fait aucune démarche, on est encore tellement petit qu'on ne peut pas tout faire en même temps, mais on voudrait à terme vendre en Tunisie, bien sûr.

Jet Set : Oui, mais en étant une voiture tunisienne, elle devrait être disponible ici avant tout, non ?

On va déposer un dossier d'ici la fin de l'année et on espère que ça va passer. Il y a une étude à faire car c'est une première, et les lois ne sont pas encore claires concernant une voiture tunisienne.

Jet Set : Est-ce qu'il va y avoir des technologies récentes dans cette voiture, comme l'ABS, les airbags…?

L'importante spécificité de cette voiture, c'est qu'elle n'est pas du tout oxydable, après c'est vraiment une voiture basique et rustique. Beaucoup de gens en ont marre de l'électronique de partout et voudraient avoir une voiture simple de bonne qualité. Elle a le démarrage codé, le volant réglable en hauteur, les jantes en alliage de série, la peinture métallisée, une bâche…

Jet Set : Quels sont les nouveaux modèles que vous prévoyez de fabriquer ?

Il y a un autre modèle en châssis long, et celle-ci en version électrique d'une autonomie de 80 à 100 km.

Jet Set : Vous avez une équipe de designers avec vous ?

On a une équipe de designers, de moulistes…

Jet Set : Est-ce que votre projet est rentable ?

Oui, à partir de l'année prochaine, il sera tout à fait rentable.

Jet Set : Qui sont les gens avec vous dans ce projet ?

Khalil Ben Hammouda, Hassen Hammouda, il y a des gens qui nous ont aidés au fur et à mesure, on n'était pas beaucoup sur le projet, une dizaine de personnes, c'est tout.

Jet Set : De qui est née cette idée ?

Mon père, René Bosch et moi.

Jet Set : Comptez-vous communiquer sur ce projet ?

Oui, quand on rentrera vraiment en production, à partir de l'année prochaine, on organisera un événement, des essais, un show room…

Propos recueillis par Neïla Azouz

Mes félicitations

Ecrit par YASSO | 22.11.2008

ça fait vraiment plaisir de voir un réve se réaliser , peut etre un jour j'aurai l'occasion d'essayer cette nouvelle voiture. je voulais juste mentionner que c'est bien dommage qu'elle ne soit pas commercialiser en tunisie avant tout autre pays, mais bon c pas grave vu les conditions c'est déja bien d'arriver là. bravo

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