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Nous nous excusons, réessayez plus tard.Interview avec Jane Fonda
Interviews | Publié le 15.05.2012
Ce n’est pas la première fois que j’ai le privilège de rencontrer Jane Fonda mais à chaque nouvel entretien, j’ai cette impression de la trouver encore plus belle. Jane Fonda est aujourd’hui âgée de 74 ans mais elle n’a rien perdu de son charme. La fille du légendaire Henry Fonda fait partie de ces rares actrices qui se sont fait un nom tout en gardant celui de la dynastie. 7 nominations aux Oscars, 2 statuettes dorées, dont celle pour l’excellent Klute dans lequel Jane Fonda cassait son image de sex-symbol en jouant une prostituée. Célèbre pour ses prises de position contre le nucléaire, la guerre du Vietnam ou encore le fascisme, Jane Fonda a même été boycottée pendant quelques années par Hollywood. Il y a quelques années, elle faisait son grand retour au cinéma en campant une belle-mère possessive face à Jennifer Lopez dans Sa Mère ou moi. En juin prochain, elle sera à l’affiche de Peace, Love and Misunderstanding ». Elle y joue la maman hippie d’une avocate new-yorkaise un peu coincée. Rencontre avec une grande dame du cinéma hollywoodien.
Ramzy :Vous êtes allée chercher votre personnage dans vos souvenirs et ceux de Woodstock ?
J.F. : Je n’ai pas fait partie de la génération Woodstock. Pendant les années 60, j’étais mariée à Roger Vadim. Je vivais en France. J’ai donc raté tout ce mouvement hippie. Je n’ai jamais porté le genre de vêtements que porte mon personnage dans le film. En réalité, c’est ma partenaire Catherine Keener qui m’a conseillée. C’est vraiment une hippie. Elle m’a donné de la musique à écouter et des documentaires sur le festival de Woodstock. J’ai trouvé ce rôle très intéressant car je l’ai complètement créé. Je n’avais jamais joué ce genre de personnage.
R.M. : Vous avez traversé beaucoup d’épreuves dans votre vie. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
J.F. : J’ai 74 ans et je n’ai jamais été aussi heureuse. Je ne m’y attendais pas ! Je ne pensais pas vivre aussi longtemps, et surtout être aussi heureuse. En vieillissant, je réalise que je stresse beaucoup moins. C’est vrai qu’on devient plus sage avec l’âge. Oui, j’ai vécu des épreuves. Mais on finit par ne voir que le côté positif des choses. J’essaie toujours d’être une meilleure personne et d’apprendre de mes erreurs. Je pense que mon bien-être vient de là.
R.M. : Le Syndrome chinois est un film qui a marqué toute une génération. Mais avec ce qui se passe aujourd’hui avec la centrale nucléaire de Fukushima, le film est encore plus d’actualité alors qu’il a presque 35 ans.
J.F : Après le tsunami, j’étais à la fois très triste et effrayée. Un accident nucléaire ne se produit pas à un seul endroit. Les risques sont toujours possibles sur d’autres sites. Les conséquences sont désastreuses pour l’être humain et la faune, surtout sous-marine. Juste après Fukushima, j’ai écrit à Michael Douglas. C’est lui qui a produit le Syndrome chinois. Je lui ai demandé s’il pouvait sortir à nouveau le film en salles. Hélas, cela ne s’est jamais fait.
R.M. : Vous êtes à la fois francophile et francophone. Parlez-nous des années que vous avez passées en France.
J.F. : J’avoue que Hollywood ne m’a pas manqué pendant cette époque-là. D’ailleurs, c’est en vivant en France que j’ai compris vraiment ce que cela signifiait d’être américaine. Il faut vivre en dehors de son pays pour le voir. J’ai vu les bons et mauvais côtés. Je suis allée plusieurs fois en France, mais quand je suis tombée amoureuse de Roger Vadim, je m’y suis installée. C’était les années Kennedy. Ensuite, il y a eu la guerre du Vietnam. C’est à ce moment-là que j'ai commencé à militer contre le conflit. Je l’ai d’ailleurs fait car j’étais en France. Les Européens sont beaucoup plus impliqués que les Américains et conscients des processus politiques. J’étais très proche de Simone Signoret. On allait ensemble écouter Jean Sartre et Simone de Beauvoir pendant les rassemblements. Cela m’a beaucoup ouvert les yeux à la fois sur le monde et sur le métier de comédienne. Je ne serais pas devenue aussi militante si je n’avais pas vécu en France. J'ai adoré connaître une autre culture que la mienne et j’en suis à ce jour très reconnaissante.
R.M. : Vous venez de terminer un film en France.
J.F. : Oui ! Et en français ! Ça s’appelle Et si on vivait tous ensemble?, réalisé par Stéphane Robelin. Le film est sorti en janvier. Il y a cette expression typiquement américaine, « the bucket list »… Quand on a mon âge, on se donne une liste de choses qu’on a vraiment envie de faire. Mon dernier film en français datait de 1970, c’était avec Godard. Je voulais vraiment tourner un autre film français avant de mourir. Donc, j’ai fait celui-ci avec Pierre Richard, Claude Rich, Guy Bedos et Géraldine Chaplin. Ça parle de la vieillesse. C’est un film formidable.
R.M. : Comment devient-on une meilleure personne selon vous ?
J.F. : Je suis la fille d’Henry Fonda. Mon père était un peu comme son personnage dans le film que nous avons tourné ensemble, La Maison du lac. Il ne parlait pas beaucoup. Ce n’est pas quelqu’un qui m’a donné confiance en moi. Mais j'ai grandi avec 12 Hommes en colère, Les Raisins de la colère ou encore Vers sa destinée. Il y jouait des personnages qui ont combattu pour la justice et l'égalité. Je savais que c’étaient des valeurs qu'il possédait, même s’il ne me l’a jamais dit directement. Pour moi, devenir une meilleure personne signifie être ce genre de personnes que mon père aimait et respectait. Penser moins à moi-même et plus aux autres, utiliser ma célébrité pour faire du monde un meilleur endroit.
R.M. : Vous n’arrêtez pas de militer, vous luttez contre la violence envers les femmes ?
J.F. : Tout à fait. Je m’occupe également d’un centre pour aider les jeunes femmes en difficulté. Nous essayons de faire en sorte qu’elles ne tombent pas enceintes par accident ou qu’elles n’attrapent pas le Sida. J'ai également cofondé avec Gloria Steinem une association qui encourage les femmes à être plus présentes dans les médias.
R.M. : Vous travaillez sans arrêt, mais vous vous faites plaisir parfois ?
J.F. : Oui, j'aime bien mes Martinis (Rires). J’aime aussi les gros cheeseburgers. Quand vous êtes plus vieux, si vous vous livrez à des choses que vous n'êtes pas censés faire, cela prend plus longtemps pour récupérer, donc je ne fais pas souvent d’écarts. Je suis très disciplinée! Je continue à rester active physiquement. Je tourne toujours mes vidéos d’exercices, mais maintenant, je les fais pour les personnes plus âgées car je suis moi-même un vieux tacot. J'ai fait remplacer mes enjoliveurs et mes ailes ! (rires).
R.M. : Je n’arrive pas à vous imaginer en grand-mère.
J.F. : Je suis une bonne grand-mère et j'aime être avec mes petits-enfants. En juin, ils prendront l’avion tout seuls pour la première fois pour me retrouver à Chicago. C’est là-bas que mon fils Troy Garity tourne la série BOSS. Je vais enfin pouvoir passer une semaine avec eux. Ils vivent à Atlanta où j'ai vécu pendant 20 ans. Quand j’habitais là-bas, j'étais beaucoup plus présente pour eux. Mais depuis que je suis ici à Los Angeles, c'est plus difficile. Ils me manquent beaucoup. Quand mon premier petit-fils est né, je voulais le prendre et le garder rien que pour moi. Je suis un peu plus âgée maintenant, je n’ai plus la même énergie… (rires) Je ne sais pas comment font ces hommes à Hollywood qui ont des bébés à 75 ans! (Rires).
R.M. : Il vous arrive de regarder vos films ?
J.F. : Quand j’ai écrit mes mémoires, je les ai tous regardés. C'était assez douloureux dans certains cas (rires). Certains se souviendront de moi dans Barbarella, d’autres pour Pieds nus dans le parc. Mais je pense que le public retiendra surtout La Maison dans le parc, que j’ai produit pour mon père et dans lequel je partageais l’affiche avec lui. Personnellement, mon film préféré reste Klute. C’est pour ce rôle que j’ai gagné mon premier Oscar. C'est un film fantastique.
R.M. : Quelle relation avez-vous avec votre frère Peter et votre nièce Bridget ?
J.F. : Bridget Fonda vit ici à Los Angeles. Elle est mariée au compositeur Danny Elfman. Ils ont un fils nommé Oliver. Peter vit également ici. Nous sommes très proches. C’est l'un des bons côtés de L.A. Je peux voir mon frère, ma nièce et mon petit-neveu. Je suis également très proche de ma fille, de mon fils et de sa merveilleuse épouse. Contrairement à mon personnage dans Sa Mère ou moi, je suis une très bonne belle-mère !
Propos recueillis par Ramzy Malouki
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