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Interview avec Mohamed Ali Nahdi

Interviews | Publié le 07.05.2008

Mohamed Ali Nahdi

Jet Set : Il est vrai que vous faites partie d'une famille d'artistes, mais cela n'impliquait pas que vous alliez forcément suivre le même chemin. Racontez-nous vos débuts.

Je ne peux pas nier le fait que j'ai été influencé, directement ou indirectement, par la vie artistique de mes parents. Dès mon plus jeune âge, j'ai joué sur scène, j'ai vu le succès de mes parents à travers les yeux, les regards, les sourires des gens après les spectacles ou même dans la rue. Mais j'ai aussi développé une sensibilité artistique, ça se voyait déjà au lycée. À partir de ma première année, j'ai commencé à découvrir le smurf, le break danse et, sur le chemin de l'école, il y avait le jardin du Passage où je m'arrêtais pour danser. J'étais très danse, très rebelle dans mon look, je suscitais la curiosité et le rire des gens qui me voyaient comme un mec bizarre, hors normes.
C'est surtout à partir de ma première expérience théâtrale que j'ai compris que c'était là ce que je voulais faire. C'était une pièce de théâtre créée par Mohamed Driss qui s'intitulait "Yaychou Shakespear" : j'ai fait l'audition sans grande conviction, je n'avais rien préparé et, surprise !, j'ai été retenu pour jouer le rôle du voyou du quartier amoureux fou de Maria, rôle inspiré de West Side Story.
Après ça, je suis retourné à l'école et j'ai joué en parallèle dans quelques films étrangers. Puis est venue la première grande expérience, celle du rôle principal dans le feuilleton télé "Weld ennas", qui a eu un grand succès.
À 19 ans, j'ai décidé de m'essayer à la réalisation et de faire des études de cinéma. Je suis parti en France où j'ai fait le CLCF (Conservatoire libre du cinéma français). J'ai choisi la section montage, je voulais avoir une idée sur le côté technique du cinéma. Après 3 ans d'études, j'ai fait un stage de montage sur le film de Zran où j'ai fini par être le deuxième assistant. Après ça, j'ai travaillé en tant que premier assistant-monteur dans le film "Keswa" de Kalthoum Bornaz. Ont suivi deux autres courts-métrages de la même réalisatrice. Puis je suis retourné au jeu sur le film de Taieb Louhichi, "Noce de lune", pendant lequel j'ai eu un accident assez grave sur le plateau du tournage.
À mon retour de France, j'avais envie de raconter une histoire, de créer une sorte d'idole tunisienne, un groupe de jeunes qui créerait des choses au théâtre, dans la danse ou dans tout autre domaine artistique. J'ai énoncé l'idée à mon ami Mohamed Ali ben Jemaa. Par la suite, on a choisi Elyes Baccar en tant que réalisateur, à qui j'ai exposé une idée de pièce : l'histoire de quatre jeunes qui jouent au théâtre avec une fille, qui tombent amoureux d'elle et la tuent, et la même histoire se passe en réalité pour les quatre vrais acteurs. Enfin, une histoire dans l'histoire. Elyes a aimé l'idée, mais malheureusement, je n'ai pas eu le temps de peaufiner le scénario, car je suis souvent parti en voyage, et à la fin, on a choisi le sujet d’"Assafer Janna" écrit par Elyes. On a joué la pièce, qui a très bien marché, puis ça s'est mal passé et chacun est parti de son côté pour des raisons que tout le monde connaît.
J'ai joué dans des films étrangers comme "Le Sacre de l'homme", un deuxième rôle dans le deuxième épisode, un rôle différent que j'ai adoré faire. J'ai pris beaucoup de plaisir à tourner avec une production française et, cerise sur le gâteau, j'ai été félicité par le producteur qui m'a confié qu'il était impressionné par mon jeu et mon engagement. J'ai également joué dans le film "Between two rivers", l'histoire de Saddam Hussein et dans "Dar Ennas" de Mohamed Dammak.

Jet Set : Quand vous avez décidé de suivre leurs chemins, comment ont réagi vos parents, étant du domaine et sachant que c'est un métier difficile ?

Ils ne pouvaient pas me dissuader, j'étais destiné à faire ce métier depuis mon plus jeune âge. Ils m'ont encouragé sans pour autant intervenir pour quoi que ce soit. Je refusais et je refuse toujours les propositions ou opportunités de travail dues au fait que je suis le fils de M. et Mme Nahdi.

Jet Set : Vous avez aussi travaillé sur des projets à la télé ?

Oui, la première fois que j'ai travaillé pour la télé tunisienne, c'était sur une série qui s'intitulait "Scoop Elyoum", réalisée par Elyes Baccar. C'était une parodie d'un style nouveau et peut-être trop innovateur pour la télé tunisienne, ce qui a probablement causé sa perte, car après tous les efforts que nous avons déployé et les sacrifices consentis, la télé tunisienne nous a programmés à minuit.
D'ailleurs, c'est à ce moment-là que j'ai décidé de partir aux États-Unis avec Elyes. On était dégoûtés par ce système qui n'encourageait pas les jeunes, l'avenir de la vie culturelle tunisienne. J'ai vécu une expérience incroyable aux États-Unis, j'ai rencontré plusieurs réalisateurs et professionnels du métier, je sentais que j'avais un avenir artistique en Amérique, mais malheureusement je devais choisir entre rester et persévérer ou rentrer au bercail m'occuper de ma femme et de mon enfant.
La décision était évidente et je suis rentré en Tunisie pour être près des gens que j'aime et relancer ma carrière dans mon pays.
J'ai aussi réalisé "Comedie-Nous", un pilote pour la télé tunisienne, une sorte de Star Academy pour les comiques. Il fallait un budget de 1 milliard et demi pour la réaliser. Lamine Nahdi était le directeur de l'école, comme jury il y avait le défunt Ali Mesbah, Fatma ben Saidane et Jamel Sassi, et comme invité pour le dernier Prime Time Adel Imam. J'ai eu un accord signé par le directeur de la télé tunisienne puis, pour des raisons que je ne peux pas dévoiler, le projet s'est arrêté. J'ai déboursé 26.000 dinars de ma poche.

Jet Set : Parlez-nous de votre expérience dans la pièce "Fak essardouk erraichou" ?

À mon retour des États-Unis, Lamine Nahdi m'a proposé de mettre en scène "Fak essardouk erraichou". Dans un premier temps, j'ai accepté pour gagner un peu d'argent, retourner aux États-Unis et me consacrer exclusivement aux études et au travail d'acteur. Puis la pièce a eu le succès que l'on connaît et avec le temps, le rêve américain s'est évanoui.
J'ai travaillé dur sur la pièce, c'est une expérience qui a demandé beaucoup d'efforts et de sacrifices. Je sais ce que j'ai fait sur cette pièce et mon travail a payé ; ce n'est pas parce que Lamine Nahdi est mon père. Au travail, on a une relation purement professionnelle. Lamine est un génie : je ne faisais pas un travail de direction mais plutôt de provocation pour tirer de lui le plus possible, et ça marchait, il sortait des répliques incroyables. Il est capable de balancer une scène du drame au comique en un rien de temps, c'est un véritable artiste, avec ses humeurs et un tempérament que je devais gérer. Le travail a donné ses fruits : avec cette pièce, on a battu des records en nombre de représentations, ça restera marqué dans l'histoire du théâtre tunisien.

Jet Set : Quels sont vos projets ?

Je travaille toujours, je ne suis pas le genre de comédien fainéant qui reste chez lui à attendre que ça se passe. Je bouge, j'écris des choses, du point de vue de l'acteur et du réalisateur, je peux assurer les deux et je ne partage pas l'avis de ceux qui disent qu'il faut choisir l'un des deux. À mon sens, l'un n'empêche pas l'autre.
Aujourd'hui je viens de réaliser un court-métrage de 26 min qui parle de la censure. Je l'ai tourné à mes frais car je n'avais pas envie d'attendre. C'est l'histoire d'un jeune homme à problèmes, on le suit pendant une journée et, à la fin, il se fait incriminer d'un délit qu'il n'a pas commis, mais il y a une surprise que je ne peux pas dévoiler… La chute est la chose la plus importante du film.

Jet Set : Qui sont les acteurs de ce court-métrage ?

Le comédien principal que j'ai choisi au début est un élève de l'école d'art dramatique. Je l'ai briefé pendant deux semaines, je lui ai parlé du sujet, du personnage qui conduit dangereusement une moto, qui s'enfuit, qui vole, etc. Et le jour où j'ai voulu faire un essai, j'ai découvert qu'il ne savait pas conduire une moto. J'ai décidé par la suite de faire des essais avec un inconnu qui n'avait jamais joué de sa vie, il était sur les lieux des essais et m'a interpellé par sa personnalité qui ressemblait énormément à celle de mon personnage.
Pour les autres personnages, l'invité d'honneur, Souad Mahasen, puis Naima El Jani, Slah Msadak, Graiaa, Sadek Helouas, Tawfik El Ayeb, Moez El Ouertani… J'attends encore l'aide à la finition de la part du ministère de la Culture pour terminer le film.

Jet Set : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Dans le dernier film de Brahim Letaief, j'ai joué le rôle du voisin qui a envie de faire du cinéma. Je travaille actuellement sur une nouvelle pièce écrite et mise en scène par Lamine Nahdi, où je joue le rôle principal. C'est l'histoire d'un immigré qui rentre en Tunisie avec sa femme française pour monter un projet. Arrivé à l'aéroport de Tunis, le douanier commet une erreur et tape le nom d'un opposant recherché par les autorités tunisiennes ; notre homme se fait arrêter sur le champ et passe six mois dans les sous-sols du ministère de l'Intérieur avant d'être emprisonné et c'est à travers la prison qu'il découvre la société tunisienne.
Il y aura une trentaine de personnages sur scène entre les prisonniers, leurs familles et les gardes. La pièce s'intitule pavillon D. Ce n'est pas une pièce comique mais plutôt tragique avec des moments amusants.

Jet Set : Est-ce une pièce autobiographique, sachant que votre père est passé par là ?

Ce n'est pas tout à fait autobiographique. C'est une histoire inspirée de faits réels, mais ça n'est n'est pas celle de Lamine. Il reste vrai que son expérience l'a aidé à mieux cerner le sujet, il sait de quoi il parle.

Jet Set : Quand et où pourra-t-on voir la pièce ?

La première est prévue très prochainement au centre culturel d'El Menzah 6.

Jet Set : Vous avez fait de la télé, du cinéma et du théâtre, dans quel art vous sentez-vous le plus à l'aise ?

J'adore le cinéma, j'ai envie de tout filmer, mais c'est vrai que le théâtre reste le théâtre, c'est mon premier amour.

Propos recueillis par Neïla Azouz

Portrait Chinois

Le bonheur parfait selon vous ?

Être entouré des gens que j'aime.

Où et à quel moment vous êtes-vous senti le plus heureux ?

Après le succès de Carthage avec la pièce "Fak essardouk erraichou".

Votre dernier fou rire ?

Lors du tournage du film de Brahim Letaief.

Le principal trait de votre caractère ?

Fonceur.

Celui dont vous êtes le moins fier ?

Têtu et égoïste.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

La persévérance.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

L'intelligence.

Votre plus grande peur ?

La mort.

Que possédez-vous de plus cher ?

Mes enfants.

Que détestez-vous par-dessus tout ?

L'oubli.

Qu'appréciez-vous le plus chez vos amis ?

Je ne crois plus en l'amitié.

La ville où vous aimeriez vivre ?

Tunis

Quel est le comble de la misère pour vous ?

L'ignorance.

Quel est le comble de la bêtise ?

La guerre.

Votre devise ?

Le combat.

Si vous étiez une chanson ?

Une chanson des 2 Pac.

Si vous étiez un endroit ?

L'enfer.

Si vous étiez un film ?

Il était une fois en Amérique.

Si vous étiez un mot ?

Non

À quoi avez-vous renoncé pour faire votre métier ?

À mes études.

Que faites-vous de votre argent ?

Je l'investis.

Qu'aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?

Un cadeau de la part de mes enfants.

Votre dernière pensée de la journée ?

Je pense à mon film.

Le mot que vous détestez ?

"Thanna".

Le métier que vous n'auriez jamais voulu faire ?

Politicien

Qu'avez-vous réussi le mieux dans votre vie ?

Mon image.

Quelles sont les trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ?

Ma femme et mes enfants.

Si vous aviez le pouvoir de faire réincarner 4 personnages historiques et les inviter à dîner, qui seraient-ils ?

Notre prophète Mahomet, James Dean, Einstein et Mozart.

Quel défaut doit avoir une femme pour vous plaire ?

Être un peu folle.

Quel est le meilleur film que vous ayez jamais vu ?

Citizen Kane.

Quel est le pire film que vous ayez jamais vu ?

Hiroshima mon amour.

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