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Un véritable coup de maître
Le premier long-métrage de fiction de l’acteur et non moins réalisateur tunisien Dhafer L’Abidine « Ghodwa », qui sort sur nos écrans le 2 mars, a été projeté à l’intention des journalistes le 26 février à Mad’Art Carthage. Un film chargé d’émotion et de douleur.
Durant un peu plus d’une heure et demie, nous étions restés comme « étouffés » par la force du propos et de l’image, bref, par la narration d’une histoire qui se déroulait pourtant durant deux jours. Une histoire en phase avec l’actualité politique et sociale de la Tunisie depuis la révolution, à aujourd’hui.
Dhafer L’Abidine, coscénariste, coproducteur du film qu’il réalise, y joue le rôle de Habib, un avocat rattrapé par son passé durant la dictature. Un passé où il a toujours défendu la justice équitable, sans pour autant la voir se réaliser. Il est habité par le désir de la justice transitionnelle, longtemps annoncée sans suite depuis la révolution, jusqu’à en devenir obsédé.
Cette obsession se transformera et par intermittence en crises de paranoïa. Ses murmures en solitaire évoquent cette justice utopique pour monter d’un cran et plus, particulièrement à l’extérieur et en public. Il s’y ajoute la peur d’être traqué par la police. Le « Demain » est-il vraiment la date d’un rendez-vous important qui l’attend et qui résoudra tous ses problèmes ?
Et des problèmes, il en a trop. Familiaux, car divorcé de sa femme, dont le rôle joué avec brio par Nejla Ben Abdallah, particulièrement lorsqu’elle va chez son ex-mari pour le rappeler à l’ordre. Et pour les besoins du film, et dans d’autres scènes, on entend plus sa voix, qu’on la voit à l’écran. Habib souffre de problèmes de santé qui l’obligent à se rapprocher de son fils Ahmed.
Ce rôle est interprété par le jeune Ahmed Berrhouma. Un comédien en puissance qui vient du théâtre et qui « crève » l’écran par sa présence et par son jeu sobre, subtil et avec aisance. Ce fils montrera un très fort amour filial. D’un autre côté, Dhafer L’Abidine a su et a pu garder un seul rythme lent à son film au niveau de la réalisation.
Ce qui l’a rendu un peu trop lourd, par moments. Mais on est pris allègrement au « piège » de cette histoire qui connait pourtant de multiples rebondissements. Avec ce premier film, Dhafer L’Abidine nous invite à découvrir son premier pas dans la réalisation qui s’est avéré un véritable coup de maître.
B.L.